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Articles Tagués ‘Bernard-Marie Koltès’

13
Oct

情 ? 情愛 ? (Sonezaki reconsidered)

Rideau (photo Emma Reel) Shamisen by Sugitmoto (Photo Emma Reel)

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Il faut un peu de patience pour s’accoutumer au son, à la diction et à l’expressivité des marionnettes propres au bunraku – le spectacle, l’opéra ? – présenté par Hiroshi Sugimoto au théâtre de la Ville, et ne pas s’attendre à y trouver de mise en scène de ses photographies, mais leur souffle. Histoire d’amour et de suicide, la narration éveille sans surprise les échos d’un Kawabata, et de tous les rêves et clichés d’Orient remis à demain. Sonezaki Shinjû, classique du dramaturge japonais Chikamatsu Monzaemon, est présenté dans sa version de 1703, qui inclut un lo(ooo)ng prologue. La pièce, qui dure 2 heures 30, n’est pas qu’une adaptation temporelle (certes, dans la tradition, elle durait la journée) ; c’est tout l’art d’Hiroshi Sugimoto d’adresser des signaux du zazen et du bouddhisme tels qu’ils peuvent être perçu par un auditoire majoritairement occidental, sans y conférer le kitsch d’Esalen. OK, let’s admit it: on rêve d’aller passer la semaine à Esalen. Mais, pas pour y pratiquer zazen – voir Big Sur suffira. Mais, bref: revenons à Kyoto.

Donc à Kyoto, ou plus exactement à Sonezaki (ville dont Google nous informe qu’elle est essentiellement connue par la fiction), s’aiment le marchand Tokubei et la geisha prostituée travailleuse du sexe Ohatsu. Le savant JStor et l’autodidacte Wikipédia tombent d’accord: si vous n’avez pas entendu parler de cette pièce, c’est un peu comme si un Japonais ne connaissait pas la Princesse de Clèves. C’est normal (certes, il serait tentant de commenter qu’il est normal de connaître La Princesse de Clèves, ainsi qu’en fut mené débat). Comme toute normalité il est possible d’y remédier. Et pour y remédier, vous pouvez faire confiance à la mise en scène point trop tradi point trop hardie de Sugimoto Hiroshi. C’est une démarche d’autant plus simple que pour une fois au théâtre de la Ville, IL RESTE DES PLACES (quelques-unes étaient aussi vendues au pas-de-la-porte, à 15 heures, ce samedi 12 octobre). Quelques accords de shamisen plus loin, vous penserez peut-être à ce jour où vous avez voulu draguer une copine (un copain. deux copines. Faites vos jeux.) en les invitant à voir le Mahabharata sans être au courant qu’il durait neuf heures et que vous écorchiez sa prononciation à chaque nouvelle invitation. Ou bien vous vous souviendrez qu’une fois – une seule fois, je te le promets, # Waltraud – vous avez prié pour qu’Isolde meure plus vite.

C’est comme ça. Au théâtre, on meurt plus lentement. Ou on vit un peu plus longtemps. La voilà, la bonne nouvelle.

Sonezaki Shinjû est présenté jusqu’au 19 octobre 2013 au théâtre de la Ville.
Le travail d’Hiroshi Sugimoto est également à découvrir ou retrouver à la Fondation YSL-P-B jusqu’au 26 janvier 2014, avec The Accelerated Buddha.

   情 .*

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* le terme 情 ou est proposé par Sugimoto dans le « dossier spectateur » remis lors de la représentation comme « amour« , « affection« , « désir« . La traduction automatique de Google propose « information » alors que l’affection est proposée comme 情愛. Nos limiers sont sur les dents pour éclaircir cette nuance. Vos commentaires sont bienvenus.

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Pour entendre encore quelques mots de Patrice Chéreau c’est (aussi) au théâtre du Rond-Point que ça se passe, avec Les Visages et les corps, jusqu’au 10 novembre en salle Roland-Topor. C’est une emprise étrange que ce spectacle, après les grandes pompes, en se souvenant de la manière dont Chéreau parlait de la mise en lecture du Coma de Guyotat, c’est-à-dire que cette lecture accidentellement posthume n’est pas moins réussie, comme le choc de cet un-peu-trop-plein de vodka qui fait parfois le théâtre.

