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Articles Tagués ‘Sophie Calle’

17
Juil

Avignon 2013 [1] – Du temps pour la chambre

Le Off

Cinquième année de présence au Festival d’Avignon pour la rédaction, merci !

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Cour d'honneur 2013 - vue générique - photo Emma Reel

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La répétition générale

Pas de trompettes hier sur les marches du Palais, mais tout de même une foule bien dense pour assister au filage de Cour d’honneur, hommage de Jérôme Bel au festival (ce blog a bénéficié d’une invitation par le metteur en scène, merci à lui). Ambiance décontractée (les belles Avignonaises n’avaient pas sorti de robes de soirée), mais studieuse, puisqu’une promotion de l’École nationale des arts du cirque serrait les rangs autour de professeurs point résignés. Remarqué, Yves-Noël Genod, chemise ouverte sur la colombe protestante, distribuait les flyers de sa performance confidentielle – Disparaissez-moi ‘fait le buzz’ (pour réserver: 06 84 60 94 58)

Sur scène, une vingtaine de personnes, vêtues sans apprêt, prennent place dans un dispositif qui semble faire le lien avec le Disabled Theater présenté par le même scénographe il y a de cela un an (lire ici la chronique). La comparaison s’arrêtera là: il ne s’agit pas d’acteurs ; mais de spectateurs rencontrés par Jérôme Bel depuis 2011, qui vont livrer, pendant deux heures, leurs souvenirs de la cour d’honneur, cet espace sanctifié par 67 années de déclamations, scandales et claquements de sandales au long des gradins. On n’en dira pas davantage pour l’instant, car la première, c’est ce soir – sinon, peut-être, que cette performance où s’additionnent anamnèses, reenactement et récitations vient inviter chaque festivalier à écrire le fil de sa propre présence.

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avignon 2013 - photo Emma Reel

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La rencontre

C’est avec une certaine appréhension que la rédaction s’est rendue, onze heures du matin, à la Mirande: débarquée en cheveux, à peine le temps d’un café-clopes, après réveil hagard à 10h37, elle est évidemment tombée sur Jean-Paul Gaultier (tempes luisantes, regard vif, il s’était forcément levé plus tôt). Rendez-vous Chambre 20. Là, Sophie Calle finit son petit déjeuner en lisant la presse. Beaucoup (trop) de monde se penche sur la quarantaine de cartels qu’elle a disposée dans sa chambre (au passage, très chouettes les chambres de la Mirande, on repensera à s’y loger pour une prochaine édition). Alors, c’est comme d’habitude, la mise en scène d’histoires et de lettres d’amour, le mariage raté, l’impuissance, la mère, et un chat empaillé (pauvre Félix, étranglé par un amant jaloux). C’est pourtant diablement émouvant (diablement plus émouvant que l’ode à la mère Monique de 2012). Ça donne envie de s’asseoir pour contempler le jardin, de bavarder, et de rendre hommage (à quoi ? au soutien-gorge accroché au lustre, peut-être, ou à la chaussure rouge orpheline). Sophie Calle joue sa putain magnifique et soudain on l’aime bien, et on lui dit, avec quelques mots de Pasolini.

Il Candido letto disordinato
i quaderni innocenti: la presenza
in me di queta fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola

w_chambre_20__sophie_calle_(c)_christophe_raynaud_de_lage__festival_davignon_0036

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Les potins de la place Pie

>>> Une des particularités de cette 67e édition, c’est évidemment et cela a été déjà bien commenté, qu’il s’agit de la dernière pour le duo Hortense Archambault / Vincent Baudriller, qui ont pour l’occasion imaginé un nouveau format – « Des artistes un jour au festival » – permettant aux invités d’éditions passées de revenir le temps d’une pièce. À venir, Delbono (après-demain), Keersmaeker (samedi), Romeo Castellucci (le 25) ou encore Patrice Chéreau dans une lecture mise en espace de Coma, le 26 juillet.

>>> Côté OFF, David Nathanson, aperçu dans une précédente édition, joue Le Nazi et le barbier jusqu’au 31 juillet, et tient un blog personnel et piquant de son aventure avignonnaise chez Libération : Du Pont sur les planches.

