Aller au contenu principal

17 février 2013

L’édition Mariage.

par writer

Résumé des épisodes précédents.

La cultenews paraît plus rarement pour cause de 1/pigiste enceinte 2/pigiste sans seins 3/manifs en soutien au mariage pour tous. 4/Premières. 5/#toussa à la fois.

égalité

***

 Acid Test

Antoine d’Agata, avec Anticorps, prend d’assaut le Bal – nouvel espace créé par la Mairie de Paris, près de la Place de Clichy. Du côté institutionnel, c’est du lourd: partenariats chics, commissaires au top (Fanny Escoulen et Bernard Marcadé), quartier rénové « qui monte ». Du côté des conditions de la visite, il y a, hélas, la très désagréable habitude de quelques parents parisiens de venir avec leurs enfants en bas âge qui semble nécessairement couplée à ces nouveaux espaces (sérieusement, la tendance a également été remarquée à l’exposition de Guillaume Herbaut au Carré Baudoin, dont une partie était consacrée à la « zone » de Tchernobyl). Mais l’exposition vaut de prendre beaucoup de temps pour entrer dans le lard d’un premier choc visuel qui tient aussi bien à l’accumulation qu’à l’emprise des détails (1000 images, beaucoup de scènes de shoot,  de stigmates, et des visages déformés jusqu’au spectral).

agata(Capture d’une page de l’ouvrage accompagnant l’exposition)

L’autre détail perturbant, c’est la ténacité avec laquelle certains visiteurs prennent les murs – les images – en photo, comme s’il fallait appliquer un filtre pour pouvoir regarder les clichés exposés. C’est dommage, car le geste résonne comme un déni de la démarche d’Antoine d’Agata, dont l’appareil photo, loin de jouer l’intercession, paraît comme flottant dans « l’unique principe du désir du monde ». Antoine d’Agata est très critique du virtuel – et pour cause, il travaille en corps-à-corps avec l’ice, le sida, les conflits, les bordels et les charniers, dans une démarche qui vient faire écho, par exemple, à l’anthropologie de Philippe Bourgois et ses écrits au contact des crackers de New York. Telle que l’accumulation des murs du Bal l’illustrent: il ne s’agit pas d’un monde vs. un autre monde, ni du jour vs. la nuit, mais d’une quête des points de contact entre des individus et leur environnement. Le trait, la cicatrice, le front, la ride: Antoine d’Agata joue sur toute les lignes, toutes les coupures sémantiques et les marques de l’ultra-violence, immeubles en ruine, lits épuisés, mitraillette, seringue, chaque décor, chaque détail, semblant se poursuivre comme un motif d’une image à l’autre.

Dans cette recherche, pas d’intercession, et pas de rédemption: lorsque D’Agata choisit des images extraites du web, ce sont de photomatons policiers de suspects, à la manière du fichage des hommes infâmes, comme pour mieux souligner l’interrogation : « Qu’est-ce / qui est-ce qui fait face? », et renvoyer le numérique à un strict outil d’expression du pouvoir et du contrôle. Ce questionnement se retrouve dans le choix du photographe d’exposer ou non le visage de ses pairs: parfois photographiés de dos, comme les sans-papiers de Sangatte ou les chômeurs de Saint-Etienne, plus souvent aux traits difficilement identifiables, comme s’il s’agissait bel et bien d’inventer un usage du portrait qui ne puisse pas être retourné comme anthropométrie ou proto-biométrie, qui ne puisse jamais être celui du rappel à la loi. C’est ainsi que les frontières de l’autoportrait de l’artiste en junkie s’estompent: il est le monde et ses démons, le clown et la grimace.

L’exposition Anticorps est présentée au Bal jusqu’au 14 avril 2013.
Une seconde exposition des travaux d’Antoine d’Agata est présentée par la galerie des Filles du Calvaire, du 15 mars au 14 avril 2013.

Antoine d'Agata - Galerie Les Filles du Calvaire

(image reproduite en attente d’autorisation. Copyright Antoine d’Agata / Agence MAGNUM / Galerie des Filles du Calvaire)

***

Flash-back : Le Retour

C’était à l’Odéon tout le mois de décembre et si la Cultenews arrive en retard, loin derrière les louanges de la presse nationale, c’est pour avoir une chance d’accéder à rebours aux Unes du référencement (#astuce). Pourtant la rédaction a pu se déplacer à la Première, pour une fois – et quelle première! Aussi bouleversante que le souvenir du Temps et la Chambre, première pièce réservée au tombé du baccalauréat, en 1991. Botho Strauss déjà (& Chéreau & Moreau & Grinberg), mais ce n’est pas le sujet.

