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Articles Tagués ‘Luc Bondy’

17
Fév

L’édition Mariage.

Résumé des épisodes précédents.

La cultenews paraît plus rarement pour cause de 1/pigiste enceinte 2/pigiste sans seins 3/manifs en soutien au mariage pour tous. 4/Premières. 5/#toussa à la fois.

égalité

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 Acid Test

Antoine d’Agata, avec Anticorps, prend d’assaut le Bal – nouvel espace créé par la Mairie de Paris, près de la Place de Clichy. Du côté institutionnel, c’est du lourd: partenariats chics, commissaires au top (Fanny Escoulen et Bernard Marcadé), quartier rénové « qui monte ». Du côté des conditions de la visite, il y a, hélas, la très désagréable habitude de quelques parents parisiens de venir avec leurs enfants en bas âge qui semble nécessairement couplée à ces nouveaux espaces (sérieusement, la tendance a également été remarquée à l’exposition de Guillaume Herbaut au Carré Baudoin, dont une partie était consacrée à la « zone » de Tchernobyl). Mais l’exposition vaut de prendre beaucoup de temps pour entrer dans le lard d’un premier choc visuel qui tient aussi bien à l’accumulation qu’à l’emprise des détails (1000 images, beaucoup de scènes de shoot,  de stigmates, et des visages déformés jusqu’au spectral).

agata(Capture d’une page de l’ouvrage accompagnant l’exposition)

L’autre détail perturbant, c’est la ténacité avec laquelle certains visiteurs prennent les murs – les images – en photo, comme s’il fallait appliquer un filtre pour pouvoir regarder les clichés exposés. C’est dommage, car le geste résonne comme un déni de la démarche d’Antoine d’Agata, dont l’appareil photo, loin de jouer l’intercession, paraît comme flottant dans « l’unique principe du désir du monde ». Antoine d’Agata est très critique du virtuel – et pour cause, il travaille en corps-à-corps avec l’ice, le sida, les conflits, les bordels et les charniers, dans une démarche qui vient faire écho, par exemple, à l’anthropologie de Philippe Bourgois et ses écrits au contact des crackers de New York. Telle que l’accumulation des murs du Bal l’illustrent: il ne s’agit pas d’un monde vs. un autre monde, ni du jour vs. la nuit, mais d’une quête des points de contact entre des individus et leur environnement. Le trait, la cicatrice, le front, la ride: Antoine d’Agata joue sur toute les lignes, toutes les coupures sémantiques et les marques de l’ultra-violence, immeubles en ruine, lits épuisés, mitraillette, seringue, chaque décor, chaque détail, semblant se poursuivre comme un motif d’une image à l’autre.

Dans cette recherche, pas d’intercession, et pas de rédemption: lorsque D’Agata choisit des images extraites du web, ce sont de photomatons policiers de suspects, à la manière du fichage des hommes infâmes, comme pour mieux souligner l’interrogation : « Qu’est-ce / qui est-ce qui fait face? », et renvoyer le numérique à un strict outil d’expression du pouvoir et du contrôle. Ce questionnement se retrouve dans le choix du photographe d’exposer ou non le visage de ses pairs: parfois photographiés de dos, comme les sans-papiers de Sangatte ou les chômeurs de Saint-Etienne, plus souvent aux traits difficilement identifiables, comme s’il s’agissait bel et bien d’inventer un usage du portrait qui ne puisse pas être retourné comme anthropométrie ou proto-biométrie, qui ne puisse jamais être celui du rappel à la loi. C’est ainsi que les frontières de l’autoportrait de l’artiste en junkie s’estompent: il est le monde et ses démons, le clown et la grimace.

L’exposition Anticorps est présentée au Bal jusqu’au 14 avril 2013.
Une seconde exposition des travaux d’Antoine d’Agata est présentée par la galerie des Filles du Calvaire, du 15 mars au 14 avril 2013.

Antoine d'Agata - Galerie Les Filles du Calvaire

(image reproduite en attente d’autorisation. Copyright Antoine d’Agata / Agence MAGNUM / Galerie des Filles du Calvaire)

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Flash-back : Le Retour

C’était à l’Odéon tout le mois de décembre et si la Cultenews arrive en retard, loin derrière les louanges de la presse nationale, c’est pour avoir une chance d’accéder à rebours aux Unes du référencement (#astuce). Pourtant la rédaction a pu se déplacer à la Première, pour une fois – et quelle première! Aussi bouleversante que le souvenir du Temps et la Chambre, première pièce réservée au tombé du baccalauréat, en 1991. Botho Strauss déjà (& Chéreau & Moreau & Grinberg), mais ce n’est pas le sujet.