>>> Off toujours, c’est sans surprise que l’index du catalogue livre son verdict: Molière, Boris Vian et Georges Brassens sont en tête des auteurs choisis. Une grande absente parmi d’autres: Sarah Kane.

>>> À propos de femmes de théâtre, les étudiants de la Manufacture (école de théâtre de la Suisse romande) ont réalisé quelques petites statistiques, à la manière de La Barbe (qu’ils confondent avec les FEMEN, quel dommage). C’est sans appel: 60 spectacles sur 864 présentés dans le In étaient mises en scène par des femmes ; une seule a dirigé le Festival – Hortense Archambault – les jeunes acteurs relevant non sans pertinence qu’une seule femme a jamais été promue « artiste associée » (il s’agit de Valérie Dréville, en 2008). Ces chiffres, et d’autres saynètes, sont à découvrir avec Pro | Vocation, présenté au cloître Saint-Louis pour encore une représentation. (Gratuit sur réservation auprès de la billetterie du Festival)

>>> Le demi-pression a augmenté de 30 centimes au coin de la rue Joseph-Calvet.

>>> Tout ne passe pas en Avignon (1): il y aura, par exemple, une rétrospective Chris Marker à l’occasion de la prochaine édition du Festival d’automne – par ici pour lire la bonne nouvelle.

>>> Tout ne se passe pas en Avignon (2): Elektra, dans la mise en scène de Patrice Chéreau célébrée par Lez’Inrocks, sera diffusée en direct sur ArteLiveWeb le 19 juillet – encore 2 jours, 00:22:27 secondes à patienter.

et bienvenue en Avignon, année 13, 67e édition.

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4
Juil

L’édition fantôme.

Le Off

(via Starsky)

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Sugimoto ou presque.

Lectures d’été.

La Cultenews, parfois consensuelle, vous rappelle la traduction inédite du dernier roman de Kawabata, Les Pissenlits (chez Albin Michel). S’il y avait de quoi se méfier d’une parution opportuniste pour un ouvrage potentiellement bancal, en vérité, ce n’est pas le cas: c’est un roman, âpre comme un fugu assaisonné au raifort, qui donne envie de relire tous les autres. Pourtant, comme il n’y a pas d’experte nipponne dans la rédaction, difficile de dire si la traduction est maniérée à juste titre. L’écriture est étrange, parfois plate comme un Perrier oublié sur la table, et c’est moins le style du dialogue qui est intéressant que l’histoire qui s’y tisse entre un homme et la mère de sa fiancée, à propos du mal de la jeune fille, atteinte de « cécité devant le corps humain », internée dans l’hôpital psychiatrique d’une petite ville côtière. Une histoire d’hystérie, une histoire d’amour à chausse-trappe.

Beaucoup moins consensuel, le roman chinois Lèvres Pêche a été écrit par un des plus importants militants en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité en Chine, Cui Zi’En (chez Bleu de Chine / Gallimard, 2010). Impossible de rendre compte de toute la subtilité des sentiments et rages qui y sont mises à l’oeuvre, et qui tiennent assez bien en cette citation: « Quand la culture était à la mode, je vendais des légumes ; quand on portait l’amour au pinacle, j’étais célibataire ; quand l’argent est devenu tout-puissant, j’étais pauvre ; et dans la civilisation médiatisée qui est aujourd’hui la nôtre, je ne regarde ni la presse, ni la télévision. On dirait que j’ai choisi de me réfugier à des années-lumières de notre temps patriarcal. En mettant mon pénis au rebut, je nie la symbolique de la phallocratie et le culte de l’organe sexuel: si je ne suis pas devenu un homme « véritable », c’est probablement parce que je n’avais pas envie de cautionner ces mœurs issues de la nuit des temps. »Ça décoiffe pendant 300 pages sur le même mode radical – la traduction est d’une grande finesse, au vocabulaire recherché et souvent étonnant. Du coup, ça remue, ça émeut, ça interroge. Avec tout ça, Cui Zi’En a dû démissionner de son poste de professeur de cinéma dans une des universités d’Etat de Beijing. Now that’s what we could call du courage politique.

