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10 juillet 2011

L’édition sur le pont – ACTE I.

par writer

Apostille

« En 1774, quelqu’un a dit: l’esprit large et la haute intelligence de certaines femmes du monde servent de lien entre les classes les plus différentes de la société intellectuelle et tendent à abattre les barrières qui jusque là séparaient les différentes sphères mondaines. »

Merci bien Donatien, voilà de quoi nous changer des Je pense donc j’essuie.

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ACTE  I – Arles

Scène 1: le contexte.

Il faut avouer que la tenue d’un blog par 30°, couplée à une multiplication des Chablis, une alimentation déséquilibrée et une organisation hasardeuse, porte quelques conséquences, parmi lesquelles mauvaise humeur constante, envoi de textos grincheux à pas d’heure – et en se trompant de destinataire, et tutti loupés. La Cultenews, fidèle pourtant depuis trois ans à l’adage « la fête, d’abord tu sauveras » a débusqué quelques bonnes expositions pour s’adonner au plaisir d’une sieste les yeux grands ouverts.

Si les Rencontres d’Arles, globalement, ont déçu par nombre de bavardages vains, leur dimension de simple auto-congratulation (dont remise de prix en mode « césar de la photo »), et des expositions souvent superficielles, s’y cachent pourtant de vraies joies d’y venir. Ce sont (malheureusement?) des valeurs déjà très éprouvées qui séduisent au premier coup d’œil comme Chris Marker, avec ses séries de belles passagères, ou Douglas Gordon, super star de l’axe Arles-Avignon par la grâce d’Yvon Lambert. L’exposition qui lui est consacrée au Méjan, en vis-à-vis de Barcelo, est convaincante non seulement par elle-même, mais parce que le traitement du portrait (brûlé par Gordon, javellisé par Barcelo, le second, pour mémoire, étant peintre) semble, dans la manière dont il pose le rapport de la beauté à sa destruction, devoir être interrogé dans une autre dimension aux photo-reportages dédiés aux attaques à l’acide qui défigurent chaque année des milliers de femmes asiatiques, et dont l’un d’entre eux a été projeté un soir des Rencontres (faute de posséder sa référence exacte, voir ici le travail de Paula Bronstein, dont il semble malvenu de prévenir combien il est éprouvant).

Mais reste qu’Arles a parfois posé une sorte d’obscénité des discours au regard des sujets évoqués ; la palme revenant au débat qui a suivi (le lendemain) la projection de La Valise mexicaine. Ce documentaire, réalisé par l’Américaine Trisha Ziff et dédié aux images retrouvées de Capa, David Seymour et Gerda Taro (compagne de Capa, décédée dans les combats de la Guerre d’Espagne), a certes déçu par la confusion induite par son souci d’exhaustivité (qui mêlait témoignages, dont une abuela encore émue de ses bals sur le paquebot en route vers le Mexique, histoire des photographies et du conflit). Mais il ne méritait pas complétement le mitraillage dont il a été l’objet, et surtout pas la polémique lancée par le président des Rencontres affirmant qu’il n’y avait pas eu de camps de concentration dans les Pyrénées-Orientales. De bonne mémoire quasi-familiale, il y en eut, entre autres à Argelès et aussi à Rivesaltes, près de Perpignan.

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Adrian Woods - Confining LandscapesAdrian Woods - Ornanism

Scène 2: la jeune garde.

D-I-S-C-O-V-E-R-I-N-G-A-D-R-I-A-N-W-O-O-D-S

Arles compte pourtant suffisamment de très bonnes expositions pour y flâner avec plaisir en oubliant les grincements (sans compter les galeries qui ont nécessairement échappé, vue la profusion généreuse de son Off). C’est le cas, par exemple, des artistes présentés au Magasin de jouets. L’un d’entre eux, Adrian Woods, a conçu un travail très poétique autour du paysage, de l’enfance et d’un jeu d’échelles qui consiste à créer des paysages (in situ) où s’intègrent des maquettes ou petites voitures qui en déjouent l’immensité. Le jeune photographe, frais diplômé de l’Académie des arts de la Hague, fan de  science-fiction, s’intéresse également à l’environnement et au bio-art (démarche dont la pigiste photo doit avouer ne pas avoir saisi toute la subtilité): avec The Ornamism Project, Adrian Woods confronte citations classiques et dispositifs imaginaires en un questionnement du rapport de l’art à la bioéthique et au matériel vivant, mais sa démonstration, exposée en partie au sous-sol, semble moins aboutie (à ce titre, pour une autre analyse fine du rapport art / biologie / technologie et / genre, lire plutôt l’article consacré hier à Henrik Olesen in Le Beau Vice). Enfin, toujours dans une interrogation de l’humain face à son environnement, avec son dernier projet,  Adrian Woods conçoit des cabanes pour échapper au monde moderne (avouera-t-il, « c’est parfaitement invivable et inconfortable. »). C’est très léché, certes, mais aussi rêveur, comme ces nids suspendus aux sapins dans l’attente de leurs promeneurs solitaires, ou ce zèbre tombé de nulle part qui y retournera en s’évaporant.
L’exposition dure tout l’été, rue Jouvène, ne manquez pas de vous y rafraîchir.

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Ulrich Lebeuf à Arles - Vue de l'exposition c/o MYOP

>>> Scène 3: l’agence.

E-M-B-E-D-D-E-D-W-I-T-H-M-Y-O-P

Hélas limitée à la semaine d’inauguration et donc désormais close, l’exposition collective de l’agence MYOP, installée dans un hôtel particulier, a offert une des plus belles perspectives de ces Rencontres sur le photojournalisme par la variété de tons et sujets qu’elle proposait (treize photographes, et un accrochage aéré qui permettait de bien les apprécier). Au premier étage, Ulrich Lebeuf (photo ci-dessus) exposait une série d’images d’une luxure trompeuse, questionnant le voyeurisme et la preuve: délicates, ses photos semblent dévoiler une intimité iconoclaste, alors qu’elles ont en fait été réalisées sur le tournage de films pornographiques. L’agence qui promeut une photographie subjective et engagée, est également connue pour ses reportages sur des questions sociales (comme le travail sur la communauté Rom d’Alain Keler), ou sa présence lors des Révolutions dites du Printemps arabe (entre couvertes par l’un de ses fondateurs, Guillaume Binet), dont elle a édité un livret. La variété de tons des photographes exposés, l’affirmation de signatures, tout semble finalement aller à l’encontre de la thèse qui se voulait directrice pour cette édition des Rencontres, d’une dissolution de la photographie dans l’acharnement numérique. Ici, c’est bien l’auteur, qui sépare la photo du cliché.

Antonyme de la pudeur - Ulrich Leboeuf - Tous droits réservés MYOP

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A suivre: les débuts du Festival d’Avignon, à la source de l’exergue.
Remerciements à Ulrich Lebeuf et Adrian Woods.

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