Le Retour, comme énoncé solennellement à l’entracte en une parodie critique: c’est du théâtre. Enfin, « c’était », en attendant les reprises, à espérer qu’elles aient lieu. Un théâtre qui se dispense d’emphase et de circonflexe, mais pas de la patience. Ce qu’il faut entendre par là, c’est que Luc Bondy a su faire preuve d’un théâtre sans les manigances propres à soutenir l’attention de l’homo grapilleur: une mise en scène dénudée, sans appui vidéo, sans paraphrases audio notables, et qui pourtant, plus de deux mois après, laisse le souvenir d’un grand moment. C’est pourtant un théâtre qui ne gueule pas: des voix posées, à peine amplifiées, sans jamais forcer et c’est un théâtre qui ne se regarde pas jouer: un plateau posé comme de travers part à l’abordage du spectateur, des acteurs qui s’effacent derrière leur personnage (moins avec Seigner, seule peut-être à ne pas omettre d’être elle-même, ce qui a été très commenté). Le Retour, c’est un texte (la nouvelle traduction de Philippe Djian) et sa mise en scène (revanche du signifiant pour Luc Bondy) qui s’agencent en un empoisonnement retors.

« Écoute, je vais te dire quelque chose. Je ne respectais pas seulement mon père en tant qu’homme mais en tant que boucher numéro un ! Et pour le prouver, je l’accompagnais à la boucherie. J’ai appris à découper une carcasse sur ses genoux. J’ai célébré son nom dans le sang. J’ai donné la vie à trois solides garçons. Tout ça de ma propre initiative. Et toi, tu as fait quoi? »

Alors, comme dirait un père de famille: « Oui, c’est bien, mais je n’ai pas très bien compris, dis-moi de quoi ça parle? » Peut-être de ces Noël gâchés par le rejet de l’homosexualité d’un fils. Ou encore de ce mariage où il fallut se confronter à la cousine née d’une liaison adultère. Ou de la nuit où un frère fit sa valise pour partir sans adresse. Entre le roman familial et la naissance de la tragédie, à quelques jours de Noël, Le Retour vint comme pour rappeler la famille, c’est dans les gênes.

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Va Wöflf

Brèves de trottoir

>>> La rentrée de janvier est bel et bien dépassée. Palme, haut la main, à Kurze Stüke de Va Wölfl (photo ci-dessus, au théâtre de la Ville), qui a mis le feu à la patience et aux neurones avec sa non-danse. Il se murmure que les salons les plus huppés se reconnaissent désormais à la balle de tennis qui y traîne négligemment.

>>> La cultenews aime le numérique (ah bon?) et vous invite dès lors à visionner le documentaire consacré aux fondateurs de The Pirate Bay ou encore à tester ce traceroute – #OpPoetry !

>>> Cui Zi’En a été l’invité du Forum des Images au début du mois de février 2013, mais son documentaire « Queer China » était bien décevant en regard de son seul livre traduit, Lèvres Pêche. On lui pardonne pour cette fois-ci.

>>> Lina Saneh et Rabih Mroué seront à Paris du 8 au 10/4 au théâtre de la Cité internationale pour présenter leur pièce 33 Tours et quelques secondes – chroniquée ici par la cultenews lors du dernier festival d’Avignon, chez Médiapart (attention: spoiler).

>>> Il y avait aussi Le Maître et Marguerite repris à la M93, mais hélas, cela vient de se terminer. Consolez-vous, ce n’était, de mémoire, pas immanquable.

>>> Prochaine édition en mars-avril.

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Le baiser de la fin

« Il y a des choses que ce texte ne pourra pas accomplir, notamment il ne supprimera pas les jeux amoureux ni chez les hétérosexuels ni chez les homosexuels. […] Et il restera toujours toujours beaucoup beaucoup de femmes pour vous regarder Messieurs. […] et ce texte n’y pourra rien, vous serez toujours soit en grâce soit en péril. En définitive ce projet de loi nous a conduit à penser autrui, à consentir à l’altérité. Penser autrui, disait Emmanuel Lévinas, relève de l’irréductible inquiétude pour l’autre. C’est ce que nous avons fait tout au long de ce débat. »

Christiane Taubira, Garde des Sceaux.

13
Sep

L’édition venue de nulle part.