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Interlude

Φαίη δ’ ἂν ἡ θανοῦσά γ’, εἰ φωνὴν λάβοι
(Sophocle, Electre, vers 548 / « La morte parlerait, si elle retrouvait la voix. »)

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Cérémonie - Bertrand Schefer - POL

Les troisième et quatrième livres ont été découverts peut-être à tort comme un diptyque. Cérémonie (de Bertrand Schefer) et Forêt noire (de Valérie Mréjen, tous deux chez P.O.L, tous deux 10 euros, tous deux souvent cités ici en effet. Mais ils n’ont rien demandé! et, ne cautionnent pas nécessairement.) proposent deux déclinaisons possibles autour du deuil (et de son refus), deux modes de friction à la narration intimiste. Alors, Bertrand et Valérie n’ont pas eu besoin de la Cultenews pour trouver leur public,

Avec Cérémonie, le phrasé s’offre un tombé aussi parfait que le costume semi-mesure dont la description est filée comme une métaphore cathédrale, au long d’un portrait en creux, d’une figure isolée étrangère à son propre héritage, jamais nommée. « Mon esprit n’est pas assez clair pour fixer et rendre des comptes. » Bertrand Schefer ne rend pas compte, son livre se traverse avec l’impression d’en reconnaître chaque recoin, chaque bibelot de porcelaine, chaque éclat de voix endeuillé, et pourtant, tout semble sans cesse échapper des mains, y compris l’apparence de dandysme, trop jouée pour être prise au sérieux, ou autrement que comme le sérieux lui-même, comme est sérieuse la narration minutieuse d’une scène d’adieu par l’écriture, en ouverture. A la découvrir, naît la crainte que des larmes venues d’ailleurs viennent mal tomber sur l’encre et brouiller la calligraphie. Jusqu’au bout, les larmes auront tenu compagnie.

De Forêt noire, on peut penser apercevoir quelques visages sans jamais être bien certaine de les reconnaître, sans que ça ait vraiment d’importance d’être certaine de les reconnaître. Car c’est la langue et le style de Valérie Mréjen qui surplombent tout, cette manière qu’elle a de tout bousculer à la racine, en donnant à chaque fois l’impression qu’elle ne touche à rien, un art de sublimer les poussières du réel qui n’appartient qu’à elle – une force hors du commun, un kaléidoscope qui défie la vacuité pour en extraire les reliefs les plus inconfortables, l’air de rien. C’est grand, et difficile de dire que ça ferait pleurer: c’est au-delà, un roman qui secoue à contre-temps, comme si Valérie Mréjen avait su transmettre l’existence des spectres, en leur accordant une étrange bienveillance, au-delà de leur apparition au tournant des faits-divers.

Il serait possible d’imaginer un jeu de champ/contre-champ entre les deux ouvrages. D’aller chercher leurs auteurs, et leur demander, ensemble, « Qu’est-ce qui vous donne le souffle d’écrire? » – d’écrire, comme cela, des livres durs, des livres, aussi, qui se regardent et parfois se croisent sur la table des libraires, dans les chroniques de la grande presse, qui se défient côte-à-côte jusque dans leurs thèmes et parviennent à ne pas s’y ressembler, s’y jouer miroir ou se dévorer. C’est aussi un tour de force.

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La Gazette des cimaises

Très belle exposition que Situation(s) au Mac/Val, particulièrement pour la pièce de Clarisse Hahn, Los Desnudos, qui relate le combat de paysans qui décident de se mettre littéralement  à poil pour dénoncer les expropriations, au Mexique. Il est également possible d’envoyer un texto à Marylène Négro, de danser avec Frédéric Nauczyciel, de se marier avec Tsuneko Taniuchi, de déclamer sa flamme chez Arthur Gillet (avec la revue Monstre). Enfin, un site Internet est dédié à la réception de projets [Note du webmaster: « Et c’est évidemment du pur #SPIP, en #HTML5, avec une animation en jQuery, des #transitions_CSS, de l’interactivité (tu peux participer, si t’es du genre ’tistique). »] – l’exposition dure jusqu’au 16 septembre.
La Revue Monstre est également présente à la Galerie de Roussan, Paris-XXe, jusqu’au 21 juillet (Transparency Disclaimer: un des textes de la rédaction Littérature y est présenté).

