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Articles Tagués ‘Pierre Zaoui’

22
Déc

*Noël 2010, le cadeau du philosophe*

Update, octobre 2012 – Le Dictionnerfs est paru, avec de belles illustrations de François Mathon, aux éditions le Bleu du ciel, dans une version augmentée par l’auteur (plus du double). Voir par ici !  Il sera du plus chic effet sous tous les sapins, à n’en pas douter, mais vous pouvez surtout vous l’offrir, chez votre libraire préféré.

Le Off

Mathieu Potte-Bonneville, philosophe, président du Collège international de philosophie, abonné « hors classe » à la Cultenews, a accepté d’en être l’invité exceptionnel pour une Edition spéciale Noël, qui animera banquets familiaux, galettes des rois de la Salle des Profs, ou encore pause-cigarettes sous yucca plastifié.

Son Dictionnerf 2010, au croisement de l’Almanach Vermot et du Phonème sous LSD, vous confèrera esprit et répartie jusque dans les situations les plus périlleuses, parmi lesquelles Jury de thèse, Entretiens de recrutement, Rendez-vous galants. Son emploi reste cependant soumis à clairvoyance, car passé le mot d’esprit, le dérapage est vite arrivé, voire la « main dans l’Hegel », dialecticien qui comme chacun sait connaît des heures difficiles, attaché sous le bureau de la rédaction depuis environ 328 jours, puisque personne n’est jamais venu le réclamer.

Ach so, la philosophie, Camarade, ce n’est pas une amie facile, mais si tu pleures trop souvent devant les Minima Moralia d’Adorno, si tu vérifies chaque matin que tu as bien orthographié Schopenhauer, si tu ne quittes pas ton Judith Revel illustré, si le pillage des Grecs par Michel Onfray t’a révolté autant que le décès de Jacqueline de Romilly, alors, peut-être cette lecture te ravira, et tu pourras aussi te faire offrir La Traversée des catastrophes, de Pierre Zaoui (Editions du Seuil), qui raconte peut-être bien la même chose, autrement: l’art de mieux vivre pour ne pas en survivre.

Sur ce, la rédaction souhaite à ses chers lecteurs de bien belles et tendres fêtes sous le signe des ivresses et de toutes les paillettes, et reviendra à son rythme de parution dilettante et aléatoire dès le mois de janvier.

…Dictionnerfs – édition de Noël.

« Elle ne s’entêta pas d’ailleurs à persuader les sœurs de ma grand’mère ; car celles-ci par horreur de la vulgarité poussaient si loin l’art de dissimuler sous des périphrases ingénieuses une allusion personnelle, qu’elle passait souvent inaperçue de celui même à qui elle s’adressait. »

Marcel Proust, Facebook for dummies.

On nous trouvera difficilement sur les traces de ces jeunes Égyptiens qui troublent nuitamment la sécurité des temples, qui embrassent des statues et tiennent absolument à dévoiler, à découvrir, à mettre en plein jour ce qui est gardé secret pour de bonnes raisons.

Friedrich Nietzsche, Don’t post a hot FB status by night without checking your account settings.


A




Accès, n.m.: fièvre contemporaine.

Acédille, n.f. : paresse typographique conduisant le moine copiste à bâcler ses majuscules (à ce titre, péché Capitales).

Addiction, n.f. : compulsion à trouver le mot juste.

Agiornamiento, n.m. : je peux pas, j’ai découvert.

Agrégaline, n.f. : toxine de concours.

A la rigueur (loc.) : exprime la résignation lassée avec laquelle on consent à une conclusion dont l’interminable démonstration méthodique a, dans un respect scrupuleux des normes logiques, minutieusement retiré tout intérêt.

Amalgamme, n.m. : odieuses insinuations tendant à se prolonger sur plusieurs octaves.

Amoque, n.m. : rage incontrôlable consécutive au sentiment que l’on se fout du monde.

Amouracher (s’), v. : s’enamourer à l’arrache.

Anchoragements, n.m. : il ne fait pas si froid que ça.

