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21 juillet 2013

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[Avignon 2013] – Glory Holes

par writer

Sur la scène de Reise durch die Nacht conçue par Katie Mitchell, un train, genre « sleeping » Paris-Vienne, surmonté d’un écran tout en longueur. Le décor s’ouvre par fragments: une cabine T2, le bureau du contrôleur, des sanitaires. En apparence, aucune profondeur de champ – peut-être un tiers d’un plateau de taille moyenne. En bas, les acteurs, les cameramen, les éclairagistes. En hauteur, l’effet de la captation: non pas son enregistrement, mais, la création d’une œuvre dont les éléments créés en direct viennent se juxtaposer pour monter l’énigme. C’est cette œuvre filmée qui domine: lorsque les acteurs jouent chaque scène, ils sont fréquemment masqués par les machinistes et les caméras – autant dire, un dispositif perturbant et même un peu frustrant, tant il est impossible de tout voir.

L’intrigue pourrait tenir en quelques mots: une femme, la cinquantaine, est en partance dans un train de nuit pour l’enterrement de son père. Elle essaie, sans grand succès, d’en rédiger l’éloge funèbre. À l’étroit sur sa couchette, elle trompera l’ennui – et son mari – avec le contrôleur. L’époux s’en rendra compte au matin. Simple comme un boulevard, si le texte d’origine n’était pas signé de la poétesse Friederike Mayröcker, et si ce n’était pas Katie Mitchell, qui, en terme de triangle amoureux, travaille non pas sur plan, mais dans l’espace.

Car ce qui meut l’héroïne n’est pas le sexe ; et en cela la scène fait foi. Entre les compartiments, entre la cabine du couple et le bureau du contrôleur, le décor va dévoiler un salon des années 1960 ou 1970, où une autre histoire se fait jour: celle d’un souvenir d’enfance où l’héroïne, qui ne marche pas encore, va assister à une dispute entre ses parents. Sur l’écran, les espaces-temps se superposent – le visage du père, jeune ; une lanterne qui crée l’ombre chinoise d’un manège ; une poupée au bras brisé. Le dispositif de Katie Mitchell déjà brillant par lui-même prend toute sa pertinence dans l’exploration du souvenir-écran: on pense à David Lynch ou à Chris Marker, au Blow Up d’Antonioni: c’est-à-dire on est envahi par l’angoisse de rater quelque chose. Or, la dispute parentale ne sera jamais expliquée, ni dans le texte, ni sur scène.

Katie Mitchell ne fait pas de cinéma: la force de ce Voyage à travers la nuit ne tient pas uniquement dans les images qui en sont rediffusées, mais dans la tension entre plateau et écran, dans la sensation et position du voyeur qui échoue. Si chaque édition d’Avignon est comme une thèse qui s’écrit soir après soir,  alors que cette année 2013 a trop voulu convoquer la domination du public, la démiurge Katie Mitchell et son histoire d’une femme marquée par un souvenir d’enfance renvoie le spectateur à sa place, et c’est pour notre grand plaisir.

***

FA-13MARS

 

N.B.: les images du spectacle n’étant pas encore disponibles, voici l’occasion de publier un fragment de la très belle affiche de cette édition 2013, oeuvre de Kiripi Katembo Siku, dont le travail est visible à l’École d’art (boulevard Raspail) jusqu’au 26 juillet.

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Un commentaire Poster un commentaire
  1. Nariné Karslyan
    Juil 22 2013

    merci http://youtu.be/xDH_l4J1fiA

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