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Articles Tagués ‘Jérôme Bel’

18
Juil

Avignon 2013 – Le Tour de chauffe

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE/WikiSpectacle

Qu’est-ce qu’aimer le théâtre ? C’est la question que pose Jérôme Bel avec sa pièce Cour d’honneur, où il a invité quatorze de spectateurs à prendre la parole. Ces spectateurs, de tous les âges, choisis parmi les festivaliers ayant répondu au chorégraphe lors de rendez-vous organisés dès 2011 à l’École d’art, se présentent sur la scène du Palais dans leurs habits de tous les jours, en demi-cercle sur des chaises en plastique (exactement comme les acteurs du Disabled Theater au programme de 2012).

Les spectateurs occuperont le micro à tour de rôle pour relater leurs meilleurs et leurs pires souvenirs, parfois drôles, parfois simples anecdotes, à l’occasion émouvants. Des récitations, des cours magistraux (beaucoup de professeurs dans les rangs), des textes lus mot-à-mot ou récités. Et pour quelques chanceux d’entre eux – verront l’une des scènes qui les a marquées réinvestir le plateau. Ça démarre très fort: Maciej Stuhr, acteur de Warlikowski, entre en scène pour réincarner l’un des passages marquants d’(A)pollonia, pièce qui fit trembler le palais en 2009. Très vite, c’est au tour le funambule de l’Inferno d’escalader l’enceinte du palais (la pièce de Castellucci présentée en 2008 est disponible en vidéo chez arte). Oscar Van Rompay débarque pour répliquer à l’interruption du Casimir et Isabelle qu’il avait subi en 2009 – et c’est à hurler de rire. On sent l’ambition de Jérôme Bel, où l’exploration de la mémoire vient se doubler de la capacité à citer, qu’il s’agisse du climatiseur tout droit sorti de Papperlapapp* ou de la revanche des enfants d’un Charmatz, mimée par l’une des plus jeunes spectatrices-témoin.

cour__honneur

Le dispositif se heurte pourtant à l’imperfection de son systématisme: quand Isabelle Huppert déclame le final de Médée, via Skype car elle est actuellement en tournée en Australie, c’est moins la distance du souvenir qu’une sensation d’inabouti qui affleure ; et l’enchaînement des témoignages finit par tuer l’émotion qui aurait pu en naître, si les spectateurs invités avaient été initiés à passer la rampe.

Chacun sa place, semble ainsi rappeler Cour d’honneur ; et c’est un peu cruel – il y aura bien, dans les récits offerts une jeune femme pour se plaindre des conversations affleurant dans les fils d’attente du In, ce n’est peut-être pas sa participation avec cette pièce qui la réconciliera avec le Palais. Alors, effectivement: aimer le théâtre, ce n’est pas nécessairement vouloir en faire ; et c’est aussi un choix du chorégraphe que d’avoir privilégié des parcours et des discours qui restent du côté de la contemplation, de la lecture, de l’ennui parfois, et tout de même, de l’humour, et titillant le fil des démagogies au risque de donner l’impression d’un récitatif télévisuel. C’est peut-être un tort que d’avoir espéré de cette pièce l’illustration plus avancée d’une pratique du Festival idéalisée, et parfois vécue, comme le moment où les frontières s’abolissent, deux talons au bord de la tombe d’Hamlet-père, c’est-à-dire comme un espace de conquête physique du théâtre.

Pourtant, Cour d’honneur ne parvient pas à exaspérer, peut-être parce qu’il invite son public à se pencher sur ses meilleurs souvenirs. Ici, cela aura consisté à passer quelques minutes à rechercher l’Aria qui accompagnait la profération d’Agamemnon dans (A)pollonia, et ce fut, alors, un immense plaisir. Est-ce un succès pour Jérôme Bel que d’être aimé pour avoir offert une réinterprétation des pièces d’autres que lui ? C’est peut-être en tout cas là que se tient la générosité de sa Cour d’honneur.

À noter: le spectacle est retransmis en direct sur France 2, le 19 juillet, à partir de 22 heures.

En outre le texte complet de Daniel Le Beuan, un des spectateurs conviés sur scène, est disponible au téléchargement en Une du site officiel du Festival. En seize pages, il revient sur quelques-uns des souvenirs laissés par « les plus de 1000 spectacles qu’il a vus », et confie quelques-unes de ses règles d’or du Festivalier.

* merci d’insérer ici la traditionnelle bise à Christoph Marthaler.

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17
Juil

Avignon 2013 [1] – Du temps pour la chambre

Le Off

Cinquième année de présence au Festival d’Avignon pour la rédaction, merci !