Angst (phil.) : jetons de présence.

Antarcticle, n.f. : froideur de la page blanche.

Lou antidépressou (occ.) : et qui s’appelorio prozac.

ἀπείρίτίφ, n.m. : unlimited ouzo.

Apocalipstick, adj. : alerte rouge.

Aquaplanning, n.m. : échéance glissante.

Arataxie, n.f. : promesse de sérénité qui refuse de vous prendre – son service terminé, le chauffeur rentre à Bois-Colombe.

Aspirinha, n.f. : soigne l’excès de Brésil.

Aversion, n.f. : I hate when it rains.

Aveu, n.m. : se couper en se phrasant.

Avintage, n.m. : rétro-commission.

Avodkacy, n. : free Cuba now !

Azurer, v. : zérer grave.

B




BAFA : diplôme paradoxal dont l’obtention suppose de ne pas gifler les mômes.

Bazin, n.m. : désordre indescriptible interdisant de retrouver « Ontologie de l’image photographique » au moment où on en a justement un impérieux besoin.

Boring, n.m. : newsfeed désert pour cause de matchs d’inbox.

Bouverex, n.m. : dogue logicien (variété de Boole-terrier).

Brésil (météo.) : pluie de fins souvenirs congelés par l’air froid en paillettes de givre.

Bullchite, n.f.: alibi respiratoire.

Bzzness, n.m. : ruche hour.


C


Cadratin, n.f. : hétaïre vêtue de ses seuls bas-de-casse.

Cash-cash, n.m. : votre chèque arrivera la semaine prochaine. (note : Il existe beaucoup d’autres versions de ce jeu).

Casto-riadis, n.f. : bricolage de type grec.

Catatony, n.m. : immobilité consécutive à une identification excessive avec le parrain des Soprano.

Chagrain, n.m. : c’est rien, j’ai une poussière dans l’oeil.

Christmas, n. : ♪ what a day for a dayprime ♫ (trad.).

Cocon, n.m. : souci de soie.

Cogito urgo sum (cit.) : tu as pensé au Tricostéril ?

Colloques, n.m. : rencontre hardes.

Combinée, n.f. : recherche frénétique d’une astuce pour ne pas décrocher le téléphone.

Conspirateur, n.m. : complot électro-ménager

muni d’une pompe à air.

Complaisance, n.f. : cabotage sur ses propres détresses.

Copieright, n.f. : bonne surprise.

Copiesleft, n.f. : acte manqué.

Cran, n.m. : courage capillaire (cf. Bowie D., passim).

Crashin, n.m. : vacances en vrille.

Crépuscule, n.m. : très petite galette bretonne qui adoucit la tombée du soir.

Cut-up : tendance des typographes à filer avec la casse.

Cyborg, n.m. : post-humain suédois doté d’extensions machiniques, d’une chevelure filasse et d’un bandeau de tennis so 80’s.

Cyclothymide, adj. : audaces intermittentes.

D




DarkNess’, n.m. : obscurité soluble ; à fortes doses, empêche de dormir. (ne pas confondre avec le thé glacé, malgré l’expression « Ice tea, a dark nes' » popularisée par Bonnie Prince Billy)

Défibrillation, n.m. : heart-challenging.

Deleuzianisme (phil.) : trop souvent, déférence et répétition. (vaut aussi pour la foucologie).

Demi-sourire (mus.) : silence le temps d’une anicroche.

Dénivelé, n.m. : Verneinung de la pente.

Désagrégation, n.f. : perspective de carrière.

Désinvolt, adj.: c’est les watts qu’elle préfère.

Déterritoriliasatoriapftatisation, n.f. : enfin le pli, quoi.

Dictionnerf, n.m. : antipastimmung, se console à l’apéritif.

Différance, n.f. : smeniologie.

Dodo (zool.) : sommeil éteint depuis au moins un siècle.

Dollyprane, n.m.: hello, headache.

Drama couine, n.f. : suffit, la girafe.


E




Effrayer, v. : croiser des types flippants.

Élève, n. : savant ascendant.

