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Articles Tagués ‘Printemps de Septembre’

17
Oct

La double édition!

Le Off

A tout plaisir les honneurs: pour cette édition d’automne, le saigneur Antoine Volodine illumine octobre d’un entretien, suivi des rubriques usuelles et futiles pour animer un dîner jusqu’au bout de l’escarpin, dont la « Wish-List » de vos lectures et sorties, et le Supplément inédit « J’Claquerai tout avant la stèle ». Comment ça, il est 03h37? Et oui, c’est désormais, depuis le Off, vous pouvez cliquer sur les liens pour accéder directement aux rubriques! Magie des ancres HTML, apprentissage autodidacte dans les bras de Diogène de Sysop!


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L’entr’aperçu Antoine Volodine

Plusieurs échanges auront été tentés par la CultEnews pour localiser ce que proposait Antoine Volodine aux côtés de ses hétéronymes en cette rentrée littéraire. Il y avait de la timidité à espérer convaincre un bunker de se pencher sur des frous-frous virtuels: Volodine, sujet de thèses et hypothèses, a fait l’objet d’articles et entretiens à hauteur de l’ambition réussie d’une triple publication locomotive de l’automne (Ecrivains au Seuil, Onze Rêves de suie de Manuela Draeger aux éditions de L’Olivier, et Lutz Bassmann avec Les Aigles puent chez Verdier). Aperçu à Manosque le temps d’une lecture saisissante d’étouffement (elle se tenait dans une petite salle confinée, et venait conclure trois jours de divagations littéraires en plein air), l’écrivain a semblé roc bien plus sombre que les rêveries d’été n’avaient laissé l’imaginer. Il a pourtant pris le temps de répondre à deux questions par écrit, tout en s’excusant « de ne pouvoir improviser sur des questions complexes » – ironie reçue 5/5, et tous remerciements pour les réponses qu’il a partagées.

« Alors que cette liste si agréable à établir, doit, malgré tout, se terminer, je regrette que plusieurs milliers de personnes n’y figurent pas, dont évidemment mes lecteurs font partie…« 

(Antoine Volodine, in Ecrivains)

>>> La littérature post-exotique, qui s’appuie sur la multiplication de ses voix, le jeu des échos des narrats, ne serait-elle pas une quête pour se dispenser du lecteur, un démantèlement des cellules bovarystes?

« Lecteurs et lectrices sont au contraire immensément présents dans tous nos livres. La préoccupation principale des auteurs post-exotiques est de transmettre des images aux autres, qui, il est vrai, écoutent et ne lisent pas. L’ensemble de l’édifice repose sur ces fondations-là : une parole (un sanglot, un cri, un récit de rêve, une cristallisation poétique, un souffle…) qui va vers des complices, auditeurs, auditrices, principalement nocturnes, tous emprisonnés et traversant les mêmes affres. De là se développe une fusion presque concrète entre les créateurs (ou créatrices) de l’histoire et leurs destinataires. A tout instant celui ou celle qui disent l’histoire sont conscients de l’écoute. A leur tour aussi ils écoutent, puis répètent ce qu’ils ont entendu, fidèlement ou en y ajoutant leurs variantes.
Très clairement, la parole circule entre les acteurs de cette création qui est par nature orale et collective, très peu intéressée par la signature et, au-delà, par le devenir ultérieur de ces textes hors les murs. On a là un premier niveau de relations entre auteurs et un public qui a un statut de co-auteurs. Deuxième niveau, l’auditeur et l’auditrice sont mis en scène dans les livres, au sein de l’histoire qui est souvent contée par un narrateur qui reproduit dans l’organisation du livre les conditions de son « écriture ». D’où la fréquence de personnages-diseurs, de personnages-écrivains, de personnages-chamanes qui disent le monde sous forme de fragments où apparaissent d’autres auditeurs, d’autres conteurs et diseurs: en ce sens les trois livres de cette rentrée sont une illustration de ce système de narrations imbriquées.
Mais ensuite, au-delà des murs de cette prison imaginaire d’où surgit la fiction, dans la réalité éditoriale, concrète, il y a un travail particulier de rapprochement avec le lecteur, la lectrice « sympathisants ». On s’adresse à d’autres oreilles que celles des co-écrivains post-exotiques et à d’autres oreilles que celles des personnages en situation d’écoute. On parle au public en général, sympathisant ou non, avec le souci de faire passer émotions et images (en veillant, donc, à manier efficacement les outils d’écriture dont nous disposons). Le résultat de tout cela est une construction où circulent beaucoup de dits et de non-dits, mais où lecteurs et lectrices, au contraire de ce que suggère votre question, sont constamment présents, et à tous les niveaux.

