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Articles Tagués ‘Jean-Christophe Bailly’

17
Jan

Hors Piste

copyright Valérie Mréjen et Bertrand Schéfer - 2011, reproduit avec autorisation.

Le Off

Le Festival Hors Piste (7 janvier-12 février), dédié chaque année à l’exploration des nouvelles formes d’images (films, performances et conférences) a invité le duo réalisateur Valérie Mréjen et Bertrand Schéfer à présenter une série de courts-métrages, dont deux productions inédites réalisées au Japon lors de leur séjour à la Villa Kujoyama – (Exercice de fascination au milieu de la foule et ABCDEFGHIJKLMNOP(Q)RSTUVWXYZ).

Ce sera aussi l’occasion de (re)voir French Courvoisier (qui a été précédemment présenté lors de quelques festivals de courts-métrages) ;  réminiscence hommage à Edouard Levé ; qui avait été chroniqué ici il y a déjà plus de deux ans. Voici une reprise de la chronique de sa Première, à l’automne 2009.

Boire, c’est la santé
(article du 6 octobre 2009) 

Reproduit avec autorisation des auteurs - Droits réservés.

C’est pudique, ça frappe fort, c’est CultEnews. French Courvoisier, le court-métrage de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer, a impressionné la pigiste cinéma d’un jour, pas seulement parce que c’était joli de retrouver quelques abonnés, présents et souriants à la projection très réussie.  Emma avouera qu’elle supporte assez mal les “scènes de dîner” classiques du cinéma français, il est vrai qu’elle s’est dispensée depuis longtemps des “scènes au dîner” puisqu’elle mange seule, ou ne mange pas. Par un tour plus fort qu’un Armagnac hors d’âge, French Courvoisier, avec l’accent s’il-vous-plait, tord le cou au cliché de l’exercice de style et dissèque la frontière toujours délicate entre intime et alter, sans tomber dans les affres des autofictions et les écueils des confessions. Le film, pour le moment, n’est pas diffusé au grand public, et même si votre camériste myope, maniaque de la prise de note, en a relevé la dernière réplique si cinglante et si juste, elle ne gâchera rien de la surprise lucide, et dira simplement que c’est important de bien nettoyer ses lunettes, mais point trop non plus car ensuite la buée perle aux cils des autres. C’est cette buée que le film a saisi à l’instant de rendre larme.

Le Festival sera aussi l’occasion d’entendre Jean-Christophe Bailly (prix Décembre 2011), le 8 février (Les Animaux conjuguent les verbes en silence) ; de visionner Viva Paradis, réalisé par Isabelle Tollenaere dans les suites de la Révolution tunisienne, alors que les médias s’étaient tournés vers l’Egypte et la Libye (le 1er février).

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Brèves d’écritoire

Un telex des années 1930 hacké par les talentueux pirates berlinois - Photo E.R.>>> Le livre à lire en cette rentrée, c’est Une Femme avec personne dedans, de Chloé Delaume (Le Seuil). Pourquoi? Parce que c’est comme ça (#corruption? #connivencedesélites? #scandaaaale!)

>>> Le classique à relire en urgence, c’est, pourquoi pas, L’Oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, de Walter Benjamin, histoire de se préparer à la publication de ses Lettres  en langue française (en avril, voir par ici) – l’exposition qui est consacrée à ses archives berlinoises se tient au Musée d’art et d’histoire du judaïsme jusqu’au 5 février , de prisa! (voir Chronique par le Magazine littéraire ici).

>>> Autre classiques, disponibles gratuitement et dans le respect du droit d’auteur (oui c’est possible!! mais peut-être plus pour longtemps!!), une série de nouvelles de Philip K. Dick sont proposées par Open Culture, >>> ici.

>>> A propos de culture accessible à tous, Ubuweb menace de fermer ses portes si le projet de loi américain extrêmement restritif sur le droit d’auteur, baptisé SOPA, était voté cette semaine. Demain, il y a manifestation virtuelle (Internet Blackout Day).

