Aller au contenu principal

31 mai 2011

Magie fauve. (#shot3)

par writer

Rappel des faits: lundi 30 mai, François Chaignaud et Benjamin Dukhan, danseurs, présentaient une performance dans le cadre du cycle « Quand la transgression flirte avec le luxe » mené par le commissaire Mehdi Brit à l’Hôtel particulier, jolie adresse de l’avenue Junot.

This picture is NOT reusable for commercial means. In case you need it, contact me to get the proper file.

C’est toujours une histoire de chance. Cultenews dernière inscrite, fort tard, à cet événement – qui était gratuit ; mais aussi la chance d’avoir grandi avec le désir pour avant-postes des avant-scènes, dans la frontière de l’interlope, du burlesque, du mime fantasque. Comme ce soir de hasard à l’Hôtel particulier, devant Benjamin Dukhan et François Chaignaud. Une adresse « exclusive », bed n’ breakfast bien caché qui donne envie d’aller y goûter le confort des King Size – c’est dire si l’érotisme, déjà, était dans le cadre (si du moins il est encore autorisé de trouver du charme aux hôtels). L’élitisme version « dandy » s’est déployé dans ses jardins.

C’est toujours une histoire d’amitié, commencée dans les bars ou sur les pistes de danse, dans les années 1990 qui n’avaient pas encore ridé la résille  – héritage assumé et leurs deuils à porter, parfois leurs retrouvailles. Ce soir, sans hasard, La Bourette, poète, muse, Fool of the heel, était en coulisse. D’autrEs, au parterre, enthousiastes, pour une grande majorité artistes (et non des moindres, puisque Jérome Bel a très joliment marqué son enthousiasme par la suite) – public « au courant », qui mène le bal en 220 volts sans avoir à se sentir « hipster » ou à réchauffer le « Queer ».

Adam et l’Elfe

Sur scène, François Chaignaud et Benjamin Dukhan ont surgi sous des bâches de chantier. Invisibles, ils étaient déjà immanquables, bataillant dans les buissons au son des Funérailles de Liszt avec toute l’absurdité de la gravité. Les bâches sont tombées, dévoilant des perruques végétales précieuses et des corps peinturlurés. Un pas-de-deux s’est lancé: Adam et l’Elfe, pas de pomme à croquer, mais le jeu avec un système d’arrosage automatique au sol, qui s’en est d’abord pris au public, puis, pouce à pouce, aux motifs impressionnistes ornant le corps des deux faunes farouches jusqu’à les débarbouiller. Que croyait-on voir? Une ode « aux amours invertis », terme rafraîchi quelque part entre bottes de foin et meurtre dans un jardin anglais, auprès de Charlus et des généalogies du Jardin des Tuileries. Une histoire d’amour, en une reprise du motif éternel des ballets (y est-il jamais question d’autre chose que des déclinaisons des combats de cygnes?). Une tension des désirs crus comme les radis hoquetant sur  les crânes des danseurs… une dérision dans la citation-même de l’avant-garde, entre chanson parodique (inénarrable Burger Girl) et airs de Lakmé, opéra qui la fortune des années Folles jusque sous la plume de Mireille Havet, mélodies de la démesure pour faire renaître l’envie de la décadence sous les soies. Mais alors que d’autres spectacles – même spectre de thèmes ou même ambitions, déçoivent parfois par leurs maladresses (la vogue du burlesque en a valu quelques exemples douloureux), Benjamin Dukhan et François Chaignaud ont su se distinguer par les choix musicaux, par la fraîcheur de leurs « tenues » de camouflage et un art de la citation (voulue ou non, c’est aussi le plaisir), allant convoquer l’histoire des avant-gardes sans chichis inutiles.

