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28 mars 2011

Les enfants du son – une édition spéciale rock.

par writer

Le OFF

Conjonction des arts, une édition rock n’ culte avec la première chronique de Starsky – qui reviendra chaque mois ou presque, et une rencontre avec KillMeSarah, pionnier mythique de la blogosphère rock aux chroniques aussi sexy que la voix de Nico naked in her fur. Et comme la vie, parfois, est fête, reportage au Westminster pour découvrir Rock n’Lies, l’Atelier de création radiophonique réalisé par Barbara Carlotti et Jean-Pierre Petit, diffusé le dimanche 27 mars, qui, en sept chapitres, a fait revivre les années Pacadis-Kruger-Dolls.

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– Chronique by Starsky  : Sic Alps, Napa Asylum –

La musique de Sic Alps est bruyante. Bruyante et lo-fi, enregistrée comme un défi au métier d’ingénieur du son. Du genre à sortir des cassettes au XXIe siècle, comme tant de groupes passionnants aujourd’hui. Du genre à faire un split EP avec Magic Markers.  Mais ce côté brut, toujours saturé, n’est pas au service d’une urgence hardcore. Il n’a rien d’agressif. Les chansons sont nonchalantes, lascives ; jouées sur le canapé défoncé (lui aussi) du garage. Laid back, on dit là-bas.  Des chansons, vous êtes sûr ? Oui oui des chansons. Depuis leurs premiers singles et sur les deux LPs précédents, il y a des chansons. Des tonnes de chansons, courtes, variées ; belles comme tout. Et Napa Asylum est une sorte de confirmation éblouissante de cela. Vingt-deux titres qui tiennent tout seuls. Simples, mélodiques, dansants. Et bruyants. Même si la production s’est un peu étoffée et si les micros sont sans doute un peu meilleurs. Les guitares ont une attaque franche, comme la batterie. Les fenêtres sont grand ouvertes. La reverb et le feedback sont naturels, jamais forcés. ils délimitent un espace propre au disque qu’on écoute comme si l’on passait à l’improviste chez un ami en fin d’après-midi, piquant une bière dans le frigo avant de descendre retrouver le groupe au sous-sol.

À l’écoute du plus fort (The first white man to touch California soil), comme du plus calme (le magnifique Country medicine), je ne peux m’empêcher de penser à ce que chantait Lou Barlow dans l’hymne Just gimme Indie Rock : « It’s a new generation of electric white boy blues ». C’est aussi simple que cela. Des petits-fils, donc, qui font du blues comme ils peuvent, continuant de faire muter l’espèce.

N’écoutez pas ceux qui n’ont pas les oreilles disponibles à ces sons, et qui imputent la faute de leurs maux de tête à la musique qu’ils disent expérimentale, difficile, inécoutable, bordélique, incompréhensibles. Il suffit de voir comment les enfants, ici, en sont tombés dingues. Fermez les yeux, reprenez une bière et venez plutôt danser avec eux.

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Interlude gratuit

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Dylan in Liverpool 1966 – (Photo Barry Feinstein)

– L’entretien – Kill Me Sarah

Kill Me Sarah est considéré comme le pionnier de la blogosphère Rock, et fascine par ses textes qui mêlent considérations presque intimes, iconographie léchée d’égéries et guitares, et, surtout, des billets quasi quotidiens où se perdre dans un univers musical foisonnant, rock, surtout, mais aussi classique, parfois jazz, hors du temps et au fil de l’humeur. Mystérieux, il n’a pas moins accepté de répondre, par email, à quelques idées forcément toutes faites devant son assemblage virtuose.

>Vous avez commencé le blog KMS en avril 2003, il en est à sa troisième version, et comme vous avez choisi d’en laisser les archives, si on les lit, on comprend, ou on croit comprendre, qu’il y eut un autre blog, avant, et une autre vie, d’autres prénoms et liens… On veut vous interviewer pour votre passion de la musique… et c’est comme si on avait envie d’immédiatement réécouter Ballad of a Thin Man. Est-ce que vous nous parleriez de votre obsession pour Bob Dylan?