>>> Si vous souhaitez soutenir l’auteure de ce site, vous pouvez aller voir son site personnel par là ; et acheter son ePub, Ah., publié aux éditions du Seuil. Certes, vous pouvez aussi ne pas, mais vous louperiez une belle chance de soutenir la jeune création pour seulement 7,99 euros. (#smile)

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Le mot de la fin

Κύσον με καὶ τὴν χεῖρα δὸς τὴν δεξιάν.*

(Diogène, en toute fin de soirée)

*Donne-moi la main et embrasse-moi.

12
Sep

A la bonne heure.

Justin Mason (CC Licence - Non commercial - Share Alike)Justin Mason (CC Licence - Non commercial - Share Alike)

– Des scènes et des zoos –

Il faut parfois voir quatre, cinq spectacles au long du mois de septembre pour décider celui qui incarnera le mieux l’entrée en saison (parfois les années mal lunées, y a pas plus d’entrée que d’issue). Ou, dès le deuxième week-end de septembre, première sortie, s’être déplacé au théâtre de la Bastille, pour écouter Jacques Bonnaffé – oui, du grand nom – dans le brillant Nature aime à se cacher (d’après le texte de Jean-Christophe Bailly Le Visible est le caché, créé au Festival d’Avignon). « Propos dansé » – tel qu’annoncé sur le programme, alliant mouvement (Jonas Chéreau) et déclamation de pinson, cette pièce – éblouissante parenthèse, est ciselée sans temps mort, sans pose, ou, comme le sourit le texte, « sans tambour et sans jupette ».

Vont se succéder quelques familles de singes (dont bonobos et orang-outangs), mais au plus près de 30 millions d’amis, c’est la philosophie qui s’invite, Héraclite en tête d’affiche, convoqué comme l’Obscur, l’insondable. Son Fragment 123 sera filé comme métaphore du « tressage animal du visible et du caché ». « C’est difficile, d’être bête » conclura Bonnaffé, plus difficile que « d’avoir l’air bête », et même (désolée, Gilles) ce n’est pas non plus « devenir bête » – On croyait avoir affaire à Héraclite, et c’est soudain Avital Ronell et son Dumpkopff qui débarquent. Lorsque Jonas Chéreau se lance en funambule dans la narration du choix fait par une handicapée de vivre avec les grands singes, c’est risqué – et peut-être, c’est le moment où la pièce semble effleurer la thèse, où il faudrait que ça danse encore plus. Pourtant, le discours n’est jamais naturaliste: c’est un élan nietzschéen qui déborde, et la scène traitée comme un zoo (mais où donc se cacher sur scène? comment en sortir?)

Alors, ces histoires de singe, ma foi, est-ce que ça vaut bien la peine, pour 55 minutes avec Jacques Bonnaffé? Oui, car c’est reposant, un grand acteur qui n’a pas besoin des manières d’un Tartuffe? (ahem, Podaly… Non, rien). Ou, parce que Daniel Johnston se voit offrir une apparition qui ravira tout corpus dédié à l’emploi du tube dans la dramaturgie (tome X).  Enfin, parce que Jean-Christophe Bailly, auteur du texte originel, sait s’emparer des sujets qui ne semblent en rien « branchés » ou par trop investis dans des marges regrettables, pour ramener du désir là où les clichés semblaient devoir avoir contraint à déserter. (Il faut lire, aussi, son lent travelling « régional » sans régionalisme, Le Dépaysement, paru au printemps 2011, pour le moins belle surprise à contre-courant)

Nature aime à se cacher contre la thèse par la grâce et l’humour – l’arrivée de Bonnaffé en jupe dans les premières minutes, nous aura moins évoqué la sempiternelle citation du travelo que la délicieuse critique de la mode « Sister-Wife » chez LBV – Chacun voit midi à sa porte. Ici, c’est un plaisir moins « grand public » que « bon public », nourri par l’acrobatie chorégraphique et conceptuelle, qui en aurait bien redemandé encore.

…ἁρμονίη ἀφανὴς φανερῆς κρείττων // le lien qu’on ne voit pas, est plus fort que celui qu’on voit.
(Fragment 54)

>>> Nature aime à se cacher est présenté au Théâtre de la Bastille jusqu’au 18 septembre.

>>> Jacques Bonnaffé est également présent au Théâtre du Rond-Point pour une lecture de Jean-Pierre Verheggen, les 14, 15 et 16 septembre.

