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Articles Tagués ‘danse’

23
Déc

Alain Buffard, Good Boy

(http://www.alainbuffard.eu/fr/productions/good-boy.html)

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20
Juin

All you need is dance. (Parades and Changes)


Rappel des faits: en 2008, Anne Collod avait présenté une première version de sa reprise de Parades and Changes, Replay, d’Anna Halprin, au Centre Georges Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne, qui avait connu le succès (voir ici le dossier de presse, là la chronique d’Images de danse). C’est une nouvelle version, Parades and Changes, Replay in expansion qui était dansée cette année, à la Grande Halle de la Villette, du 15 au 18 juin, avec la complicité de circassiens et une nouvelle scénographie. La Cultenews n’avait pas eu la chance d’assister aux représentations de 2008.

***

Pourquoi avoir pensé, très vite, aux Beatles, et plus particulièrement au Yellow Submarine, ses Meskins et son Pepperland, en se perdant dans la contemplation de Parades and Changes à l’invitation bienvenue d’un amateur d’art? Court-circuit chronologique: la première version de Parades and Changes (1965) est antérieure aux apogées psychédéliques de Sergent Pepper (1967), et bien sûr du Summer of Love (1969). C’est pourtant le signe de l’attention prêtée à ce que la pièce est devenue au fil de ses reprises et réinterprétations: une ode aux révolutions charnelles et politiques dans le contexte du Flower Power et des beaux mois de mai, qui semble prendre au mot le slogan d’Emma Goldman, qui ne fut pas qu’anarchiste, mais aussi théoricienne de l’amour libre: « If I can’t dance, I don’t want to be part of your revolution ». La version 2011 de Parades and Changes – Replay in expansion s’ouvre sur l’invocation de Jan Palach, la réincarnation d’Angela Davis (belle à se damner, faut-il le dire), les appels à la « lucha » dans des langues qu’on ne comprendra pas toutes: slogans lancés depuis les gradins par les danseurs disséminés, menés par le chef d’orchestre Pierre-Yves Macé,  drôlatique et concentré.

De Parades and Changes comme manifeste pour la danse, tout a déjà été mieux écrit ailleurs (entre autres, ici par Gérard Mayen, à l’enthousiasme communicatif dès qu’il s’agit de débattre de chrorégraphie post-moderne). Ici, on n’a rien lu ou presque de cette histoire, mais on connaît un tout petit peu de la Californie, qui fut la terre d’adoption de la danseuse plusieurs années avant de devenir une destination prisée pour les expérimentateurs du LSD. Avant le spectacle, par  peur de se perdre dans une science scénographique mal maîtrisée, on aura simplement retenu que la pièce se prête à une nouvelle interprétation à chaque soir, chaque saison, grâce à la volonté d’Anne Collod qui l’a ressuscité. Après le spectacle, c’est moins la théorie de la danse post-moderne qu’un certain esprit du free love californien qui aura guidé les clics pour illustrer la chronique.

Car si Parades est bien et bien ancré dans un parcours intellectuel, un champ historique qui peut surprendre par sa pérennité de précurseur (ou faire peur, car si l’avant-garde ne bouge pas, qu’advient-il du reste?), il a surtout un attrait charnel irrésistible, dans sa manière de faire appel au désir et au mouvement au-delà d’invoquer la beauté et les caresses de la critiques. Entre une pensée pour Alain Buffard (qui participait au ballet, mais en 2008) et l’observation d’un technicien soudain apparu dans le noir (qui manipulera les filins de l’échafaudage des circassiens comme s’il s’agissait d’un pantomime, qui fut cependant la scène qui manquait le plus de sensualité, trop portée sur l’exploit), monte l’envie de suivre deux des danseurs, métamorphosés en monstres-orchestre, s’échappant pour aller saluer hors scène les jeunes fumeurs du Parc de la Villette, ou de faire le mur avec la troupe vers des coulisses insoupçonnées. D’habillage en déshabillage, couples, tandems, jeux et malices, même en ayant été invitée à découvrir par avance un écho du mélangisme qui valut à la pièce d’être censurée plusieurs décennies aux Etats-Unis, voir les corps s’effleurer dans le papier déchiré au son des Beach Boys a offert l’expérience appétissante d’un spectacle qui sortait du cadre jusqu’à la disparition des danseurs dans un levé de rideau sur la ville, ses fontaines, ses lumières du couchant, par la magie de l’architecture aérienne de la Grande Halle métamorphosée pour un final très émouvant.

Dehors, le soleil n’était plus déjà plus là, mais dans la fraîcheur qui tombait, a flotté comme une brise des plages de Marin County et leurs désirs de parler doucement, aux confluents d’imperceptibles changements intimes.

For we have the warmth of the sun
Within us at night.

***

>>> Post-Scriptum: Anna Halprin, à 91 ans, continue de danser, et d’enseigner la danse, entre autres à Esalen, un des berceaux californiens mythiques du New Age, et par sa propre fondation, le Tamalpa Institute. Vous pouvez la découvrir dans cet entretien qu’elle a accordé en 2010 au New York Times, ou, « Privilège Lecteurs » pour une vision plus locale, dans cet article du Marin Women Hall of Famecar les secrets de la Californie alternative, c’est aussi la qualité Cultenews!

Remerciements à Pierre-Yves M. pour la référence de la chanson des Beach Boys, au danseur Boaz K. B. pour son voisinage en ouverture du spectacle, et à l’instigateur élégant de cette jolie soirée.

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