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Articles de la catégorie ‘Musiques’

7
Oct

Ici, c’est Paris.

[cette édition était tout juste écrite et mise en ligne à l’instant où est annoncé le décès de Patrice Chéreau, et c’est une sacrée tristesse qui est tombée soudain]

Koltès lui écrivait en 1982:

Si tu as un moment pour qu’on se raconte nos machins, dis-le moi un de ces matins – parce que je passe mes après-midis à essayer d’écrire dans les différents jardins de Paris.

Je t’embrasse.

Un de ces matins, comme une chanson de Daho, dommage que tu sois mort.

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Copyright Théâtre de l'Odéon / Hans Jörg Michel

La controverse

C’est aussi Paris aux ateliers Berthier jusqu’au 11 octobre avec les Larmes amères de Petra Von Kant, dans une mise en scène de Martin Kušej. Si la tenancière de ce blog a été plutôt amusée d’une mise en scène de la haine des femmes bien orchestrée, une autre des muses de la Cultenews en est rentrée fort déçue:

« Oui alors je commence à en avoir plus que marre des spectacles allemands prétentieux. OUI OUI OUI je vieillis !!! Mais là le coup de la cage de verre, le noir et blanc, le cul, le trash, les bouteilles (j’avais peur qu’elles se blessent tout le temps), la panoplie SM, le côté morbide, et ce jeu vociférant, pppfffffppppppfffffffffffffff… M’est avis qu’ils confondent pathos et émotion ces braves gens. Je suis sûre que le film, qui doit durer moins longtemps (CES NOIRS!!!! [interludes au néon, Ndlr]), est dix mille fois plus touchant. Sans compter le contresens de la scène de cul: si F[assbinder]a mis une ellipse, ça vaut pas le coup, hein, de s’en soucier ? Aaargh là je suis furieuse contre ce voyeurisme de bonhomme, vraiment. C’était presque amusant du coup, cette voix off brechtienne (je me demande quand même comment ils ont recruté la principale, rarement entendu une lectrice aussi nulle, c’est du sabotage, non ? Ou bien c’est conceptuel ? Ça finit par faire un spectacle off…) »

Reste que cette pièce donne la parole à bien autre chose que la misogynie: au risque de la haine de soi. OUI, OUI, aussi. Et pour une pigiste déçue, une autre a apprécié en ces termes : « Évidemment, c’est too much, ce cube de miroirs sans tain, cette obsession du spectateur-voyeur. Mais les bouteilles vides (du Ruinart non?) ont ce petit côté Absolutely Fabulous qui rend la pièce cocasse. Quant à Marlene, elle est parfaite, elle semble absorber la pièce à elle seule sans prononcer un mot tandis que les autres actrices écharpent les oripeaux de la gloire et du gueuloir. Peut-être bien que cette pièce deviendrait intéressante s’il ne restait qu’elle, son oscillation shibari, ses mouvements entre les bouteilles, ses génuflexions, et la pendaison finale. »

Die bitteren Tränen der Petra von Kant est aux ateliers Berthier jusqu’au 11 octobre.

Bonus: Fassbinder évoqué par Luc Bondy sur le site du théâtre de l’Odéon:

« En 1981 ou 82, je ne sais plus, j’étais à la Schaubühne pour créer une pièce de Botho Strauss, je crois que c’était Kalldewey, farce, et donc, quelque temps avant la première je passe au Paris-Bar, je tombe sur Fassbinder, toujours dans sa veste de cuir. à ce moment-là il était très impressionné par la psychanalyse, obsédé par Moïse et le monothéisme. Il prenait déjà beaucoup de médicaments en mélangeant toutes sortes de choses, et moi, de mon côté, j’étais le genre de metteur en scène qui aimait bien se défoncer un peu… On se revoyait. Et puis un matin que je répétais, mon ami Dieter Sturm est venu me voir à la Schaubühne et m’a dit arrête de prendre des trucs, arrête ça, Fassbinder est mort. »