« Quand je recule très loin dans ma mémoire, quand je me dirige vers les brouillards qui précèdent l’enfance consciente, je m’aperçois que j’ai retenu les images des manifestations et de la fête. »

(Manuela Draeger, in Onze Rêves de suie)

>>> Vous dépeignez un univers sombre, mais l’enfance y tient une place à part. Pourriez-vous expliquer à quel titre?

« L’enfance est un leitmotiv depuis le premier livre publié jusqu’à ces trois livres. On pourrait nommer plusieurs romans où elle n’est pas présente, mais ils ne sont pas la majorité, surtout si on prend en compte tous les petits romans de Manuela Draeger où les personnages sont indistincts mais porteurs de la pensée magique de l’enfance. C’est surtout vers cela que nous nous tournons, vers cette désinvolture face au réel, désinvolture intellectuelle très souvent charpentée à partir de mots. Mots magiques, inventés, qui créent une réalité parallèle ou qui permettent d’entrer de plain-pied et sans délai à l’intérieur d’une image. Notre rêverie « enfantine » se développe peut-être comme les monologues des enfants qui « se racontent des histoires ».

Outre cette fonction essentielle de la magie de la parole, nous recherchons aussi dans l’enfance et ses personnages la même naïveté désespérée que celle qui rôde dans nos personnages d’insanes ou semi-insanes. Les enfants, en ce sens, font partie du spectre de nos personnages écrasés qui, malgré tout, reconstruisent (par la parole et l’hallucination) leur monde proche. »

« J’avançais sans grâce mais sans tomber, j’agitais ma casquette, je hurlais le détail des mesures qui entreraient en vigueur immédiatement après notre prise du pouvoir, je ne me préoccupais pas de savoir si on me rendrait mes gamelles et mes hardes avant de me renvoyer vers le dépotoir ou de me liquider. Et j’étais très fier. »

(Lutz Bassmann in Les Aigles puent)

Propos recueillis par l’email d’Emma le 28 septembre 2010.
Les citations ont été ajoutées après l’entretien.

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…/…
Laissez défiler la page pour la suite de l’édition, ou remontez le lien pour lire le précédent entretien, avec Frank Smith, pour son ouvrage Guantanamo.

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Sappho - Portrait - date inconnue.

Toi aussi, tu t’appelles Hellène!

Τίσ δ᾽ ἀγροιῶτίσ τοι θέλγει νόον, οὐκ ἐπισταμένα τὰ βράκἐ ἔλκην ἐπί τῶν σφύρων;

(Comment cette femme grossière et sans art peut-elle charmer ton esprit et enchaîner ton cœur? Elle ne sait pas même laisser flotter avec grâce les plis de sa robe!)

Oh, Sappho…

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Sur la Wish-List

Pierre Zaoui, Maître de conférence à Paris-VII, fils prodigue de Baruch Spinoza, en écrivant La Traversée des catastrophes, ne pouvait pas savoir qu’une pigiste jouerait d’un marque-page hésitant entre « Tomber malade, vivre debout » et « Quelle tuile! Sur l’événement amoureux ». Avec cet ouvrage de « philosophie athée » qui a pris le temps de la réflexion et des références, il y a de quoi faire passer la mode de Caen et l’hédonisme bêta pour des ringardises aussi égarées qu’un legging. Une présentation du livre est prévue à la Fnac-Montparnasse le 5 novembre 2010, et, et… à suivre.