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Cour d'honneur 2013 - vue générique - photo Emma Reel

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La répétition générale

Pas de trompettes hier sur les marches du Palais, mais tout de même une foule bien dense pour assister au filage de Cour d’honneur, hommage de Jérôme Bel au festival (ce blog a bénéficié d’une invitation par le metteur en scène, merci à lui). Ambiance décontractée (les belles Avignonaises n’avaient pas sorti de robes de soirée), mais studieuse, puisqu’une promotion de l’École nationale des arts du cirque serrait les rangs autour de professeurs point résignés. Remarqué, Yves-Noël Genod, chemise ouverte sur la colombe protestante, distribuait les flyers de sa performance confidentielle – Disparaissez-moi ‘fait le buzz’ (pour réserver: 06 84 60 94 58)

Sur scène, une vingtaine de personnes, vêtues sans apprêt, prennent place dans un dispositif qui semble faire le lien avec le Disabled Theater présenté par le même scénographe il y a de cela un an (lire ici la chronique). La comparaison s’arrêtera là: il ne s’agit pas d’acteurs ; mais de spectateurs rencontrés par Jérôme Bel depuis 2011, qui vont livrer, pendant deux heures, leurs souvenirs de la cour d’honneur, cet espace sanctifié par 67 années de déclamations, scandales et claquements de sandales au long des gradins. On n’en dira pas davantage pour l’instant, car la première, c’est ce soir – sinon, peut-être, que cette performance où s’additionnent anamnèses, reenactement et récitations vient inviter chaque festivalier à écrire le fil de sa propre présence.

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avignon 2013 - photo Emma Reel

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La rencontre

C’est avec une certaine appréhension que la rédaction s’est rendue, onze heures du matin, à la Mirande: débarquée en cheveux, à peine le temps d’un café-clopes, après réveil hagard à 10h37, elle est évidemment tombée sur Jean-Paul Gaultier (tempes luisantes, regard vif, il s’était forcément levé plus tôt). Rendez-vous Chambre 20. Là, Sophie Calle finit son petit déjeuner en lisant la presse. Beaucoup (trop) de monde se penche sur la quarantaine de cartels qu’elle a disposée dans sa chambre (au passage, très chouettes les chambres de la Mirande, on repensera à s’y loger pour une prochaine édition). Alors, c’est comme d’habitude, la mise en scène d’histoires et de lettres d’amour, le mariage raté, l’impuissance, la mère, et un chat empaillé (pauvre Félix, étranglé par un amant jaloux). C’est pourtant diablement émouvant (diablement plus émouvant que l’ode à la mère Monique de 2012). Ça donne envie de s’asseoir pour contempler le jardin, de bavarder, et de rendre hommage (à quoi ? au soutien-gorge accroché au lustre, peut-être, ou à la chaussure rouge orpheline). Sophie Calle joue sa putain magnifique et soudain on l’aime bien, et on lui dit, avec quelques mots de Pasolini.

Il Candido letto disordinato
i quaderni innocenti: la presenza
in me di queta fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola

w_chambre_20__sophie_calle_(c)_christophe_raynaud_de_lage__festival_davignon_0036

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Les potins de la place Pie

>>> Une des particularités de cette 67e édition, c’est évidemment et cela a été déjà bien commenté, qu’il s’agit de la dernière pour le duo Hortense Archambault / Vincent Baudriller, qui ont pour l’occasion imaginé un nouveau format – « Des artistes un jour au festival » – permettant aux invités d’éditions passées de revenir le temps d’une pièce. À venir, Delbono (après-demain), Keersmaeker (samedi), Romeo Castellucci (le 25) ou encore Patrice Chéreau dans une lecture mise en espace de Coma, le 26 juillet.

>>> Côté OFF, David Nathanson, aperçu dans une précédente édition, joue Le Nazi et le barbier jusqu’au 31 juillet, et tient un blog personnel et piquant de son aventure avignonnaise chez Libération : Du Pont sur les planches.

>>> Off toujours, c’est sans surprise que l’index du catalogue livre son verdict: Molière, Boris Vian et Georges Brassens sont en tête des auteurs choisis. Une grande absente parmi d’autres: Sarah Kane.

>>> À propos de femmes de théâtre, les étudiants de la Manufacture (école de théâtre de la Suisse romande) ont réalisé quelques petites statistiques, à la manière de La Barbe (qu’ils confondent avec les FEMEN, quel dommage). C’est sans appel: 60 spectacles sur 864 présentés dans le In étaient mises en scène par des femmes ; une seule a dirigé le Festival – Hortense Archambault – les jeunes acteurs relevant non sans pertinence qu’une seule femme a jamais été promue « artiste associée » (il s’agit de Valérie Dréville, en 2008). Ces chiffres, et d’autres saynètes, sont à découvrir avec Pro | Vocation, présenté au cloître Saint-Louis pour encore une représentation. (Gratuit sur réservation auprès de la billetterie du Festival)

>>> Le demi-pression a augmenté de 30 centimes au coin de la rue Joseph-Calvet.

>>> Tout ne passe pas en Avignon (1): il y aura, par exemple, une rétrospective Chris Marker à l’occasion de la prochaine édition du Festival d’automne – par ici pour lire la bonne nouvelle.

>>> Tout ne se passe pas en Avignon (2): Elektra, dans la mise en scène de Patrice Chéreau célébrée par Lez’Inrocks, sera diffusée en direct sur ArteLiveWeb le 19 juillet – encore 2 jours, 00:22:27 secondes à patienter.

et bienvenue en Avignon, année 13, 67e édition.

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