Enveloop, n.f. : argent qui tourne en boucle.

Epoké, trad. : parentease du noaime.

Epuisettes, n.f. : pensées volées à la fatigue.

Erre ATP : revers ferroviaires.

Erynies (myth.) : offre triple plaie.

Es mousse sein (cit.) : apéritif catégorique.

Estroscie, n.f. : insupportable rengaine.

Eyesberg, n.m. : d’un regard, sombre.

F





Fachonista, n.m. : zélateur plus ou moins lettré

d’un racisme à la mode.

Fasadisme, n.f. : torture des apparences.

Feelm, n. : emotion picture.

Fillonçailles, n.f. : mariage forcé.

Forfait, n.m. : escroquerie téléphonique mensuelle (syn. : haut délit).

G




Galetjade, n.f. : mensonge poli.

Gayprime, n.m. : légère baisse de la self-estime affectant les hétérosexuels, chaque année à la même période. (syn. : coup de strass).

Gestalk, n.f. : mémoire des formes (syn.: hantease).

Gominatoire, adj. : d’une insistance poisseuse.

Goredien, adj. : démêlage saignant.

Grotexte, adj. : traduction ridicule.

Guccignifiant, n.m. : mot-valise haut de gamme.

Guêpestalt, n.f. : formes minces.

Guèrestalt, n.f. : pas très en forme.

H





Hacoeur, n.m. : carte mémoire du tendre.

Hangoverbooké, adj. : fallait pas boire le dimanche soir.

Harengue, n.f.: encouragements à la Diogène.

Heidegger : gross malheur.

Heimatome, n.m. : trace d’impact nationaliste, bleu horizon virant au brun.

Hélastique, adj. : l’horaire, l’horaire.

Hendiadys (rhét.) : grave la prise et la tête.

Hexitation, n.f. : activisme devenu comme une seconde nature.

HiberNation, n.f. : terminus, tout le monde s’endort.

Hirstérie, n.f. : tendance compulsive à couper les chevaux en quatre. (syn.: proplastination).

Humanasthme, n.m. : de toux temps, l’homme.

I




Immobilisme, n.m. : quand Zénon, Zénon.

Impondérable, adj.: coup de la panne, cake.

Impostant, adj. : grand escroc.

Improvable, adj. : la vie sans solfège.

Inch Allah (loc.) : y’a pouce, Dieu.

Induction, n.f. : rien de tro.

Insolnie, n.f. : refus effronté opposé par le sommeil.

Insomniaque, adj. : fringale nocturne.

Interminable, adj. : long et pathétique (homon.:

grille de rentrée du service public).

IRLand, n.m. : pays que l’on visite à l’occasion, émus par l’authenticité de cette vie simple, à l’écart, à l’écoute des hommes et des choses, mais il faut se l’avouer, on n’y habiterait pas tout de même.

Italhic, n.m. : hoquet graphique, essouffle l’inspiration.

J




Jette-lag, n.m. : temps d’adaptation dû au Geworfenheit (le Dasein peine à se faire à l’idée qu’on est déjà lundi).

K





Keanu, n.m. : effets du speed (1. on explose si l’on ralentit, 2. l’autoroute n’est pas terminée, 3. never mind the Bullock).

Kinect (tech.) : (do the) couch potatoes

L





L’absente de tout paquet (cit.) : Stéphane M., cherchant sa dernière clope.

L’absente de tout briquet (cit.) : C’était bien la peine de retrouver une clope.

L’absente de tout bouquet (cit.) : Stéphane M., cherchant la chaîne adultes.

Lasciive, adj. : so 01110011

01100101

01111000

01111001.

Lassi, n.m.: laitier indien, dont la devise (« onnira outuvudra kantuvudra ») témoigne de la fidélité malgré une vie de chien.

Lattitude, n.f. : position allongée. (cf longitude : réaction verticale).

Leaubbying, n.m. : mainmise des géraniums sur le bulletin météo.

Left, n. : camp politique ayant malheureusement tendance à laisser l’initiative à l’autre (syn. : gaucherie).