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La tendance

Mashrou Leila était au New Morning le 6 octobre ; entouré de *plein* de beau monde, un peu comme une Fête de la musique de 1984

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Ian Douglas Photography: Trajal Harrell &emdash; _D3X5362

Le Telex sonne toujours deux fois

>>> Trèèèès content(e)(s) d’avoir retrouvé Gérard Mayen, qui a signé la dramaturgie d’Antigone Sr. (chorégraphié par Trajal Harrell), présenté à Beaubourg dans le cadre de ce qui reste du Festival d’automne. Car Gérard Mayen est tout à la fois cauchemar pour un mensuel théâtreux qui se doit de boucler dans les délais et une grâce soudaine parmi les relectures de piges indigestes. Gérard, si tu nous lis: oui, ici aussi, nous avons survécu à Mouvement, la preuve nous tenons un blog parfois accrédité en Avignon. Et Antigone Sr. a été un moment formidable – hem, beaucoup plus formidable qu’une chanson de ce Stromae qui nous barbe en Une de tous les YouTube et va nous contraindre à dénicher un nouveau synonyme pour traduire notre enthousiasme bécasse face aux catwalks de la Judson Church et leurs énonciations des noms de l’histoire. Ils sont quatre, ils sont Yvonne, ils sont Rainer et leur lente déclinaison du double et du duel ponctue Antigone Sr.: Marc (by Marc), Twin towers, Tic & Tac, John & Yoko, etc. – Le texte fait mouche, mais mieux vaut connaitre son petit bottin de mode. Ainsi remarqué par le New York Times (ouvrons les guillemets comme une Brooklyn Lager…): « Although Mr. Harrell’s “Antigone Sr.” is an overlong, perplexing, self-indulgent, often obscure and often tedious exercise in pseudointellectuality and camp, I’d recommend it to anyone interested in dance as long as it continues to feature the quite exceptional performances by Rob Fordeyn, Thibault Lac, Stephen Thompson and Ondrej Vidlar. » (Alastair McAuley, 15/0/2013). Tiens, payons-nous le luxe de ne pas être complétement d’accord avec le New York Times (et de souligner que le New York Times a laissé la place à des lectures plus amènes)

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Le cliché

Photo Emma Reel

(photo illustrative – défi de la presse culturelle, 2013)

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L’infratexte

in me di questa fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola.
(Pier-Paolo)

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Remerciements pour cette édition vite vue: Laura, Omar, Patrick.
Toutes photos utilisées sous réserve d’autorisation.

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15
Oct

Le Clou de la colère

– Le Off – 

La rentrée a démarré sur une Tournée des grands ducs toute en insouciance, dans les délicates intrigues pour escarpins d’un Christoph Marthaler très en forme et quelques bulles de Mailly Grand cru. Puis, Starsky nous a fait connaître Notre Silence, le dernier disque de Michel Cloup (ex-Diabologum), et ça collait bien à l’automne, ses humeurs demi-teinte et lunes rousses. Alors voici une édition featuring, avec le compte-rendu du concert donné par Michel Cloup le 2 octobre à Paris.

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Photo reproduite avec l'autorisation de son auteure - tous droits réservés.

– Michel Cloup, le concert –
(par Starsky)

Vous en connaissez beaucoup, des disques qui vous font pleurer ? Qui vous arrêtent, vous forcent à vous asseoir ? Qui vous obligent à écouter ? J’ai oublié de préciser : des disques en français. Si vous avez mon âge, vous citerez sans doute La Fossette, tout Mendelson et le troisième album d’un groupe de rock que l’on dit culte aujourd’hui. Et puis, ce disque donc, Notre Silence. Avec des mots très simples, quelques douleurs universelles, et les entrelacements splendides de sa guitare baritone et de la batterie dénudée de Patrice Cartier, Michel Cloup a fabriqué un de ces météores. Un objet précieux que nous garderons avec nous longtemps, trésor parmi les trésors de nos discothèques ; une étoile que nous partagerons en secret et dont nous serons fiers d’être l’esclave cardiaque.