>>>Pour les lecteurs qui seraient tentés de découvrir plus avant les Ecrits d’Héraclite d’Ephèse dit l’Obscur, la cultenews accro à Bailly l’Ancien suggère deux ouvrages magnifiques: Héraclite ou la séparation, de Jean Bollack et Heinz Wismann, disponible aux éditions de Minuit, qui répertorie chaque fragment en grec et en français, ses sources et son sens ; ainsi que le Héraclite de l’inégalable Theodor Gomperz, contemporain de Sigmund Freud, disponible aux très jolies Editions Manucius pour la très modique somme méritée de 5 euros.

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– Cheek n’Cheers –

Aucune hésitation sur le grand roman de cette rentrée: Céline Minard, avec So Long, Luise (chez Denoël), très attendue, ne déçoit pas – et elle plaçait déjà la barre très haut (voir par ici la chronique d’Olimpia, Habemus Papesse – rédigé dans l’édition d’hiver 2010). Céline Minard laise pantelant sur le carreau, avec sa virtuosité langagière, sa ponctuation guerrière et son imagination débridée. Convoquant aussi bien le bas-français que l’anglais, elle débauche à pleine vitesse dans une narration qui fait passer l’envie de l’emploi les substantifs attendus, comme « transgression », ou « subversion » – ce serait par trop has-been de n’avoir que ça à dire d’un tel livre, où une écrivain pseudo-crépusculaire règle son testament, lettre d’amour à son amante, en mode jouissif. Alors, on pense, par instant, à une autre Louise, mais c’est une vue de l’esprit: le roaster de Céline Minard en impose autrement, ne serait-ce que par sa manière d’insister sur des goûts de luxe, son art de s’approprier le monde comme une évidence déjà conquise, cheek sans quartier pour le chic.
Bref: c’est génial.

« Et du coin de l’oeil, quand tu m’as rejointe pour regarder le monde de concert avec moi, je vois ton profil. Nous sommes dans un de ces véhicules que nous avons beaucoup empruntés au cours de notre vie et pas toujours conduits, embarquées pour une aventure qui file derrière les vitres du salon de musique, qui ne finira pas – et je me demande ce que tu vois. […] Je te regarde du coin de l’oeil et ton profil de page découpe le monde qui m’entoure et l’enchante. »

So Long, Luise, p. 180.
(et aussi un long extrait audio via Les Bonnes feuilles)

Pour en savoir plus, une belle chronique est parue sur le site La Marque aux pages ; Céline Minard fait également la Une du Matricule des anges (il faut acheter!).

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– Les Brèves de la guichetière

>>> Autre femme de tête qui donne des ailes aux alouettes, Chloé prend Beaubourg, le 16 septembre, avec un mix qui rendra hommage aux surréalistes (à propos: est-ce que quelqu’un ici saurait si Claude Cahun – dont les photos sont exposées jusqu’à la fin du mois au Jeu de Paume – a connu Buster Keaton? Dans l’imaginaire d’une époque, leurs visages semblent parfois se croiser. Mais la stagiaire Arts fume souvent la moquette.)

>>> Le chouchou Christoph Marthaler ouvre la saison avec ±0 au Théâtre de la Ville, du 16 septembre (choix cornélien, donc) au 24. Après l’Islande en 2010, le Groënland va-t-il s’imposer comme la contrée glacée à visiter en 2012? Marthaler nous chantera-t-il la Truite? La salle va-t-elle se tenir tranquille? Hurlera-t-elle au génie ou à l’arnaque? Suspense, suspense, pour l’un metteurs en scène les plus excentriques et discutés, compte-rendu à suivre dans une prochaine édition.

>>> Le Printemps de septembre est de retour du 23/09 au 16 octobre, Toulouse toujours. Les deux premiers week-ends proposent des nocturnes estampillées Soirées Nomades, et c’est de mémoire un rendez-vous agréable. Voir le programme par là, très fourni. Vous pouvez envoyer Points Smiles et encouragements si vous rêvez d’un nouveau reportage kamikaze.

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– Le Baiser de la fin –

– T’as entendu?
– Mais oui! Ça fait tellement plaisir.

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Remerciements: l’image d’ouverture a été trouvée chez Justin Mason (www.jmason.org) ; et reproduite avec son autorisation. Thank You!
Sur le phonographe: Dirty Beaches.

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