Le premier blog, c’était en avril 2002. Quelques jours avant le 22 avril mais c’est une coïncidence. Les archives ne sont plus accessibles. Les initiales ne font pas référence à une personne en particulier. Et surtout pas à une Sarah. Ce sont juste quelques lignes d’une chanson de Radiohead (Lucky) qui dit Kill me Sarah, kill me again with love. Il semblerait que Sarah soit un des prénoms préférés de Thom Yorke. La phrase était belle. J’avais déjà ce pseudo Kill me Sarah (qui est maintenant devenu KMS tout court) avant le blog. Mais je crois que ce n’est pas Ballad of a thin man qui me viendrait à l’esprit pour les années 2003/2005. Plutôt Lovesick, voire Dirge les jours d’amertume. Mais ces temps là sont loin. Times they are A-changin’ comme le dit justement Dylan.
…Je ne suis pas certain de pouvoir expliquer cette obsession Dylanienne. Pas certain de vouloir non plus. J’aime que les choses soient parfois un peu floues, ça les rend plus mystérieuses et intéressantes. Mais disons que Dylan me parle. J’ai commencé à l’écouter très tôt, vers 76, j’avais 15 ans.L’obsession, s’il doit y en avoir une, est beaucoup plus tardive. Elle doit correspondre à l’aube de la quarantaine. A ce moment les chansons de Dylan se sont ouvertes d’une manière différente pour moi. Je ne l’avais plus écouté durant des années, subitement j’en ai eu envie et une dimension supplémentaire est apparue dans ces chansons. Comme les pièces d’un puzzle s’emboîtant parfaitement. La fascination pour le personnage et son oeuvre date de cette époque là. Elle peut aussi tenir en quelques chansons. Tangled up in blue, Ballad of a thin man, Visions of Johanna, Love minus zero/no limit et Lovesick.

> Vous avez commencé à classer les chansons en 2004, avec The End – la version de Nico. Vous expliquez qu’il « faut arrêter de tourner en rond ». On en est à la 788 si je ne me trompe pas.  est-ce que vous pensez que le rock aiderait plutôt à prendre le large on The Wild Side ; ou à aller de l’avant sur Hitchhicker?

Ce n’était pas fait dans une optique de classement. Plutôt pour essayer de marquer l’avancement. En fait il y en a beaucoup plus que ça. Le blog précédent s’est arrêté à 416 chansons. Arrêter de tourner en rond oui. Le fait de mettre une chanson permettait, du moins je le pensais ou l’espérais, de tirer les écrits vers un ailleurs différent. Peu importe. Tout ça est loin. Le principe de la chanson est restée. Le blog actuel est reparti à zéro en 2006. Beaucoup de choses repartaient à zéro à ce moment là. Si l’on additionne on dépasse les 1000 chansons. Je vais bientôt débuter la 10ème saison « bloguienne ».

…Entre la Wild side de Lou Reed et le Hitchhicker de Neil Young que l’on trouve sur son dernier album, on touche à deux autres de mes obsessions: le Velvet Underground est et reste le plus grand groupe de l’univers et au-delà et quant à Neil Young, j’ai l’habitude de dire que j’ai grandi avec lui à l’adolescence.  La chanson de Neil Young est aussi une sorte de voyage vers le coté sauvage. Totalement différent de celui de Lou Reed. Neil Young est à la lumière, en plein jour. Lou Reed officie la nuit, dans l’ombre.

…Le rock participait au fantasme du côté sauvage, du côté obscur de la vie tout en allant de l’avant. J’emploie le passé parce que je pense qu’à de rares exceptions cet aspect est révolu. Le rock n’est plus un élément actif (ou passif) de la contre-culture. Au fil des années il s’est banalisé et a perdu l’aspect sulfureux qui faisait peur à nos [i.e mes] parents. Ce n’est plus que du divertissement (That’s entertainment comme disait Paul Weller avec The Jam il y a trente ans).

…Pour en revenir à la question, le rock permet d’aller dans toutes les directions, et ce qui est très important, c’est le carrefour, le crossroad, celui où la légende raconte que Robert Johnson à rencontré le diable, celui qui permet de changer de direction. Si la musique a une utilité dans la vie, c’est celle-là, permettre de changer de direction. Qu’elle quelle soit.

> Je me trompe ou vous ne parlez jamais de drogues dans vos textes?

Peut-être parce que j’en ai toujours fait un usage modéré. On trouve de ci de là quelques allusions ou souvenirs enfumés mais ce n’est pas un sujet sur lequel j’écris, malgré l’influence essentielle des drogues dans/sur la musique.  J’avais néanmoins, dans une note sur Bill Evans proposé d’écouter deux versions d’un même morceau, où l’on décelait l’influence totalement différente, à des années d’intervalle, des différentes drogues dont Evans se gavait au moment de l’enregistrement. C’est plus cet aspect là qui m’intéresse: l’influence des différents types de drogue sur la musique produite. Le coté Taking drugs to make music to take drugs de Spacemen 3. Même si je l’ai assez peu abordé. Ça me laisse des pistes pour les dix prochaines années.

> Vous avez un autre site, blog photo dédié aux belles filles, si possible une cigarette à la main et prêtes à allumer le photographe « ni tout-à-fait la même ni tout-à-fait une autre ». Les femmes, dans la culture rock, sont-elles d’abord des fans?