À l’artiste le dernier mot,

Je dis que l’avenir c’est du désir, pas de la peur.

…/…

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15
Mar

Edition ordinaire.

Le HMPFFF

Benghazi – Sendaï – Lampedusa

[…]

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Who else?

M.F. by M.P.B

– Pages de grâce –

Dominique Conil, Une Fille occupée (Actes Sud)

On a croisé la « Fille », on connaît le goût de l’adjectif, mais au-delà des logiques du signifiant, Une Fille occupée est un roman, qui soigne la mythologie des contes pour braqueurs sans se dissoudre dans une baignoires d’acide, mais bien davantage une leçon d’écriture. Il faut lire en traquant les italiques qui soutiennent le récit ; observer les contraintes du récit qui se déploient en partant de clichés pour pulps SAS pour atterrir très loin vers une chute qui ne cadre pas avec l’intrigue ; vers le large de la littérature et ses maîtresses, Angot, Duras, Lou-Andréas. C’est, aussi, une interprétation sans impasse de l’amour voyou, qui évite les bons sentiments: un jeu rafraîchissant entre petite et grande histoire, où l’on s’attendrait à voir cité le GIP si les prénoms s’y ébauchaient de plus d’une syllabe, syllabe peut-être laissée en suspens pour que le personnage ne prenne pas le pas sur l’intrigue. Pour en savoir plus, faites un tour sur le  Book Club de Mediapart qui a rendu un très bel hommage à l’ouvrage, ou encore écoutez le Jeux d’épreuve qui lui a été consacré, le 12 mars, qui en dit beaucoup, beaucoup, de bien – et c’est un programme, pourtant, joyeusement piquant.

Mathieu Lindon, Ce qu’aimer veut dire (P.O.L)

La rédac’ chef un peu relou-limite-pénible a demandé à l’expert philosophe known as MPB de confier ses impressions sur la pièce nostalgique de la seconde « rentrée » littéraire, paru en janvier. L’ouvrage en a fait ironiser d’autres sur le mondain comme politique de l’intime. C’est pourtant, peut-être, quelque chose de plus fort qui s’écrit:

« Ce qu’aimer veut dire est un livre qu’il serait aisé de prendre en mauvaise part (parce qu’il y est question d’un deuil et d’un père impossibles, parce qu’on y appelle avec désinvolture des gens célèbres par leurs prénoms) s’il ne s’y prêtait avec tant de bonne grâce à se souvenir que parfois les pères et les deuils sont de fait impossibles, et que les gens qu’on aime, célèbres ou pas, ont par-delà la familiarité publique qui les use et les déprécie, des prénoms qu’il est doux ou grave à certains de prononcer. On y apprend qu’un appartement peut être plus qu’une histoire – un personnage. Il y est question de drogues, aussi, et plutôt bien. Puis les choses s’y accélèrent d’un coup comme la maladie même : un instant, cela devient intéressant, l’instant d’après, Foucault est mort. »

Hervé, personnage du récit, est encore vivant, et comme on le sait ne fera pas de cadeau à son ami. Il faut aller voir, pourtant, la tendresse de quelques-unes de ses photos, exposées à la Maison Européenne, jusqu’au 10 avril. Sans vouloir déprimer la critique du Monde qui en a dressé un portrait indécent de déni au regard de l’homosexualité, Hervé Guibert ne prenait pas tant de  » pincettes pour évoquer le désir masculin », ainsi qu’en attestent Les Chiens (éditions de Minuit, 1982), magnifique saisie d’une scène sado-maso gay homosexuelle extrême. Car pour mémoire, Hervé Guibert n’a pas non plus écrit que sur le sida – le sien ou celui des autres: il a écrit, aussi, sur le désir le plus nu, la photographie et, et sur des années qui ne connaissaient pas encore leur urgence. Ici, il était beaucoup aimé, et c’est heureux, de même qu’on n’oublie pas Foucault, que lui non plus ne soit pas tout-à-fait mort.

>>>Bientôt sur la table de nuit: Pfff, d’Hélène Sturm (chez Joelle Losfeld), nous intrigue, de même, dans un autre genre puisqu’il s’agit d’un essai, de l’Eloge du hasard dans la vie sexuelle (quel beau titre!), de Monique David-Ménard (oups!! la faute en page du lien;), qui paraîtra en avril aux nobles éditions Hermann.