Pour bien faire, il faudrait ne pas trop en dire. Évoquer simplement la justesse des textes qui tournent lentement autour des catastrophes s’en approchant parfois jusqu’au malaise, mais sans jamais prétendre les dominer ni les résumer. Le souvenir d’un dernier repas ; les mots que l’on aurait dû prononcer ; la mort qu’il faut expliquer ; l’impossibilité d’être à la fois un père et un fils. Ces textes sont tissés serrés dans une musique magnifique, enregistrée d’une traite, à deux, avec un plaisir évident. La batterie qui claque dans un coin de la pièce, les arpèges de guitares en boucles enchevêtrées, juste devant. Et la voix sans artifice qui a dû demander pas mal de courage, ou d’inconscience.

by Starsky

Le courage, on le prend en pleine face quand on retrouve les deux amis sur scène. Imaginez simplement avoir en face de vous celui qui chante Cette colère. Imaginez sa manière de dire ces mots sans le confort du studio d’enregistrement. Imaginez le volume des guitares sur la fin.

Ils jouaient le dimanche 2 octobre à la Gaîté Lyrique et je ne m’en suis pas tout à fait remis. C’était quelque chose que d’entendre ces chansons revivre ; sombrer dans les vagues de saturation et de feedback ; reconnaître dans chaque boucle de guitare fabriquée live ses propres fantômes. De la grande fragilité du concert (outre chanter ces textes-là, il faut lancer quelques effets sur l’ordinateur, passer sans cesse d’une pédale à l’autre), émerge une tension qui fige le temps à chaque chanson et coupe le souffle plus d’une fois.

On ne va pas énumérer les références musicales dans lesquelles s’inscrit Michel Cloup, puisqu’il fait, et fera encore, lui-même référence. On ne va pas non plus parler de tout ce à quoi ce musicien infatigable a participé. Pour une fois, faisons du passé table rase. Notre silence tient tout seul, hanté par ses souvenirs qui sont aussi les nôtres. Commandez-le ici, vous n’en reviendrez pas.

L’album de Michel Cloup, Notre Silence, est également disponible chez les disquaires et sur les plates-formes habituelles. L’artiste donne des show-cases, voir son site.

P.S.: un mix de Starsky a été diffusé, dans le cadre des « Vases communiquants » sur le site Liminaire, de Pierre Ménard >>> Ecouter ici.

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Photo reproduite avec l'autorisation de l'auteur - tous droits réservés.

Εἰ δ’ἀναγκαῖον εἴη ἀδικεῖν ἢ ἀδικεῖσθαι, ἑλοίμην ἂν μᾶλλον ἀδικεῖσθαι ἢ ἀδικεῖν.
(Gorgias, Working Class Hero)

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– Les Brèves de la Commère solidaire –

>>> Alors Marthaler, « c’était bien », mais tout le monde l’a déjà dit. En revanche, privilège Cultenews, personne n’avait cité jusqu’à présent, de mémoire, la reprise de Procol Harum au Bontempi. Tout dans le détail, Christoph, et que ta louve était belle. Ah on n’a rien à dire sur Enfant, car on l’avait vu, « en Avignon ».

>>> Sur la papier, le concept de Si, Viagiare, de Marco Berrettini, présenté au théâtre de la Bastille jusqu’au 24 octobre dans le cadre du Festival d’Automne, aurait pu être amusant. Le metteur en scène, qui déclare avoir passé quatorze heures par jour sur les sites « de » rencontre, voulait emmener dans un « voyage » pour raconter « la » rencontre, à partir d’une expérience menée par la NASA (voir le dossier de presse).  Il a semblé être surtout question de Teletubbies, un peu de Kraftwerk, et de situations supposément cocasses (du côté, notamment, des violences en mode séminaire d’entreprise – ce qui n’était pas forcément l’aspect le plus raté de l’ensemble), mais, pour un spectacle spatial, ça n’a pas trop plané. Un autre avis? Rosita Boisseau, du Monde, a aimé – lire ici.