Le Off

Paris est rentré, avec Luc Bondy, et un Odéon métamorphosé jusque dans son logo (coïncidence? La RMN et France-Culture ont aussi changé de logo, la voilà la nouvelle ère). C’était chic, un peu comme si les Jardins du Palais s’étaient donné rendez-vous aux portes du Luxembourg (le  Jardin, s’entend, pas l’évasion fiscale). Des visages familiers, la température douce encore, et les festivités du Festival d’Automne qui s’approchent pour faire oublier un peu les Papes. Car Avignon, relaté sur les pages de Mediapart, avait laissé des regrets (dédicace au bain à remous de la rue Buffon), des amertumes (Christophe Honoré dont la lecture iconoclaste du Nouveau Roman n’a pas été digérée plus d’un mois après les faits), et l’arrière-goût d’une coupe de champagne perdue entre deux levers de rideaux. C’est parti, Cultenews en quatrième saison, qui l’eût cru?!

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Copyright Théâtre de l'Odéon / Luc Bondy

Falling in love again – [Luc Bondy à l’Odéon]

Tout débute à la droite de la scène, dans la petite robe de maille vert pâle comme enfilée à même les aréoles et l’embonpoint par l’actrice Dörte Lyssewski pour Les Beaux Jours d’Aranjuez, texte de Peter Handke. Face à elle, Jens Harzer. Il est censé lui donner la réplique, mais c’est tout le talent d’Handke, et de Bondy, que de le faire de bout en bout divaguer. Il « n’écoute » pas. Il a, par avance, sa version de l’histoire, histoire de son couple et histoire de sa femme qu’il assaille de questions, c’était comment la première fois, c’était comment la débauche, et untel, un bon coup? – litanie somme toute ordinaire des confessions sur l’oreiller. Pourtant, jamais la femme ne répondra tout-à-fait. Elle va botter en touche, non pas esquiver les questions, mais peut-être bien parler d’autre chose que du sentiment de vengeance qu’aurait pu lui attirer quelques-unes de ses expériences. Sans complétement prêter gare aux digressions exotiques de son compagnon (de très sensuelles divagations horticoles, entre pommes et Noli Me Tangere – l’autre nom de la balsamine sauvage), elle va les saisir au vol, en garder l’amer écho des secrets de famille, et le refrain de quelques chansons, comme Piaf ou Brassens. Elle va poursuivre, sans jamais paraître soliloquer, la narration de sa dialectique du désir et de l’indifférence. Sa parole, comme son corps pas parfait ni dompté ne serait-ce que par un soutien-gorge, vont rompre avec l’éternel féminin, rompre avec l’idéal amoureux, mais surtout rompre avec la typologie classique du discours de l’attente et de la revanche tel que souvent prêté aux femmes à titre faussement libérateur.

En cela, c’est dommage que Peter Handke ait refusé la première version proposée par Bondy, jouée à Vienne au printemps (voir ici relaté par Patrick Sourd): la femme y était dédoublée par une jeune fille poursuivant sans relâche des allers-retours sur une balancelle. Handke a exigé que ce troisième œil soit expurgé des reprises. Restent les mascarades du fiancé, un jour Indien un jour gringo, et les lointains échos de la littérature américaine, comme si c’était Yvonne, soudain, qui prenait la parole pour un procès impromptu du Consul.

Loin des débats de juillet sur l’abus des vidéos, c’est du théâtre, brut: pas de décor ou presque sinon quelques chaises de jardin. Pas de truchements mobiles, sauf un rideau au fond de la scène, qui finira par dévoiler le ciel étoilé de la lente journée d’été. Pas même le moindre petit hit lancé à bloc pour rejoindre notre compilation hétérodoxe des meilleures reprises scénographiées de Bob Marley, quand bien même quelques notes de Redemption voleront sur le plateau. Tout en finesse, et malgré le relatif inconfort de sur-titres placés trop haut (vus du rang J), c’est le texte qui prendra la vedette. Et qu’importent les pudeurs de Peter Handke: sous la main de Luc Bondy, la règle des Trois unités deviendra nombre d’Or du Triangle amoureux. C’est tout simple et c’est comme ça: c’est magistral.

Die Schönen Tage Van Aranjuez, jusqu’au 15 septembre, au théâtre de l’Odéon, Paris 6e arrondissement.

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Interlude

Ici, Diogène regarde l’aube ramasser toutes ses petites affaires avant de quitter les lieux sans rien dire, en fermant bien la porte derrière elle, merci.