Lézarde, n.f. : tendance du cerveau reptilien à fissurer la façade, en suggérant insidieusement qu’on pourrait roupiller au soleil.

Litterrissage, n.m. : tomber du tabouret lorsqu’on cherche un ouvrage sur le rayon du haut.

Loi d’airain (loc.) : ça va pas, le fer.

Loler, v. : le plus lieux lêve de l’homme.

M




Manques, n.m. : pas sages avides.

Meating, n.m. : chair à réunions.

Mécéna, v. : anagramme de file cent sacs ou t’en prends une.

Mélancolibri, n.m. : minuscule tristesse à décollage vertical.

Médiocre, adj. : rouge tirant sur le moche.

Merveille (trad.) : awake and sea

Métalangue, n.f. : french kiss theory.

Mojithon, n.m. : footing minable d’après-boire.

Moléculaire, adj. : état auquel risque de se trouver dispersé d’aucun, qui devrait de ce fait veiller à ses molaires.

Morphaime, n.m. : sommeil du lust.

Moulincolie, n.f. : c’était mieux à vent.

Mystique, n.m. : vice cruciforme.

N




Narcophage, n.m. : cette nuit, temps couvercle.

Nemotechnique, n.f. : du fond de l’oubli,

refaire surface.

Nopossumus, n.m. : marsupial, rien en poche.

Nostalgît, n.f. : ci, après.

O




Objet a (psych.) : laisse bouche b.

Obladi, oblada (sociol.) : chant traditionnel de ceux qui, faute de capital politique, se dévouent entièrement au Parti.

Orfebvre, n.m. : ciseleur de mensonges.

Overbouquet, n.m. : un tas de jolies choses à faire.


P




Panopticon, n.m. : young Mark Zuckerberg.

Papamobile, n.f. : il est grand le blister de la foi.

Pelle-mail, n.m. : outil de déneigement dont la mise au point tarde.

Performhâtif, n.f. : promis, je m’en occupe.

Perplaxe, adj.: surpris, mais souple.

Phonaime, n.m. : expression du plaisir.

Picasso (peint.) : desperately sucking Cézanne.

Poreux, adj. : doté d’une structure assez lâche pour s’exposer aux inquiétudes.

Post-colonial, adj. : faucher un petit four à Toni Morrisson, et en faire un statut FB.

Poubellebecq, n.m. : recyclage saisonnier ; se descendent en septembre.

Problème de type grec (loc.) : n’avoir plus un riadis.

Programme, n.m. : perspectives au kilo.

Proppagande, n.f. : morphologie du mensonge.

Prossoyeur, n.f. : courroye de transmission ; nanterre souvent le dossier.

Provideur, n.m. : interdiseur d’accès.

Puits, n.m. : Thalès, je vais le FAIIIaaiiiiiiire…

R




RAM, n.f. : mémoire peu vive (d’où l’expression : ça RAM).

Raté, paie (loc.) : contrôle des titres de transport.

Reconnaissance (lutte pour la) : Et ma main dans l’Hegel ?

Réalités, n.f. : on ferait mieux de rester couchés.

Rengaine, n.f.: tentation de remettre ses vieux tubes au holster.

Répondeur, n.m. : contradiction in adjecto.

Réseaulution, n.f. : décision ferme de passer moins de temps sur Facebook.

Réugnon, n.f. : franche explication.

Rimmel (hist.) : renarde du teaser.

S




Schrédule, n.m : tout se passe comme prévu.

Scolastick, n.f. : fume, c’est de la sorbonne.

Sequel, n. : son of a pitch.

Sexion d’assaut (mus.) : encéphallocrates plats.

Shabbat slalom (loc.) : zigzaguer comme on peut jusqu’au vendredi soir.

Siouxis, n.m. : inquiétudes dont on n’a Cure.

Slapstick, n.f. : tu nettoyais ton rouge à lèvres, et le coup est parti tout seul.

Soutenance, n.f.: espoir secret que le jury se thèse.

Statut, n.m. : haïku du lapin.