>>>Dédicace au Ronchon: bravo à Claro pour la reprise en livre de poche de son immanquable Madman Bovary, chez Actes Sud-Babel. Rien de mieux pour le découvrir qu’aller faire un tour sur le blog mordant de l’auteur, Toward Grace, dont une lecture quotidienne épargne tout risque d’affaissement du mauvais esprit dans cette époque de mauvais goûts trop nombreux.

>>>Pour découvrir le projet 0Extraction0 de Chloé Delaume, rien de tel qu’aller visiter son site, qui regroupe, outre une présentation de chaque titre de la collection, des documents sonores,  dont il a été aussi question ici (où la cultenews s’est un instant délocalisée). Open Space, de Patrick Bouvet, est mieux qu’un excellent livre: c’est une excellente poésie, et donc beaucoup plus rare, peut-être parce que Patrick Bouvet interprète la technologie, de longue date, comme un langage plutôt qu’un outil, se fixant, par exemple, sur les images de propagande américaine lors de la Guerre du Golfe, Acte I, 1991. Il l’explique très bien sur le site dans un entretien avec la journaliste Sophie Joubert: il distingue son travail, interprétation du réel, de la science-fiction, et reconnaît avoir fait le choix de se sentir « au-dehors » du hi-tech, distance, peut-être, qui lui permet de si bien parler de la figure féminine qu’il a choisi d’y plonger, plus cyborg que Geek, elle-même devenue flux hésitant entre octet et sérotonine.

« mais rien ne peut

dissiper

ce qu’elle ressent

jour après jour

au contact

de ce monde-écran »

 

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Hokusaï - Le fantôme Kohada Koheiji

Interlude: Le live-Blogging de Diogène

Ἐκίνει δ’ αὐτὸν καὶ τὸ θύειν μὲν τοῖς θεοῖς ὑπὲρ #ὑγιείας, ἐν αὐτῇ δὲ τῇ θυσίᾳ κατὰ τῆς ὑγιείας δειπνεῖν.

« Il s’indignait de voir des hommes faire des sacrifices rituels pour conserver la santé, et en même temps se gaver de nourriture pendant ces sacrifices, sans aucun souci de leur santé. »

in Vie des philosophes illustres, Diogène Laërce.

—–[F U K U S H I M A]

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Christmas Show 2010 - Paris - Photo E.R.

Scènes & Sauves

Pour quelques raisons, dont une mise en lecture improvisée telle un flash mob pour mater un Eurostar bondé, La Nuit juste avant les forêts est devenu un de ces ouvrages qui accompagne le sac à mains – il faut dire que son format est idéal, et que son langage bien répercuté est d’une efficacité redoutable pour mater tout groupe de mamies américaines hystériques.

Sa présentation, au théâtre de l’Atelier, reprise d’une mise en scène de Patrice Chéreau, a beaucoup « buzzé » comme on dirait chez les jeunes gens Owni. Cela valait bien son billet (31 euros, Baby, t’es sûr?) pour se plier à ce goût de l’époque – Romain Duris, SDF en zone d’attente, lit d’hôpital, beau gosse paraît-il mais ce n’était pas notre souci, en a donné une lecture politique – donc, pas si consensuelle en regard des sondages, peut-être bien plus indispensable que Stéphane Hessel. De la Nuit juste avant les forêts, nous n’avions, presque toujours, voulu et déclamer qu’une histoire d’amour, histoires de pluie, de ponts, de cons. Comme quoi la littérature amoureuse, c’est, forcément, une littérature engagée… « phrases dont tu voulais qu’elles viennent chercher, consoler peut-être, et ta langue qui cueillait “Ne dis rien, ne bouge pas…”

Bonne nouvelle pour les éternels retardataires: la pièce est présentée jusqu’au 27 mars.

>>> L’Agenda des Contremarques

Les intrépides kamikazes de la Ligne 13 ne manqueront leur pélerinage trimestriel au toujours dynamique T2G pour L’Indestructible Madame Wagner de Christophe Fiat – vite vite, c’est jusqu’au 19 mars.

