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Articles Tagués ‘Bertand Bonelli’

22
Mai

Edition Croisette!

Apostille

« Et nous devons songer qu’un jour, peut-être, dans une autre économie du corps et des plaisirs, on ne comprendra plus bien comment les ruses de la sexualité, et du pouvoir qui en soutient le dispositif, sont parvenus à nous soumettre à cette austère monarchie du sexe, au point de nous vouer à la tâche indéfinie de forcer son secret et d’extorquer à cette ombre les aveux les plus vrais. »

(M.F., La Volonté de savoir)

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Ah, Cannes…

…à peine aperçu, déjà terminé (Palme d’Or: The Tree of life – ça valait la peine de faire venir de Niro…). Un miracle a voulu qu’on en soit, un dimanche où l’actualité, ailleurs, n’avait encore pas tout éclaboussé –  il y avait pourtant déjà l’envie d’oublier jusqu’à ce qu’on ne savait pas, de faire comme si ça durerait la semaine et de noyer dans les bulles entre jaccuzzi d’un hôtel toc à perpét’et open-bars (un peu trop) hystériquement convoités. Parce que cette visite n’aurait même pas été espérée, puisque la dernière fois c’était en 1996 pour une édition trempée par les flots, qu’il s’agissait cette fois-ci d’assister au succès d’amis chers, ce fut beau comme une apparition et magique comme une dernière séance – après tout, c’est Grazia qui nous l’a appris et Grazia ne dit que la vérité : quand on est une vraie star, on ne passe que quelques heures à Cannes… Cultenews, votre star de l’impro, du billet Prems et du thermos de café, a donc mené l’enquête fissa-fissa.

Welcome onboard, avec En Ville.

Rappel des faits: en octobre 2009, c’était l’avant-première de French Courvoisier, court-métrage de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer. Ce film, dédié à Edouard Levé, avait été chroniqué ici. Puis, les mois ont passé, et à la grâce de l’amitié, la visite à Cannes a pu être organisé à l’occasion de la Quinzaine des réalisateurs – cette fois-ci, pour la première mondiale du premier long-métrage des deux acolytes, surnommés par leur équipe « le cerveau à deux têtes ».

Alors, En Ville, qu’est-ce que c’est? C’est d’abord – ou plutôt, de « prime abord » – un film classique dans son pitch: Iris, une adolescente, jouée par Lola Créton, valeur montante (elle sera également à l’affiche du prochain Mia Hansen-Love), tombe amoureuse d’un photographe, Jean, d’un peu plus de deux fois ses printemps, incarné par Stanislas Merhar. Mais, comme une première boum, ça ne se déroule pas comme prévu: peut-être pour commencer parce que Bertrand Schefer et Valérie Mréjen ont fait le choix que la différence d’âge des deux personnages ne soit pas creusée, ni par le scénario, ni dans leur jeu. Lola Creton, en effet, ne minaude pas le diminutif de son prénom: bien plantée, elle pourrait même finir par incarner la figure la plus mature du duo, et du film. Mais aussi, parce que le film vaut pour les citations que le spectateur voudra bien lui prêter, à commencer par la résonance de la réplique « Est-ce que vous pensez que la jeunesse est un privilège? », jusqu’à la représentation iconographique voire « iconique » d’Iris, qui nous a paru faire écho à l’expertise quasi-monacale de Bertrand Schefer pour tout ce qui touche à la Renaissance italienne (il est notamment le traducteur de Marsile Ficin). C’est peut-être cette dimension-là qu’on aurait rêvé de voir davantage être explorée, un dépassement de l’histoire d’amour par l’histoire de l’art et questionnement plus explicite des débordements de pudeur dont les deux auteurs savent user avec une distance qui place leur oeuvre, au complet comme au singulier, comme un art de creuser l’impossibilité des mélos. Au final, et même si le mouvement de la narration semble indiquer que Jean, photographe de friches et bunkers, se tourne vers l’art du portrait comme la médiation d’un dialogue en rencontrant Iris, c’est peut-être bien aussi l’épaisseur du roc qui viendra davantage gagner les héros, sans happy end ni bouleversement explicite.

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Interlude

…oublie tout, ne pense plus à rien…

(à redécouvrir dans Belleville/Tokyo d’Elise Girard, sortie 1er juin 2011, avec Valérie Donzelli)

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Cahier Musique: Claire Denis, bande originale.

Starsky, blog musical, est l’invité de la Cultenews, tous les deux mois, pour parler musique. Il nous offre cette fois-ci sa visite à Claire Denis, lors du concert des Tinderstick, à l’église Saint-Eustache, le 28 avril 2011.

J’ai toujours associé musique et cinéma. À cause de Martin Scorsese, de Michel Legrand et Jacques Demy, de Michael Cimino. De David Lynch aussi. Pour Sailor et Lula : Elvis et Powermad, puis Diabologum.

Et Claire Denis.

Son histoire d’amour avec les Tindersticks est si belle. Six films en commun, tandis que le groupe continuait sa carrière pop comme si de rien n’était. J’avoue que j’ai toujours eu un penchant pour les deux bandes originales — comme on dit — qui avaient été commercialisées jusqu’ici : Nenette et Boni et Trouble Every Day. Au grand dam de certains puristes, elles faisaient partie des trois ou quatre albums des Tindersticks que je chérissais le plus. Après tout, l’un des plus beaux disques de Neil Young n’est-il pas Dead Man, qu’il a composé pour le film de Jim Jarmush ? Comme lui, les Tindersticks excellent dans le jeu des ritournelles, reprises sans cesse, jamais totalement les mêmes ; fabrique d’un espace fragile qui n’existe qu’entre les motifs, comme ceux que l’on fait apparaître à la sieste, après avoir fixé le papier peint de la maison de campagne suffisamment longtemps.