Sundance Film critics : debout, les Daney de l’alter.

Surplomb, n.m. : lourdeur de vue, lorsqu’on néglige la plume.

Sympathétiques, adj. : se dit d’efforts touchants mais vains.

T





Teasane, n.f. : excitation tiède procurée par les réseaux sociaux durant la période estivale.

Térébranthine, n.f. <span>: peinture très noire ; d’ailleurs Soulages ment.</span>

T’es Lacan ? (loc.) : séance à durée variable.

Téthargie, n.f. : sommeil d’avant métamorphoses.

Tournée, n.f.: self-refilling prophecy.

Toutriste, n.m. : visiteur mélancolique.

Translucide, adj. : effacement auquel un regard sans illusion sur les nouveaux paramètres FB devrait conduire quiconque.

Trashmire, n.m. : pull’s over.

Troller, v. : en faire un tram.

Tsunamie, n.f. : relation assez vagues.

Typornographie, n.f. : décroiser les jambages.

U




Urgant, adj. : one steppe beyond.

U.S.Bay, n.f. : port de l’angoisse.

Utopie, n.f. : protest songe.

Uzia, n.m. : solution à la question de l’être.

V





Vaticiner, v. : de ses errances, se faire un film.

Verglas, n.f. : Derrida met les crampons.

Vergogne, n.f. : oiseau migrateur déposant probité et retenue sur le seuil des maisons ; évite de faire son nid sur le palais présidentiel.

Vestalt, n.f. : grandes formes.

W





Welfare (pol.) : conception archaïque du rôle de l’Etat, que remplace désormais le Vatfare.

Witchful thinking, trad. : pensées sabbatiques.

Witzirette, n.f. : diffuseur de mots d’esprit.

Witzky, n.m. : un trait d’esprit,

deux traits de scotch.

Workoholisme, n.m. : tout est à faire, tout le temps.

Z



Zénon (paradoxe de) : flèches for fantasy.

***

(loc.) : implicit lyrique.

xxx (loc.) : explicite contente.

Remerciements: l’archiviste Philippe François et le correcteur Diogène de Sinope.

Mathieu Potte-Bonneville 2010 – tous droits réservés, ‘f Course.

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17
Oct

La double édition!

Le Off

A tout plaisir les honneurs: pour cette édition d’automne, le saigneur Antoine Volodine illumine octobre d’un entretien, suivi des rubriques usuelles et futiles pour animer un dîner jusqu’au bout de l’escarpin, dont la « Wish-List » de vos lectures et sorties, et le Supplément inédit « J’Claquerai tout avant la stèle ». Comment ça, il est 03h37? Et oui, c’est désormais, depuis le Off, vous pouvez cliquer sur les liens pour accéder directement aux rubriques! Magie des ancres HTML, apprentissage autodidacte dans les bras de Diogène de Sysop!


***

L’entr’aperçu Antoine Volodine

Plusieurs échanges auront été tentés par la CultEnews pour localiser ce que proposait Antoine Volodine aux côtés de ses hétéronymes en cette rentrée littéraire. Il y avait de la timidité à espérer convaincre un bunker de se pencher sur des frous-frous virtuels: Volodine, sujet de thèses et hypothèses, a fait l’objet d’articles et entretiens à hauteur de l’ambition réussie d’une triple publication locomotive de l’automne (Ecrivains au Seuil, Onze Rêves de suie de Manuela Draeger aux éditions de L’Olivier, et Lutz Bassmann avec Les Aigles puent chez Verdier). Aperçu à Manosque le temps d’une lecture saisissante d’étouffement (elle se tenait dans une petite salle confinée, et venait conclure trois jours de divagations littéraires en plein air), l’écrivain a semblé roc bien plus sombre que les rêveries d’été n’avaient laissé l’imaginer. Il a pourtant pris le temps de répondre à deux questions par écrit, tout en s’excusant « de ne pouvoir improviser sur des questions complexes » – ironie reçue 5/5, et tous remerciements pour les réponses qu’il a partagées.