Non. Définitivement non. Au départ, elles sont les inspiratrices. Dans 80% des chansons, si ce n’est plus, il y a une fille derrière (ou devant). Une fille qui part, qui est partie, qui va revenir, qui revient, qui ne reviendra pas,une fille oubliée, une fille dont on se souvient, une fille qu’on veut séduire, une fille qu’on veut baiser. Une des motivations premières pour monter un groupe de rock, c’était épater les filles (et plus si affinités).

…Le tumblr où je mets des photos glanées sur le net s’appelle Des seins des fesses des clopes et des guitares, il ne manque que la drogue pour que cela soit une définition de la musique rock. Du moins une certaine définition.
Quand elles commencent à réussir à s’imposer dans le milieu musical masculin, les filles avec des guitares ou des micros, elles ne rigolent pas. Elles envoient. Peut-être justement parce qu’elles n’avaient qu’une place ingrate dans les chansons, le besoin de filer des coups de pompes dans les amplis pour s’imposer s’est fait sentir. Jusqu’à Patti Smith et l’éclosion du mouvement punk, elles n’étaient que des exceptions ou alors chanteuses folk (je force le propos certes mais pas tant que ça). Ensuite elles sont plus présentes sur la scène musicale, ou en tout cas, leur position est radicalement différente.

…Pour en revenir à Dylan (on en revient toujours à Dylan), dans le documentaire de Scorsese, on y voit Odetta dans un court extrait: on voit bien qu’elle ne plaisante pas, mais alors pas du tout. Quand on écoute Nina Simone, on se rend bien compte aussi qu’elle n’est pas là pour amuser la galerie. Ce n’était pas (encore) du rock mais ça allait le devenir. Ce ne sont que deux exemples. Ce n’était encore des exceptions. Patti Smith a décomplexé les filles. You’re a big girl now. Mais ce n’est peut être qu’une vision de mec. De toute manière je déteste les fans.

***

– Reportage: Kruger au Westminster –

Samedi, 18h30. Rendez-vous chic et confidentiel dans un salon du Westminster, grand hôtel, rue de la Paix. Des critiques, plutôt jeunes, prenant la pose en verres fumés et/ou panama, sont réunis pour une écoute de Rock n’Lies, un Atelier de création radiophonique de Barbara Carlotti et Jean-Pierre Petit. Barbara Carlotti, en février dernier, avait donné deux concerts à la Cité de la Musique, Nébuleuse Dandy. Avec Rock n’ Lies, Barbara Carlotti et Jean-Pierre Petit ont donné la parole à quelques grandes figures de la caste, autour de la vie imaginaire du rock ‘angry inch’ critic Clara Twice. C’est une balade et des ballades – quatre chansons originales des deux auteurs, sept chapitres qui s’écoutent comme le refrain d’années envolées dans la poudre, les suicides, les fêtes. Parodie de méta-analyse New Wave, modes, et surtout les voix, présent et passé, archives, entretiens et chansons qui se mêlent. Il y a celle de Barbara Carlotti, qui semble aller chercher Nico, et celles de Jean-Jacques Schuhl, Henri Flesh, Mishka Assayas, Daniel Darc, Christophe… jusqu’au récit circonstancié du concert des New York Dolls, à Paris, en 1974, par Serge Kruger, se remémorant jusqu’aux cendriers rangés par une bande de néerlandais ‘proto-punks’ ayant un jour débarqué chez lui, « où la fête a duré cinq ans ». Ce qui est beau dans cette fiction, c’est qu’elle s’ancre dans l’histoire du rock, ses figures fantasques, ses dérives et détours, en faisant le choix de l’humour: elle reste ainsi un reportage vivant, mieux qu’un hommage, à une musique qui est toujours en train de se faire. « Dixit Saint Augustin, la mémoire est un palais », rappelle Jean-Pierre Petit: plus tard dans la soirée, il racontera, en Off, la maison de poupée de Christophe, les juke-box, et un canapé sur lequel repose une guitare, une robe flamenco et une paire de bas de soie. Tout est dit, et puisqu’on n’embrasse pas ses souvenirsil faut entendre encore.

***

– Une petite note de fin –

Si vous ne l’avez pas encore, procurez-vous le très beau livre Traverser le feu (une co-édition Le Seuil-FIP chroniqué ici), qui reprend l’intégrale des chansons de Lou Reed, en version bilingue, dans un graphisme époustouflant.

« When you pass through fire licking at your lips
you cannot remain the same
And if the building’ burning
move towards that door
but don’t put the flames out
There’s a bit of magic in everything
and then some loss to even things out. »

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