Et voilà qu’un beau coffret tombe du ciel, ajoutant quatre autres “scores” à ces deux-ci. Malgré les craintes (s’ils n’étaient pas sortis jusqu’ici, peut-être n’étaient-ils pas si beaux), il n’y a pas de déception. À peine le premier volume, choisi au hasard, posé sur la platine, le charme prend. 35 Rhums, notamment, et son melodica, est un chef d’œuvre. White Material m’a enivré. SeulVendredi Soir est un peu faible, plus convenu (comme le film ? Je ne l’ai pas vu). L’Intrus est électrique, boucle paranoïaque qui s’envole dans l’avant dernier titre emportée par une trompette de western.

C’est l’incroyable force de ce coffret, et sans doute la particularité des bandes originales modelées par des groupes qui produisent également des disques traditionnels, lorsqu’elles sont réussies : si elles apportent énormément aux images, au montage, au scénario, elles vivent sur nos platines une vie parfaitement autonome. Elles ne transportent pas le film des salles de cinéma jusque dans votre salon, elles n’aident pas à s’en souvenir. Elles en font naître de nouveaux.

L’autre soir, à l’église Saint Eustache, c’était encore autre chose. Des images en boucle que l’on découvrait pour certaines, que l’on retrouvait avec émotion pour d’autres. Malgré la faune hipster, le bonheur fut complet. Jusqu’à oublier parfois la présence du groupe. Sauf lorsque Stuart s’est levé pour chanter Trouble Every Day, que le son est monté, monté jusqu’à ce qu’il faille fermer les yeux pour ne pas pleurer.

Retrouvez les mix de Starsky sur http://www.starsky.fr.

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Brèves de Croisette

>>> La Cultenews n’a pas vocation à émettre d’avis sur le palmarès de films qu’elle n’a pas vus, même si, par principe de mauvaise foi orientée et bons conseils de l’entourage, elle soutenait l’Apollonide de Bertrand Bonelli (sortie le 21 septembre 2011), et Pater, d’Alain Cavalier. Merci aux Inrocks et à Libération pour leur dosage frustration/partage, et plus particulièrement Axelle Ropert avec son Cannes vu de Paris ; ainsi qu’Emmanuel Burdeau pour Mediapart-si-toi-aussi-tu-paies-ta-dîme-au-journalisme-indépendant. Au passage, la pigiste signale qu’elle est disponible pour tous vos live-bloggings culturels, festivals, galas, bar-mitzvah (oups) – avec deux qualités essentielles: elle mange peu, et ne dort jamais. Faut juste supporter son caractère têtu.

>>> La sélection Un Certain regard sera projetée au Reflet Médicis, Paris 6e, du 25 au 31 mai. Il n’est pas attesté que les palmiers feront le déplacement, mais les cinéphiles, certainement.

>>> Bravo à Céline Sciamma qui s’est vu décerner le prix « Révélation » / France Culture pour Tom Boy, amplement célébré (par exemple ici). Quelque chose de ce film rappelait le mythique et cutie Beautiful Thing « of 1995 meets Mama Cass » fame.

>>> L’avis de Diogène: les critiques qui ramènent la création à « enfantement », « enfance » ou « mère » devraient être mis au piloris avec lecture à haute-voix de l’intégrale de Laurence Pernoud, car il faut savoir combattre le mal par le mal. L’ouvrage est à disposition à la rédaction. Plus d’informations indabox, autres tortures disponibles sur demande.

>>> Cadeau! Les studios Mosfilm ont trouvé une manière originale et sympathique de lutter contre le piratage en s’occupant eux-mêmes de la diffusion de leur collection culte de cinéma slave: ils mettent peu à peu leur catalogue en ligne, sur leur YouTube officiel. Quand on pense que cela concerne la quasi intégralité du cinéma soviétique, dont Eisenstein ou Tarkovski, il y a de quoi saliver à l’idée de pouvoir accéder d’un clic à des versions de bonne qualité sans même froisser le droit d’auteur. Juste un détail qui calmera trop d’enthousiasme: les films ne sont pas (encore) tous sous-titrés, et le cyrillique ne se révèle pas très intuitif.

>>> Découverte intéressante avec L’Oeil invisible du cinéaste argentin Diego Lerman, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs 2010 et actuellement en salles. Le film, qui tend vers les métaphores de la République de Salo dans sa construction qui mêle libidos exacerbées et outrages de l’ordre moral, est un huit-clos en univers scolaire qui ne va pas sans tirer vers Mädchen in Uniform. Autant dire, pas tout-à-fait une bluette. Avouons-le: le simple fait d’avoir été sollicitée par Mathieu A., hirsute comme de légende, qui cherchait du feu à l’entrée de la salle, nous aurait fait supporter le coeur léger une intégrale Satyajit Ray…

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THE END


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Rédaction-en-chef et reporter Kamikaze: Emma Reel

Chef de rubrique Musique: Starsky

Remerciements particuliers pour cette édition: Valérie & Bertrand, Albro, Marie-José & Jean,

le Wifi de la chambre 159, le Midnight Bus.

Une production exceptionnelle Cultenews 2011.

Prochaine édition spéciale lectures d’été & Avignon, vers le 15 juin.

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