« Alors que cette liste si agréable à établir, doit, malgré tout, se terminer, je regrette que plusieurs milliers de personnes n’y figurent pas, dont évidemment mes lecteurs font partie…« 

(Antoine Volodine, in Ecrivains)

>>> La littérature post-exotique, qui s’appuie sur la multiplication de ses voix, le jeu des échos des narrats, ne serait-elle pas une quête pour se dispenser du lecteur, un démantèlement des cellules bovarystes?

« Lecteurs et lectrices sont au contraire immensément présents dans tous nos livres. La préoccupation principale des auteurs post-exotiques est de transmettre des images aux autres, qui, il est vrai, écoutent et ne lisent pas. L’ensemble de l’édifice repose sur ces fondations-là : une parole (un sanglot, un cri, un récit de rêve, une cristallisation poétique, un souffle…) qui va vers des complices, auditeurs, auditrices, principalement nocturnes, tous emprisonnés et traversant les mêmes affres. De là se développe une fusion presque concrète entre les créateurs (ou créatrices) de l’histoire et leurs destinataires. A tout instant celui ou celle qui disent l’histoire sont conscients de l’écoute. A leur tour aussi ils écoutent, puis répètent ce qu’ils ont entendu, fidèlement ou en y ajoutant leurs variantes.
Très clairement, la parole circule entre les acteurs de cette création qui est par nature orale et collective, très peu intéressée par la signature et, au-delà, par le devenir ultérieur de ces textes hors les murs. On a là un premier niveau de relations entre auteurs et un public qui a un statut de co-auteurs. Deuxième niveau, l’auditeur et l’auditrice sont mis en scène dans les livres, au sein de l’histoire qui est souvent contée par un narrateur qui reproduit dans l’organisation du livre les conditions de son « écriture ». D’où la fréquence de personnages-diseurs, de personnages-écrivains, de personnages-chamanes qui disent le monde sous forme de fragments où apparaissent d’autres auditeurs, d’autres conteurs et diseurs: en ce sens les trois livres de cette rentrée sont une illustration de ce système de narrations imbriquées.
Mais ensuite, au-delà des murs de cette prison imaginaire d’où surgit la fiction, dans la réalité éditoriale, concrète, il y a un travail particulier de rapprochement avec le lecteur, la lectrice « sympathisants ». On s’adresse à d’autres oreilles que celles des co-écrivains post-exotiques et à d’autres oreilles que celles des personnages en situation d’écoute. On parle au public en général, sympathisant ou non, avec le souci de faire passer émotions et images (en veillant, donc, à manier efficacement les outils d’écriture dont nous disposons). Le résultat de tout cela est une construction où circulent beaucoup de dits et de non-dits, mais où lecteurs et lectrices, au contraire de ce que suggère votre question, sont constamment présents, et à tous les niveaux.

« Quand je recule très loin dans ma mémoire, quand je me dirige vers les brouillards qui précèdent l’enfance consciente, je m’aperçois que j’ai retenu les images des manifestations et de la fête. »

(Manuela Draeger, in Onze Rêves de suie)

>>> Vous dépeignez un univers sombre, mais l’enfance y tient une place à part. Pourriez-vous expliquer à quel titre?

« L’enfance est un leitmotiv depuis le premier livre publié jusqu’à ces trois livres. On pourrait nommer plusieurs romans où elle n’est pas présente, mais ils ne sont pas la majorité, surtout si on prend en compte tous les petits romans de Manuela Draeger où les personnages sont indistincts mais porteurs de la pensée magique de l’enfance. C’est surtout vers cela que nous nous tournons, vers cette désinvolture face au réel, désinvolture intellectuelle très souvent charpentée à partir de mots. Mots magiques, inventés, qui créent une réalité parallèle ou qui permettent d’entrer de plain-pied et sans délai à l’intérieur d’une image. Notre rêverie « enfantine » se développe peut-être comme les monologues des enfants qui « se racontent des histoires ».