La visite aux Correspondances de Manosque a été l’occasion d’ajouter quelques titres aux achats de l’automne, en particulier 116 Chinois et quelque, premier roman de Thomas Heams-Ogus, à écouter (15 euros, Fiction et Cie) sélectionné pour le Prix Wepler. A noter le très bon article sur le blog de Claro, également sélectionné Wepler avec son titan Cosmoz dont il fit une belle présentation à Manosque, ainsi récemment que chez Hubert Artus de Rue 89, en vidéo.

Bonne nouvelle, la librairie Au Poivre d’Ane sis place de l’Hôtel de Ville de Manosque, pourtant peu amène dans son accueil aux visiteurs d’un week-end, avait en stock le dernier tome du Journal de Mireille Havet (1927-1928), publié en mars 2010 chez Claire Paulhan, dont les ouvrages sont trop souvent difficiles à se procurer. Mireille Havet, décédée il y a bientôt 70 ans, peut au moins se féliciter post-mortem d’avoir échappé aux affres cruelles des comités de sélection: lesbienne, amatrice d’opium, et toute mondaine qu’elle put briller, elle n’a jamais été reconnue de son vivant, brûlant la vivacité par les deux bouts en planquant son Journal, qui fut sauvegardé in-extremis.

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Etoile de la toile

© Eva Truffaut - mycopyright.tumblr.com

Très très belle découverte du stupéfiant Tumblr d’Eva Truffaut, dont la CultEnews reproduit ici une image sous toute réserve d’autorisation avec lien. En cascades d’images, une histoire se recompose dans l’illusion de l’aléatoire propre aux effets Tumblr, c’est magique, poétique, et d’une ironie toute féministe qui a beaucoup plu par ici.

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Les Sorties du chinchilla

Les compères experts en Arts lyriques en restent sceptiques, mais par curiosité, il serait tentant d’aller apprécier la reprise de la mythique production de Giorgio Strehler des Noces de Figaro (Opéra Bastille à compter du 26 octobre). Ach Mein Gott, il ne reste plus que la catégorie Optima et mois de mai, soient deux hypothèses oh, vraiment lointaines, presque aussi lointaines que la représentation originale (1973).
Note: Diogène de Sysop, Hot Line du site CultEnews, a été amusé par la mise en place d’une file d’attente pour l’accès au site de l’Opéra via un script efficace, à l’ouverture des réservations du 11 octobre (14 minutes sans avoir à recharger la page).

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Tender is the Dawn - Photo Emma Reel 2010.

Brèves de trottoir

Zéro pointé pour le peu de soin apporté à la relecture d’Avec Bastien, de Mathieu Riboulet – un très bon livre qui méritait bien mieux qu’un s mal placé à « partouse » (sic, quoique cela aurait pu être une coquetterie de type phantasmatique) et surtout, oh, surtout, la confusion entre « savoir » et « suer » qui n’a pas parue guidée par un effet de style. Ah oui, c’est pourtant un livre délicieusement sensuel, diaboliquement sexy, mais ce parcours de l’éveil d’un joli môme, depuis un grenier de Corrèze jusqu’aux glory holes de Paname, aurait été encore plus apprécié sans fluctuation du Jouette.

C’est déjà trop tard pour Toulouse, mais pas pour son écho: faute d’avoir pu se déplacer elle-même à l’inauguration du Printemps de Septembre, édition 2010, Emma a demandé à un petit prince de la performance qui y exposait, de jouer au Renvoyé spécial via SMS: « Oh, c’est nul les artistes n’étaient pas invités au dîner! Les expos sont bien! Les commissaires sont ivres! C’est la fête des Princesses ma chérie! Vérifie tout de même ce que tu publies ». Etc. et déroulement attendu pour cette joyeuse récréation quelque peu luxurieuse qui se terminait le 17 octobre.