Résultat, il y avait de quoi penser, et c’était terriblement réjouissant de soudain pouvoir « en être », aux Premières des Ballets russes, pour le meilleur, et jusque dans la réaction d’une fenêtre voisine de l’hôtel, huant soudain des tubes en mode Rires & Chansons, peu soucieuse de la performance, ou encore, et c’en était presque dommage, à l’empressement de l’hôtel à nettoyer « la scène » après la danse pour qu’aucune trace de peinture ne subsiste. Il y avait de quoi se sentir ému par les mots de Jean Genet, clouant le spectacle de ses obscénités ithyphalliques, l’ouvrant sur la future – déjà si proche – programmation d’Avignon, dont François Chaignaud sera.

Il y avait de quoi se sentir gâté, heureux, comme si c’était l’été, enfin l’heure où les faunes s’arrogent le droit de danser.

>>> François Chaignaud et sa bande présenteront (M)imosa entre le 14 et le 17 juillet, toujours dans le In. Ce spectacle, conçu par quatre chorégraphes et dédié au Voguing, un style de danse qui enflamma les dance floors afrogays new-yorkais, a été créé dans le cadre du festival Anticodes. A noter que François Chaignaud participera aussi à la 25e Heure, programmation noctambule du In pour un battle avec Eleanore  Bauer,  et à Danses libres, inspiré de l’Entre-deux-guerres, du 22 au 26 juillet.

>>> Benjamin Dukhan est au festival Montpellier-Danse avec Shanghaï-Boléro le 28 juin 2011 (également présenté à Aigues-Mortes, sur les remparts, en juillet). A noter dans ce même festival la présence de Franko B. le 27 juin – très peu vu en France, ce performer britannique joue de son corps, au propre, comme d’une toile, jusqu’aux limites du soutenable – c’est une des grandes figures des aficionados de modifications corporelles. Sa venue en France est suffisamment rare pour être signalée (tout comme ses performances, qui sont d’autant plus exceptionnelles qu’il y paie littéralement de sa personne).

>>> Benjamin Dukhan intervient également dans l’installation C19H28O2 (Agnès) – de Dorothée Smith alias Bogdan Rousseau, qui sera présentée dans le cadre de Panorama 13, du 9 juin au 31 juillet 2011, Studio national du Fresnoy. Disclaimer-pas-peu-fier: l’auteure de ce site y a prêté sa plume.

>>> La Revue Diapo organise des rencontres à l’Hôtel Particulier, jusqu’au 28 juillet. Prochains rendez-vous les 6, 20, 27 juin. Le budget Cultenews ne permettra pas (hélas) de rendre compte à hauteur le rendez-vous du 4 juillet, mais…

>>> Le beau et transgressif Condamné à mort, de Jean Genet, dont un extrait concluait la performance, sera chantée par Jeanne Moreau et Etienne Daho le 18 juillet au soir dans la Cour du Palais des papes. Le programme définitif de la 65e édition du Festival – menée par Boris Charmatz est (enfin) disponible (>>> par ici) – big up à l’avance pour Sophie Perez et Xavier Boussiron (du 12 au 17 juillet), et forte curiosité pour le Cesena d’Anne-Teresa de Keersmaeker présenté dans l’aube du 16 au 19 juillet (début du spectacle: 4h30 du matin, soit de quoi vérifier si les pigistes gardent le sens de l’after et de l’élégance en toutes circonstances). Les réservations des spectacles, pour les internautes, ouvrent le 13 juin à 9 heures, mais tout se finira, sans doute et comme d’habitude, par des achats à la sauvette et presque l’aveuglette sous les panneaux du Cloître Saint-Louis…

>>> Les passionnés et les épicuriens curieux se retrouveront, sans aucun doute, avant Avignon, pour la reprise du Parades and Changes d’Anna Halprin, du 15 au 18 juin à la Grande Halle de la Villette. En 2008, à Beaubourg, ce fut un hit.

***

Une bluette pour la route

… »On peut se demander pourquoi les cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour »…

Prochaine édition ordinaire mi-juin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Remarque : Le HTML est autorisé. Votre adresse email ne sera jamais publiée.

S'abonner aux commentaires

%d blogueurs aiment cette page :