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20 juillet 2013

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[Avignon 2013] – Spect’acteurs ?

par writer

Photo Christophe Raynaud de Lage

 

Le Début de quelque chose, spectacle mis en scène par Myriam Marzouki à partir d’une fiction d’Hugues Jallon publié chez Verticales, démarre en douceur : on fait connaissance avec un complexe de vacances tout compris, au décor – et aux clients – traités comme il en serait dans une clinique. L’effet-miroir de vacances promises comme relaxantes titille ; les déclinaisons d’ateliers menés comme autant d’entreprises de développement personnel amusent quelques minutes. Il est question de se reposer comme s’il s’agissait d’une extinction de l’esprit, de bracelets en plastique de couleur qui ne servent à rien, de piscine, d’un solarium, et de la mer étincelante au bout du sentier, quand surgit confusément l’hypothèse d’une révolution aux portes de la ville, qui, peu à peu, va obliger les touristes à patienter, toujours plus nombreux, dans l’hôtel devenu zone d’attente, quelque part entre la Tunisie, le Sénégal et la Turquie. La révolution invoquée ne sera jamais visible, ni ses acteurs, ni son propos – un soulèvement peut-être, dont les revendications n’atteignent pas le club-vacances, et pas davantage le public.

Faute d’ancrage mieux affermi dans une géographie politique, la représentation perd de sa consistance en cours de route. Si le texte original d’Hugues Jallon compose avec le délitement, sa mise en scène additionne des niveaux de lecture – vidéos, chœur, dialogues et récitatifs – qui en rendent la compréhension difficile. De même, les comédiens amateurs intégrés à la troupe restent à l’écart sans qu’on en comprenne très bien l’apport attendu. Au fur et à mesure qu’avance l’inactivité forcée des touristes privés de leur charter retour, le spectateur se désintéresse complétement du sort de ces pauvres couples privés de leur caméscope, vite condamnés à une errance en pleine jungle. Le noir tombe par surprise, sans épilogue. Qu’est-ce qui manquait ? Du rythme, du mordant, et peut-être un peu de distance.

***

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Interlude

« Je t’attends à la fontaine de la Sorgue: cet endroit est toujours admirable, plein de charme, et l’été, on se croirait presque aux Champs-Elysées. Nous y ferons une courte halte avant de franchir le seuil infernal de la Babylone voisine. #Adieu. »

Pétrarque, en route pour le Bar du In.

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Le Grand voyage

‘I’m sorry, Dave’. L’aventure Remote Avignon, du collectif Rimini Protokoll, place la barre haut en allant très vite chercher le patronage de l’Odyssée de l’espace, dont le dialogue culte résonne sous la voûte du campus Sainte-Marthe. C’est haut, mais ça retombe sur ses pieds: cinquante pantins (dont la rédactrice de ce compte-rendu) sont audioguidés dans la ville par un logiciel. Aucun n’abandonnera en route. Le principe: rendez-vous à l’entrée du cimetière de Saint-Véran (extramuros !), remise du matériel sonore, clap de départ. Une voix GPS dicte les premiers pas. Tourner à droite, passer sous un pont, entrer dans le parking d’une supérette: le public s’exécute sans faiblir. Des sous-groupes sont formés, des meneurs se distinguent – c’est la horde ; que la machine manipule sans état d’âme, c’est un troupeau, ainsi qu’il sera rappelé lors des quelques pauses du parcours. C’est, aussi, très vite, la plénitude inquiétante du plaisir à devenir un automate: pousser une porte, lever les yeux, prendre place sur une estrade, s’accroupir le temps d’une représentation tenue par quelques arbres et une fresque murale, la voix laisse peu de temps à l’initiative ; finalement, comme au théâtre.

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Si Remote Avignon a la douce voix des stages de développement personnel, la comparaison avec les tentatives de Myriam Marzouki citées plus haut s’arrêtera là. Il s’agit d’abord d’un GPS, d’une intelligence artificielle dévoyé en machine cruelle – la voix viendra demander, avec insistance, lequel des membres de sa horde viendra à mourir le premier, lequel aura un cancer, lesquels préfèrent la technologie à leur mère… Ce leitmotiv de la finitude, rythmé par l’observation de chaque horloge aperçue, est, certes, parfois un peu angoissant – mais il n’altère pas tout-à-fait la joie à mener un parcours hors-circuit. Remote Avignon invite à découvrir les ruelles d’une ville superficiellement connue par cœur: cité, espace de consumérisme, territoire de partages et bonnes ou mauvaises surprises – la scène n’est pas oubliée, mais nivellée. Le participant va choisir de s’individualiser ou au contraire de se fondre, très vite, il va oublier ses congénères (mais ne peut trop s’en éloigner car sinon il perdra le signal radio qui le guide).

L’expérimentation est une réussite. D’une part, parce qu’elle illustre l’interface homme / machine de mille métaphores amusantes (ainsi entend-on, en passant le long de l’enceinte Intramuros: « Les murailles sont les ancêtres des pare-feux »). Ensuite, parce que la réalisation sonore, où se mêlent les consignes du GPS à des bruits urbains plus ordinaires (klaxons, conversations), finira par entraîner le cobaye à « se faire avoir », régulièrement tourner la tête en quête des commentateurs de la parade – absents, évidemment.

C’est lorsque l’équipe brinquebalante rejoint le coeur de ville et ses terrasses que l’expérience tourne au jubilatoire: les robots d’un jour se transforment en manifestants, en envahisseurs-zombies d’un café-terrasse inquiet, et même en sprinteurs, pour finir comédiens de rue investissant la place de l’Horloge sous les regards incrédules des badauds. Qui regarde qui, qui manipule qui ? Pour cette édition du Festival marquée par le grand retour du Spect/Acteur (par ailleurs mission de recherche confiée par le Ministère de la Culture à Hortense Archambault), Remote Avignon offre, peut-être, l’une des propositions les plus saisissantes.

Menée par un logiciel.

En complément: un reportage sonore réalisé par Isabelle Lassalle dans le cours de la promenade est à découvrir sur France-Culture.

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Un commentaire Poster un commentaire
  1. Tom
    Juil 23 2013

    Arrêtez d’appeler le campus de l’université d’Avignon campus sainte Marthe. Pitié ce n’est pas une université catholique.

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