The place to be où Emma n’était pas, c’était le 4 octobre au Théâtre de la Madeleine, soirée de lancement des Ecrits inédits de Marilyn Monroe (Fiction & Cie) dont les tweets relataient le plus grand bien avec ravissement, encouragés par une débauche de Dom Perignon (quelle bonne idée!). Des bises aux artisans de ce succès et ses déjà nombreuses réimpressions. Update! La lecture d’Anna Mouglalis peut se réécouter ici.

Closer CultE: un lecteur a signalé que le bal masqué de Grazia au Palais-Garnier valait aussi le détour, mais n’a pas précisé à quel papillon il songeait.

>>> Appel à l’aise: si vous vous sentez l’âme d’un contributeur CultEnews, il est envisagé la mise en place d’un Top-Tweet à chaque édition. Envoyez vos critiques et commentaires  à toute heure sur le portable de la rédaction, anonymat garanti, bises renvoyées avec gourmandise.

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Le Supplément dispendieux d’octobre:  J’Claquerai tout avant la stèle!

Judy-Rose, éternelle stagiaire mythomane des luxures en semelles rouge Révolution, a appris à ses dépens qu’il faudrait trois semaines pour changer talon et semelles d’une paire de Christian Louboutin (facture du cordonnier sous embargo, mais ne vous privez pas d’envoyer vos dons, timbres-postes et mandats cash acceptés). A vos carnets, une seule adresse au monde assure un entretien légitime du pied de la lettre: Minuit moins 7, sis galerie Verot-Dodat, 75 001, soit la porte à côté du chausseur mythique. Evidemment, une fois sur place, rien n’empêche de compenser l’impatience avec une nouvelle paire, etc. Qu’est-ce que tu n’inventerais pas pour te faire remarquer, Judy!

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« -Mais qu’est-ce que tu veux dire?
-Nightingales engraving fairy tales on the Pacific Walls. »

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Sur le gramophone:  a touch of Grace.

Remerciements particuliers pour cette CultEnews: les mails de minuit plus cinq.

11
Oct

Un Printemps Indien à Toulouse

CultEnews’ Special of the day!

La Correspondante, « artiste jusque dans ses déplacements », un compliment dont elle remercie encore l’auteur, a décidé cette fois-ci de se lever à l’aube un samedi, direction Toulouse et son Printemps, et espère que le regard d’un 14 février 2009 qui l’inspira à oser ainsi voyager vers les arts se souvient. Il y en eut d’autres, il y en a, et il y en aura d’autres, et bien sûr le plus marquant est toujours le manquant, etc… Et le conte continue.

Emma rentrera, peut-être, dans la nuit de dimanche à lundi, si d’aventure elle n’improvise pas une escale buissonière, et pourquoi pas à Bordeaux et son Evento, et aussi l’ami J-M.A. Car la CultEnews, ce n’est pas du journalisme, et ce n’est pas davantage un blog. C’est un projet peut-être artistique de chronique amoureuse des années 2010 et plus si affinités, écrit par une identité virtuelle, qui fut, ailleurs, une carte de presse sous un autre pseudonyme, avant que la vie ne lui rappelle fermement qu’il fallait rester tendre.

La météo toulousaine fit mentir le printemps, mais pas l’Inde, puisque le samedi se célébra  sous la mousson… Sous l’averse, nous chantons, et les fleurs renaissent, alors…

Rencontre au musée

L'art sans le lard - Musée des Abattoirs. Photo: E.R.

L'art sans le lard - Musée des Abattoirs. Photo: E.R.