Outre cette fonction essentielle de la magie de la parole, nous recherchons aussi dans l’enfance et ses personnages la même naïveté désespérée que celle qui rôde dans nos personnages d’insanes ou semi-insanes. Les enfants, en ce sens, font partie du spectre de nos personnages écrasés qui, malgré tout, reconstruisent (par la parole et l’hallucination) leur monde proche. »

« J’avançais sans grâce mais sans tomber, j’agitais ma casquette, je hurlais le détail des mesures qui entreraient en vigueur immédiatement après notre prise du pouvoir, je ne me préoccupais pas de savoir si on me rendrait mes gamelles et mes hardes avant de me renvoyer vers le dépotoir ou de me liquider. Et j’étais très fier. »

(Lutz Bassmann in Les Aigles puent)

Propos recueillis par l’email d’Emma le 28 septembre 2010.
Les citations ont été ajoutées après l’entretien.

***

…/…
Laissez défiler la page pour la suite de l’édition, ou remontez le lien pour lire le précédent entretien, avec Frank Smith, pour son ouvrage Guantanamo.

***

Sappho - Portrait - date inconnue.

Toi aussi, tu t’appelles Hellène!

Τίσ δ᾽ ἀγροιῶτίσ τοι θέλγει νόον, οὐκ ἐπισταμένα τὰ βράκἐ ἔλκην ἐπί τῶν σφύρων;

(Comment cette femme grossière et sans art peut-elle charmer ton esprit et enchaîner ton cœur? Elle ne sait pas même laisser flotter avec grâce les plis de sa robe!)

Oh, Sappho…

***

Sur la Wish-List

Pierre Zaoui, Maître de conférence à Paris-VII, fils prodigue de Baruch Spinoza, en écrivant La Traversée des catastrophes, ne pouvait pas savoir qu’une pigiste jouerait d’un marque-page hésitant entre « Tomber malade, vivre debout » et « Quelle tuile! Sur l’événement amoureux ». Avec cet ouvrage de « philosophie athée » qui a pris le temps de la réflexion et des références, il y a de quoi faire passer la mode de Caen et l’hédonisme bêta pour des ringardises aussi égarées qu’un legging. Une présentation du livre est prévue à la Fnac-Montparnasse le 5 novembre 2010, et, et… à suivre.

La visite aux Correspondances de Manosque a été l’occasion d’ajouter quelques titres aux achats de l’automne, en particulier 116 Chinois et quelque, premier roman de Thomas Heams-Ogus, à écouter (15 euros, Fiction et Cie) sélectionné pour le Prix Wepler. A noter le très bon article sur le blog de Claro, également sélectionné Wepler avec son titan Cosmoz dont il fit une belle présentation à Manosque, ainsi récemment que chez Hubert Artus de Rue 89, en vidéo.

Bonne nouvelle, la librairie Au Poivre d’Ane sis place de l’Hôtel de Ville de Manosque, pourtant peu amène dans son accueil aux visiteurs d’un week-end, avait en stock le dernier tome du Journal de Mireille Havet (1927-1928), publié en mars 2010 chez Claire Paulhan, dont les ouvrages sont trop souvent difficiles à se procurer. Mireille Havet, décédée il y a bientôt 70 ans, peut au moins se féliciter post-mortem d’avoir échappé aux affres cruelles des comités de sélection: lesbienne, amatrice d’opium, et toute mondaine qu’elle put briller, elle n’a jamais été reconnue de son vivant, brûlant la vivacité par les deux bouts en planquant son Journal, qui fut sauvegardé in-extremis.

***

Etoile de la toile

© Eva Truffaut - mycopyright.tumblr.com

Très très belle découverte du stupéfiant Tumblr d’Eva Truffaut, dont la CultEnews reproduit ici une image sous toute réserve d’autorisation avec lien. En cascades d’images, une histoire se recompose dans l’illusion de l’aléatoire propre aux effets Tumblr, c’est magique, poétique, et d’une ironie toute féministe qui a beaucoup plu par ici.