C’est moins loin, pas d’excuse: Marie NDiaye au Théâtre de la Colline, Paris 20e, avec Les Grandes Personnes (jusqu’au 3 avril).

Très très très bonne nouvelle, la reprise de Tatouage et de Cabaret Brecht Tango Broadway, d’Alfredo Arias, que la Cultenews avait ratés à regret lors de leur première, en 2010. C’est du 13 au 23 avril, et c’est au toujours très confortable et bourgeois théâtre du Rond-Point.

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Les Trois Grâces - Lucas Cranach - Le Louvre

Varape sur Cimaises

C’est attendu au bord du mauvais goût, mais nous voulons notre visite, en nocturne si possible, de l’exposition dédiée à Lucas Cranach au Musée du Luxembourg. C’est jusqu’au 23 mai, et au-delà il sera toujours possible d’aller admirer Les Trois Grâces, acquises par Le Louvre à la faveur d’un mécénat très à-propos.

Dans la série « Révisons nos classiques », Mondrian au Centre Pompidou a beaucoup déçu, sauf la salle consacrée à ses oeuvres de 1912. La reconstitution de l’Atelier, en particulier, ressemble à un manège Mickey, voui voui, entre autres.

L’exposition consacrée aux Revenants (ici chroniquée via Le Beau Vice, elle s’est achevée le 14 mars), toujours au Louvre, se poursuit dans de multiples conférences. A ne pas manquer, le 25 mars, Walid Raad, Jalal Toufic et Omar Berrada – et, le 28 mars, une rencontre qui promet l’anthologie, puisque c’est la Reine de Coeur Avital Ronell qui viendra parler des philosophes qui la hantent. Be there or be square.

Autre revenant, et non des moindres, Stanley Kubrick fait l’objet d’une grande rétrospective à la Cinémathèque: exposition, intégrale de ses films, et débats, du 23 mars au 18 avril. Côté débats, difficile de ne pas penser qu’ils mériteraient une petite visite de La Barbe si elles n’étaient pas déjà très accaparées: pas une femme dans les modérateurs invités… Sérieusement, pas une femme pour bien parler de Kubrick, ne serait-ce que de la relation homoérotique qui unit Hal et Bowman? Arf., on n’en croit pas un mot, même si on se réjouit de la rediffusion des entretiens A Voix nue réalisée par Michel Ciment.

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Brèves de trottoir

Viva le crowdsourcing: un mécène attendri qui souhaite conserver l’anonymat a fait parvenir un excellent appareil photo à la rédaction pour poursuite des travaux en cours. Qu’il en soit ici remercié.

Dans les bonnes nouvelles, bis, le site Starsky et son Indie Dad nous offriront bientôt des chroniques de disques! En attendant, ne pas manquer son dernier mix, une Aube de zen charmante pour digérer les heures sup jamais en reste.

Si loin si proche, la Biennale d’art contemporain de Venise ouvrira ses portes le 2 juin 2011, et durera jusqu’au 27 novembre. C’est Christian Boltanski qui a été choisi pour y représenter la France. La Cultenews, si elle parvient à être présente au vernissage, vous en promet le live tweet, et sinon, fera, cette fois-ci c’est garanti, un reportage plus tard dans l’été, avec l’appareil photo sus-nommé.

La salle de rédac’ version bécasse a ri comme une fin de nuit en 1993 avec la reprise de Girls Wanna Have Fun par le groupe Starfucker, même si le morceau a plus d’un an.

Encore plus vieux, limite vintage, complétement Geek mais toujours pratique, le lexique des abréviations Twitter tel que proposé par Digiphile vous sauvera de tout faux-pas dans les eaux de la Baleine.

#Ça nous amuse: la cultenews avait contribué de sa recherche Google « Partouze à Dinard » (oui, c’est ici) auprès du site Devenir un ninja gratuitement, avant son passage au Grand Journal de Canal+. Mais regrette que ses « résilles thermolactyles » et « lapin diplômé » restent, en l’état, refusés. On fera mieux.

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Le mot de la fin

« Nous sommes tous des Geeks hurlants »

(copylefté MS, en hommage aux Tunisiens, Egyptiens, Libyens, qui se battent pour tenir debout)

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Et puis, au soir du 16 mars, Twitter est si triste #17Feb #Japan, qu’on a surtout eu très envie de se taire.

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