Un reportage pour l’art, ce n’est pas plus facile qu’un reportage tout court. Il fallut trouver un hôtel, par chance il est formidable et bien situé, puis filer sur le champ au Musée des Augustins, où sans aucunement avoir réservé mais grand sourire à la portière, votre aimable Emma entra sans encombre. Elle venait pour une rencontre encore plus qu’une conférence, mais là, il s’agissait presque de retrouvailles. Madame Catherine Robbe-Grillet, plus toute jeune et d’autant plus belle, indigne altesse, entourée du commissaire associé Jean-Max Colard (a-t-il écrit sa fiche Wiki lui-même;-? On en connaît d’autres!) et des artistes Prinz Gholam et Ulla Van Brandenburg, discutait de la performance qu’elle allait présenter le soir-même pour La nuit des tableaux vivants, une des soirées phare de la neuvième édition du Printemps de septembre. Emma l’éternelle partiale et partielle ne niera pas qu’elle aime Jeanne, à la limite du baise-main. Emma aima écouter Jeanne, comme en 2004 à Beaubourg, mentir ses mises en scène et faire pétiller les sur-entendus, fermement chuchotés pour plier son audience. Culte, tout ça, encore plus que CultEnews.

Mais Catherine, et même Jeanne, stars toujours et sous tous les noms, ne furent pas pour autant les seules intervenantes de la rencontre. Et la pigiste Art Contemp’ mid-Nineties, adora aussi entendre le commissaire éclairer les conditions de reconstitution d’un détail du Vivarium d’Edouard Levé. Car comment rend-on hommage à un artiste, écrivain, décédé jeune de surcroît, sans le trahir? Il y a bien sûr la question des ayant-droits, mais peut-être bien davantage celle d’une lecture de notes, manuscrits, poussières qui font oeuvre… sans même songer aux kilo octets impalpables qui feront les oeuvre de demain. Emma se souvient des discussions qui suivirent le décès de Philippe Thomas – et se demande si aujourd’hui, quelqu’un, quelqu’une pourrait représenter sa conférence à Beaubourg (Oups, là, Emma était trop jeune, et doit vérifier dans la semaine s’il s’agit bien de la « Présentation d’un manuscrit trouvé », 1981 dans ce cas, Mea Maxima CulTenews pour le suspense). Serait-ce, alors, une nouvelle production, et ironie, sur la réécriture de l’histoire de l’art ?

Nuit aux Augustins

 

Photo: Emma Reel

Photo: E. R.

 

C’était prévisible: un musée ouvert de nuit fait le plein, et là, le plein fut exactement de 3700 visiteurs, source sure et félicitée. Les Augustins, pourtant, ne semblaient pas déborder, mais il était impossible d’assister à tous les tableaux mis en lumière. La Reel consciente des contraintes du réel n’en fut pas malheureuse pour autant, car le musée est magnifique de son cloître aux petites maquettes-statuettes de Corot présentées l’air de rien, dans le genre « Delacroix meets l’art roman » et projet d’action éducatif . La reporter jamais en retard médita entre autres devant la vidéo de Lorena Zilleruelo présentée dans la Cathédrale (Elégie et Elan, 2009), puis se laissa happer par la mise en son de Sylvie Fleury dans le département d’épigraphie médiévale, et enfin surprendre par le torero mort de Pierre Joseph, c’est fait pour, c’était drôle.

Certes, la performance de Catherine Robbe-Grillet entourée de quatre actrices était délicate à apprécier passé le second rang d’une salle à la jauge pourtant limitée à 30 personnes. Les visiteurs attentifs purent tout de même, éventuellement, découvrir que le sucre ne servait pas qu’à aromatiser un café, à moins qu’ils n’y attachent les guillements d’une métaphore à la cardamone. La correspondante est restée cependant assez sceptique quant à la présence d’une burqa dans une performance par ailleurs amusante, pas tant qu’elle soit choquée, plutôt que c’est un peu attendu pour « choquer »… mais c’est vrai que longtemps elle n’eut pas froid aux yeux. Elle n’a pas été persuadée que toute expérience est transmissible à un public bruyant, pas préparé et peu aimable finalement (spéciale dédicace au voisin qui fit disjoncter l’Aïe-Phone, tomber son trousseau de clefs et Tutti Quanti). Comme disait la Maîtresse: « C’est public, donc c’est convenable. »… et peut-être convenu, hélas, quand le silence n’est pas suffisant.  Thèse CultEnews à venir: « De la difficulté d’un partage de pratiques qui ne se jouent qu’en privé ».