Le Retour, comme énoncé solennellement à l’entracte en une parodie critique: c’est du théâtre. Enfin, « c’était », en attendant les reprises, à espérer qu’elles aient lieu. Un théâtre qui se dispense d’emphase et de circonflexe, mais pas de la patience. Ce qu’il faut entendre par là, c’est que Luc Bondy a su faire preuve d’un théâtre sans les manigances propres à soutenir l’attention de l’homo grapilleur: une mise en scène dénudée, sans appui vidéo, sans paraphrases audio notables, et qui pourtant, plus de deux mois après, laisse le souvenir d’un grand moment. C’est pourtant un théâtre qui ne gueule pas: des voix posées, à peine amplifiées, sans jamais forcer et c’est un théâtre qui ne se regarde pas jouer: un plateau posé comme de travers part à l’abordage du spectateur, des acteurs qui s’effacent derrière leur personnage (moins avec Seigner, seule peut-être à ne pas omettre d’être elle-même, ce qui a été très commenté). Le Retour, c’est un texte (la nouvelle traduction de Philippe Djian) et sa mise en scène (revanche du signifiant pour Luc Bondy) qui s’agencent en un empoisonnement retors.

« Écoute, je vais te dire quelque chose. Je ne respectais pas seulement mon père en tant qu’homme mais en tant que boucher numéro un ! Et pour le prouver, je l’accompagnais à la boucherie. J’ai appris à découper une carcasse sur ses genoux. J’ai célébré son nom dans le sang. J’ai donné la vie à trois solides garçons. Tout ça de ma propre initiative. Et toi, tu as fait quoi? »

Alors, comme dirait un père de famille: « Oui, c’est bien, mais je n’ai pas très bien compris, dis-moi de quoi ça parle? » Peut-être de ces Noël gâchés par le rejet de l’homosexualité d’un fils. Ou encore de ce mariage où il fallut se confronter à la cousine née d’une liaison adultère. Ou de la nuit où un frère fit sa valise pour partir sans adresse. Entre le roman familial et la naissance de la tragédie, à quelques jours de Noël, Le Retour vint comme pour rappeler la famille, c’est dans les gênes.

***

Va Wöflf

Brèves de trottoir

>>> La rentrée de janvier est bel et bien dépassée. Palme, haut la main, à Kurze Stüke de Va Wölfl (photo ci-dessus, au théâtre de la Ville), qui a mis le feu à la patience et aux neurones avec sa non-danse. Il se murmure que les salons les plus huppés se reconnaissent désormais à la balle de tennis qui y traîne négligemment.

>>> La cultenews aime le numérique (ah bon?) et vous invite dès lors à visionner le documentaire consacré aux fondateurs de The Pirate Bay ou encore à tester ce traceroute – #OpPoetry !

>>> Cui Zi’En a été l’invité du Forum des Images au début du mois de février 2013, mais son documentaire « Queer China » était bien décevant en regard de son seul livre traduit, Lèvres Pêche. On lui pardonne pour cette fois-ci.

>>> Lina Saneh et Rabih Mroué seront à Paris du 8 au 10/4 au théâtre de la Cité internationale pour présenter leur pièce 33 Tours et quelques secondes – chroniquée ici par la cultenews lors du dernier festival d’Avignon, chez Médiapart (attention: spoiler).

>>> Il y avait aussi Le Maître et Marguerite repris à la M93, mais hélas, cela vient de se terminer. Consolez-vous, ce n’était, de mémoire, pas immanquable.

>>> Prochaine édition en mars-avril.

***

Le baiser de la fin

« Il y a des choses que ce texte ne pourra pas accomplir, notamment il ne supprimera pas les jeux amoureux ni chez les hétérosexuels ni chez les homosexuels. […] Et il restera toujours toujours beaucoup beaucoup de femmes pour vous regarder Messieurs. […] et ce texte n’y pourra rien, vous serez toujours soit en grâce soit en péril. En définitive ce projet de loi nous a conduit à penser autrui, à consentir à l’altérité. Penser autrui, disait Emmanuel Lévinas, relève de l’irréductible inquiétude pour l’autre. C’est ce que nous avons fait tout au long de ce débat. »

Christiane Taubira, Garde des Sceaux.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Remarque : Le HTML est autorisé. Votre adresse email ne sera jamais publiée.

S'abonner aux commentaires

%d blogueurs aiment cette page :