Il y a bien sûr Gerhard Richter au Centre Pompidou, jusqu’au 24 septembre. La Cultenews avait vu la présentation londonienne, à la Tate, qui lui avait fait conclure: « les oeuvres, magnifiques, l’accrochage, décevant » (plus particulièrement car une des salles payées par les « sponsors » était à visiter… après traversée de la librairie / café, ce qui défigurait le parcours et nous avait beaucoup énervées, comme dirait une consoeur). L’accrochage parisien est plus réussi.

Enfin, Misia, Reine de Paris, au Musée d’Orsay, revient sur la figure mondaine de la Belle Epoque (jusqu’au 9 septembre). L’occasion de signaler la sortie d’un nouveau tome du Journal de sa contemporaine Mireille Havet, aux éditions Claire Paulhan comme toujours.

Un peu de tourisme? La Documenta dure jusqu’au 13 septembre. Petit salut au passage à Sazmanab, projet de l’artiste et commissaire iranien Sohrab Kashani, invité à Kassel.

>>> Supplément Arts et Inter-virtualité: LBV attire l’attention sur le projet Lost Art, une occasion de découvrir quels chefs d’oeuvre de l’art moderne ont disparu (perte, incendie, volonté de l’artiste), de Malévitch à Rachel Whiteread ou Tracey Emin. C’est vraiment bien.

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Brèves de trottoir

>>> Tremblez, Papes ! Avignon, c’est demain. Avec Christophe Honoré, Jérôme Bel, Simon McBurney, Sophie Calle, William Kentridge, les pavés de la rue Philonarde et les petits cancans de la place des Carmes. Ce sera à suivre sur Médiapart puisque la cultenews a été invitée à participer à une édition collaborative, mais aussi ici, où les articles seront repris et déformés dans les règles de l’art.

>>> Ça buzze, ça buzze pour la rentrée littéraire Actes Sud, avec les comparses Mathieu Larnaudie (Acharnement), Claro (Tous les diamants du ciel) et Mathias Enard (Rue des Voleurs). Il y sera question de politique, de LSD et de religion. Claro et Mathias Enard seront aussi à La Baule, pour Ecrivains en bord de mer, rencontres littéraires érudites et décontractées, organisées par Bernard Martin et les éditions Joca Seria à La Baule, du 18 au 22 juillet.

>>> Dans notre rentrée littéraire idéale, il y aurait Céline Minard, mais elle n’est pas là pour cette fois. Il y aura, en revanche, la publication du cours de Michel Foucault de 1979, Du Gouvernement des vivants – un inédit publié au Seuil. Et puis, toutes les sorties dont la rédaction n’est pas encore informée

>>> C’est sans doute kitsch, grand public et trop cher, mais la 9e de Beethoven sera dirigée par Daniel Barenboïm (chouchou historique depuis la (magique) représentation de la Flûte enchantée qu’il avait tenue, au soir de la mort de sa femme, il y a bien longtemps) et chantée entre autres par Waltraud Meier (chouchou bis, entre Isolde / Sellers et Wozzek / ms Marthaler, mais certes, ce n’est pas là qu’elle sera forcément la plus belle en son miroir), le 13 juillet à Versailles, dans les Jardins du château. C’est la concession « Sortie de famille ». Si ça vous dit, c’est par là.

>>> Si par hasard quelques lecteurs souhaitent savoir où et quand la rédac’ chef cause en public du numérique et de littérature, ils peuvent se référer au site emmareel.net ; le livre a curieusement bien marché. Du coup, les nouvelles sont mises en ligne, à raison d’une fois par mois, les unes après les autres (soit un an, pour la lecture de l’ensemble).

>>> Oui, la Cultenews, c’était mieux avant! Et bien, ce sera mieux à venir.

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Le Baiser de la fin

« Ainsi, la question de l’oubli ne concerne pas seulement l’avatar ou la machine en quête d’une forme d’humanité. Elle n’est pas limitée à ce désir de devenir humain ou d’essayer de reproduire une vie, une expérience, en retenant tous les éléments d’une telle vie.
L’oubli est l’impensé et l’impensable de la technique et de la culture numérique, car il a toujours été considéré comme quelque chose à conquérir. L’oubli nous montre la différence entre le réseau et ses archives, d’un côté, et l’homme et sa mémoire, de l’autre. »

(via Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique)

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