 

Edouard Levé - Reconstitution - Octobre 2009 - Vivarium, détail. Photo: E.R.

Edouard Levé/ReconstitutionOctobre 2009 - Vivarium, détail. Photo: E.R.

Magnifique expérience en revanche que de longs instants passés à contempler le dîner bourgeois reconstitué à partir du travail d’Edouard Levé dans une vitrine du musée qui donne sur la rue de Metz. Il fallait venir et y revenir, observer comment conventions, ivresses, emportements, abandons, colères, alternaient, dérivaient, et comment les passants y réagissaient, de la curiosité à la jalousie. Rapport à l’argent, au pouvoir, à leur représentation, à l’acceptation du voyeurisme… les commentaires fusaient, touchants, parfois, agressifs aussi. Et dans « l’horreur », la quête de « stars », qui « ne se gênaient pas » à boire du champagne, affleurait en creux toute la subversion de la mise en vitrine… si belle réponse à la place du Capitole prise en otage sous la mitraille de la Journée de la sécurité intérieure  tout au long du samedi, dans une ville que la Renvoyée spéciale a perçue comme hostile à l’excentricité. Un très joli travail de mémoire qui n’a pas sombré dans la commémoration, et fait écho au French Courvoisier de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer. La CultEnews n’a pas connu Edouard, et le regrette, là, franchement.

Un dimanche aux Abattoirs

 

Dan Flavin - Untitled (To Harold Joachim) - 1977. Photo: E.R.

Dan Flavin - Untitled (To Harold Joachim) - 1977. Photo: E.R.

C’est sans doute très conventionnel d’adorer le travail de Christian Bernard, directeur du MAMCO, commissaire des deux dernières éditions du Printemps, mais rassurant, aussi, d’arriver aux Abattoirs, et d’être soufflée dès la deuxième salle, où un improbable jeu renvoie d’un tableau de Franz Gertsch digne de Présumés innocents (merci à vous d’aller signer le Manifeste des Présumés Coupables) au Blind Man de Gabriele di Matteo. Entre la nymphe, six ans maxi, et le vieillard, nous voilà, les yeux perdus dans les miroirs, le questionnement et le jugement des ombres du désir. Plus loin, di Matteo, encore et on adore, jouait avec Collin-Thiébaut, subitement remonté dans notre estime par une juste mise en valeur… Ou comment, par des choix d’accrochages subtils, dyschroniques et athématiques, le Commissaire d’exposition réussit à nous entraîner dans le roman, le nôtre, sans rien trahir de l’Histoire de l’art, le petit h se trouvant au juste milieu de nos libres interprétations. C’était extraordinairement émouvant, que ce jeu des « Sept pièces faciles », hautement risqué, évidemment. La CultEnews, très bon public qui en a vu d’autres, a ressenti tant de possibles, et s’est aussi tellement marrée du Buster Keaton projeté dans un tunnel de Oups, elle ne sait plus mais c’était bien… qu’elle n’est pas allée plus loin dans les visites d’autres expositions dans la ville, et à peine dans les autres étages du musée, qui l’ont moins séduite. Mais vous irez, n’est-ce pas, et vous lui raconterez… ça dure jusqu’à la fin de la semaine prochaine.

Le baiser de la fin

« Mon cerveau est plus grand que le monde. »

Attribué à Emily Dickinson, choisi en exergue du Printemps de septembre, visible en façade sur la place du Capitole…

 


Vue de l'exposition "Sept pièces faciles" - au premier plan, Franz Gertsch, Hanna Lore, 1970. Au fond: Gabriele di Matteo, The Blind Man, 1997. Photo: E.R.

 

 

Vue de l’exposition « Sept pièces faciles »
Au premier plan, Franz Gertsch, Hanna Lore, 1970.
Au fond: Gabriele di Matteo, The Blind Man, 1997. Photo: E.R.
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