>>> Anri Sala en performance à Beaubourg, a attiré du monde, mais n’était, à nez de Cultenews, pas à la hauteur du dispositif qu’il a essayé de mettre en place, pourtant très intéressant par lui-même.

>>> Des petits points partout, ce sont les hallucinations de Yayoi Kusama exposée à Beaubourg, pour une exposition que nous n’avons pas encore vue d’une femme que nous aimons bien (jusqu’au 9 janvier 2012).

>>> La renvoyée spéciale ira se faire voir à Londres pour l’exposition Gerhard Richter à la Tate Modern, compte-rendu en novembre (la rétrospective se tient jusqu’au 8 janvier 2012).

>>> Ça a buzzé, spécial « La Barbe », le post de LBV sur les éléments de langage mufle de Bustamante, Jean-Marc, en particulier la vidéo de Cécile Proust.

>>> Au chapitre, « Panique de l’archiviste » beaucoup de bons livres qui paraissent plus vite qu’on a le temps de bien les comprendre, dont Pour un humanisme numérique, de Milad Doueihi (Le Seuil). Ce philosophe des religions et de l’Internet a offert un hommage très intelligent à Steve Jobs (in Le Monde).

>>> Sylphides, de François Chaignaud et Cecilia Bengolea, se terminait hier (soupir de la retardataire) mais il est encore temps de réserver ses places pour Meg Stuart (16-19 novembre 2011), Romeo Castellucci (du 20 au 30 octobre au théâtre de la Ville puis au 104) — edit au 24/10: la pièce est victime d’une opération d’intimidation sans précédent au nom du fondamentalisme religieux, lire les communiqués.

>>> Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, de Vincent Macaigne, vu et approuvé en Avignon, est au théâtre de Chaillot du 2 au 11 novembreEt non on ne refera pas le coup du couteau dans la plaie à propos du Lulu de Lou et du Berliner (complet depuis août).

>>> Quoiiiii? Tu n’as pas reçu ton invitation à la FIAC? Euh, hem, moi non plus, en fait, ce qui n’a pas empêché que les portes du Grand Palais frôlent la panique au soir de l’inauguration (texto from an insider: 99% of the 1% fighting to enter). Mais, il y a aussi la Slick Fair ; la Chic Art Fair, et oh oh oh hihihi, une opération de Net-Art amusante, en mode typosquat et interfaces Geek, voir à l’adresse Lafiac.com.

>>> #Dimdamdom: pour cause de restrictions horaires strictes, la Cultenews ne peut pas toujours assurer sa périodicité mensuelle et donc un suivi sérieux de l’actualité. Mais! …il y a des pros pour ça, entre autres à la radio avec le midi (Caroline Broué & friends pour les débats de la Grande Table) et soir (Arnaud Laporte & sa bande pour les piques hilarantes de La Dispute, radio-crochet compris), sans même avoir besoin de citer la résurrection d’un grand quotidien de l’aube. Côté théâtre, ne vous privez pas de faire un tour sur beaux sites « indépendants », comme L’Intermède (mi-culture- mi-séminaire &  maquette hors-classe), et chez les passionnés du Poulailler, qui couvre aussi l’actualité en province (tout juste découvert par ici via Agôn).

>>> Vous avez vu comme les photos sont belles? C’est normal, elles ne sont pas de la rédaction. Remerciements à Delphine Ullmann, qui sera régulièrement invitée à embellir les chroniques – et pola par Starsky.


Sur le phonographe: Jarvis, dont le premier livre,
Mother, Brother, Lover, recueil des textes de ses chansons, paraît le 20 octobre.

Remerciements pour cette édition: Jérôme et Delphine.

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