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C’est demain ! [Le retour des Brèves de trottoir]

>>> C’est demain, déjà, le retour du Festival d’Automne, ce moment gênant où les réservations ne sont pas complétement réussies et où il faut bien avouer qu’une fois de plus, on n’a pas de place pour LE Marthaler… La faute aux jauges complètes dès le 5 juillet, heure à laquelle on pensait tout juste à chercher le scénographe rue des Teinturiers pour lui claquer la bise. Il reste beaucoup d’autres belles choses, belles personnes à écouter, comme Pierre-Yves Macé aux Bouffes du Nord en novembre. Et, comme toujours, il est toujours possible de tenter la méthode approuvée Cultenews: faire le siège des guichetières. A noter que Christoph Marthaler fera une seconde visite à Paris, en décembre avec My Fair Lady aux Atelier Berthier, qui oui, en l’état, affiche tout aussi complet. Courage, il reste des places pour la nouvelle création des faunes Chaignaud et Bengoléa, et pour le Disabled Theater de Jérôme Bel, tous deux en octobre à Beaubourg et qu’il serait dommage de rater (une critique de Disabled Theater est disponible sur Avignon Route 66, le site que j’ai tenu pour Mediapart cet été).

>>> C’est demain ! Toute réservation n’étant pas qu’échec, la Cultenews sera à même de vous offrir les contes rendus d’Arturo Ui par le Berliner & Heiner Müller, du 24 au 28 septembre au théâtre de la Ville, et, un peu tardivement certes, de la reprise de la mise en scène conçue par Giorgio Strehler pour Les Noces de Figaro, à l’Opéra Bastille jusqu’au 25 octobre [le prix du billet a soldé toute bonne volonté de la comptable de la rédaction jusqu’à la fin de l’année, mais c’est un exercice de style, puisque les versions jouées cet été à Aix-en-Provence (ouééé!) et Glyndebourne (huuuum) ont également été visionnées grâce aux bonnes fées ArteLiveWeb et The Guardian.]

>>> C’est déjà là ! Les Six personnages en quête d’auteur de Pirandello rattrapés par Stéphane Braunschweig sont au théâtre de la Colline jusqu’au 7 octobre. Ma foi, et puisque cela a été visionné en Avignon, il faut dire que la pièce n’a pas laissé de mauvais souvenir. Rien de très marquant, non plus, hélas, car cela semblait du théâtre qui manquait d’âme, un peu trop léché et froid. Mais c’est peut-être parce qu’il était accueilli par le Cloître des Carmes, qui les années précédentes avait fait la part belle aux violents et gueulants iconoclastes Vincent Macaigne et Angélica Liddell, deux mémoires difficiles à oblitérer du moins par ici.

>>> C’est demain, le dernier jour de Richter à Beaubourg (fin le 24 septembre), et, c’est, une des plus belles expositions de l’année. Pour ceux qui l’auraient déjà vue, ils préféreront peut-être tenter les galeries, dans ce cas, ça tombe bien: il y a Gabriel Orozco chez Marian Goodman, jusqu’au 20 octobre (plus d’infos ici). Le premier qui dit que les galeries sont plus belles à Chelsea offre à la Cultenews un aller-retour à New York (classe touriste acceptée).

>>> Visa Pour l’Image, c’est en ce moment-même à Perpignan, mais c’est aussi un peu chez Agathe Gaillard, qui expose l’Américain Peter Turnley jusqu’au 3 novembre avec The Human Condition. Le photographe a été primé à de nombreuses reprises pour ses reportages, ayant, entre autres, photographié le conflit tchétchène et le génocide rwandais. Des images d’autant plus dures à soutenir que loin du noir et blanc souvent de rigueur quand on parle de photojournalisme, elles capturent les couleurs vives des robes et turbans perdus dans les exodes.

>>> [la minute Carnet Rose] C’était hier, mais elle est déjà demain: bienvenue à Adèle, seconde naissance parmi les abonnés du site (à notre connaissance), veinarde fille d’artistes chéris par ici.

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copyright Fred Le Chevalier

Cet été, Chris Marker s’en est allé et ce fut une nouvelle bien triste pour les amoureux de ses Chats perchés (voir ici un de ses projets, en collaboration avec la rebue PopTronics) ; mais la rue continue à faire des rimes, avec entre autres, les personnages fantasques de Fred Le Chevalier, visibles un peu partout dans l’Est parisien, et parfois dans les galeries.

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Bonne rentrée !

Remerciements pour cette édition: Arnaud Vineski pour sa participation très volontaire à l’enrichissement des écrits apocryphes de l’ami Diogène, Patrick Sourd jamais avare de belles discussions critiques, #Antibuzz qui nous a fait danser tout le mois d’août.

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