***

Les Sorties du chinchilla

Les compères experts en Arts lyriques en restent sceptiques, mais par curiosité, il serait tentant d’aller apprécier la reprise de la mythique production de Giorgio Strehler des Noces de Figaro (Opéra Bastille à compter du 26 octobre). Ach Mein Gott, il ne reste plus que la catégorie Optima et mois de mai, soient deux hypothèses oh, vraiment lointaines, presque aussi lointaines que la représentation originale (1973).
Note: Diogène de Sysop, Hot Line du site CultEnews, a été amusé par la mise en place d’une file d’attente pour l’accès au site de l’Opéra via un script efficace, à l’ouverture des réservations du 11 octobre (14 minutes sans avoir à recharger la page).

***

Tender is the Dawn - Photo Emma Reel 2010.

Brèves de trottoir

Zéro pointé pour le peu de soin apporté à la relecture d’Avec Bastien, de Mathieu Riboulet – un très bon livre qui méritait bien mieux qu’un s mal placé à « partouse » (sic, quoique cela aurait pu être une coquetterie de type phantasmatique) et surtout, oh, surtout, la confusion entre « savoir » et « suer » qui n’a pas parue guidée par un effet de style. Ah oui, c’est pourtant un livre délicieusement sensuel, diaboliquement sexy, mais ce parcours de l’éveil d’un joli môme, depuis un grenier de Corrèze jusqu’aux glory holes de Paname, aurait été encore plus apprécié sans fluctuation du Jouette.

C’est déjà trop tard pour Toulouse, mais pas pour son écho: faute d’avoir pu se déplacer elle-même à l’inauguration du Printemps de Septembre, édition 2010, Emma a demandé à un petit prince de la performance qui y exposait, de jouer au Renvoyé spécial via SMS: « Oh, c’est nul les artistes n’étaient pas invités au dîner! Les expos sont bien! Les commissaires sont ivres! C’est la fête des Princesses ma chérie! Vérifie tout de même ce que tu publies ». Etc. et déroulement attendu pour cette joyeuse récréation quelque peu luxurieuse qui se terminait le 17 octobre.

The place to be où Emma n’était pas, c’était le 4 octobre au Théâtre de la Madeleine, soirée de lancement des Ecrits inédits de Marilyn Monroe (Fiction & Cie) dont les tweets relataient le plus grand bien avec ravissement, encouragés par une débauche de Dom Perignon (quelle bonne idée!). Des bises aux artisans de ce succès et ses déjà nombreuses réimpressions. Update! La lecture d’Anna Mouglalis peut se réécouter ici.

Closer CultE: un lecteur a signalé que le bal masqué de Grazia au Palais-Garnier valait aussi le détour, mais n’a pas précisé à quel papillon il songeait.

>>> Appel à l’aise: si vous vous sentez l’âme d’un contributeur CultEnews, il est envisagé la mise en place d’un Top-Tweet à chaque édition. Envoyez vos critiques et commentaires  à toute heure sur le portable de la rédaction, anonymat garanti, bises renvoyées avec gourmandise.

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Le Supplément dispendieux d’octobre:  J’Claquerai tout avant la stèle!

Judy-Rose, éternelle stagiaire mythomane des luxures en semelles rouge Révolution, a appris à ses dépens qu’il faudrait trois semaines pour changer talon et semelles d’une paire de Christian Louboutin (facture du cordonnier sous embargo, mais ne vous privez pas d’envoyer vos dons, timbres-postes et mandats cash acceptés). A vos carnets, une seule adresse au monde assure un entretien légitime du pied de la lettre: Minuit moins 7, sis galerie Verot-Dodat, 75 001, soit la porte à côté du chausseur mythique. Evidemment, une fois sur place, rien n’empêche de compenser l’impatience avec une nouvelle paire, etc. Qu’est-ce que tu n’inventerais pas pour te faire remarquer, Judy!

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« -Mais qu’est-ce que tu veux dire?
-Nightingales engraving fairy tales on the Pacific Walls. »

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Sur le gramophone:  a touch of Grace.

Remerciements particuliers pour cette CultEnews: les mails de minuit plus cinq.

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