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12 juillet 2010

Avignon – Jour Deux!

par writer

Le Off

La Renvoyée spéciale a alterné terrasses et modes de stimulation alcoolisés variés, puis, pour compenser, s’est offert une série d’abdos-fessiers avec Angélina au Cloître des Carmes.  L’ambiance est bonne: Arte et son équipe Avignon fournit toujours le Web à l’Ecole des Beaux-Arts pour les accrocs du Wi-Fi égarés sans 3G, les cafés calmés par la crise n’ont pas tous doublé leurs tarifs. Il y a sans doute moins de monde qu’à la même époque l’an dernier: la Place de l’Horloge, haut-lieu des jongleries et cacophonies, se traverse (presque) sereinement en moins de 224 flyers. Tout n’est pas à jeter, loin de là, du côté des tirés-à-part: les Inrocks se distinguent, entre autres par leur couverture, portrait d’une des transexuelles héroïnes du Gardenia d’Alain Platel – un bon choix, suivant toutes belles rumeurs à l’ombre des parasols: la pièce est réussie – et complète, aussi, too bad for la CultEnews.

Le In

Le soufre de la rumeur courait sur les souffrances endurées comme infligées à son public par l’Espagnole Angélica Liddell et sa compagnie Atra Bilis pour une présentation de la Casa de la Fuerza au Cloître des Carmes (la première a eu lieu au Festival d’Automne de Madrid en novembre 2009). Angélica Liddell est peu connue en France, sa compagnie, pourtant, existe depuis 1993. Scarifications et autres performances physiques promettaient de mettre les nerfs de l’audience à l’épreuve. Avignon, côté théâtre de l’exploit, était servi avec cinq heures de spectacle. A la faveur de deux comparses efficaces, voilà la correspondante au premier rang face, ou plutôt second: le premier est laissé vide en cas de débordement de l’action. Gaffe: cette chronique est un parfait spoiler.

Tequilera del Chihuahua

La Casa de la Fuerza s’ouvre en fanfare – littéralement, puisque très vite les Mariachis débarquent, mettant l’ambiance al Sur et au mezcal. C’est speed, et déjà mélancolique, nous sommes dans le Chihuahua, les filles boivent de la tequila pour oublier leurs peines de coeur. Le Chihuahua, c’est aussi Ciudad Juarez: depuis le début des années 1990, la ville est le sinistre théâtre de crimes en série visant les très jeunes femmes, écolières ou ouvrières dans les maquiladoras (un « hasard de l’actualité » y décompte d’une dépêche 14 morts dont deux femmes dévêtues pour le 10 juillet 2010). Pourtant, c’est d’abord de violence conjugale dont va parler Liddell. Les trois femmes sur scène vont décliner la « figure imposée » (mais par qui?) de la dépendance amoureuse comme soumission à la violence de l’autre, dénigrement de son existence, et retour sous la « raclée », mot phare du premier acte. Les chansons d’amour niaises et machos tissent alors un fil convaincant qui ne verse ni dans l’apitoiement ni dans le ressentiment.

Fuerzas y sangre en Venezia

Ce fil, cette lame, va se dévider dans la seconde partie, qui fait entrer le spectateur dans la « casa de la fuerza » et le dépassement physique au son d’un violoncelle entonnant le « Cum Dederit » de Vivaldi (autrement surnommé sur scène: « Bordel de merde je suis au bord des larmes » – l’autre motif musical  récurrent étant fourni par Glenn Gould). La maison de la force est un club de sport, où reprendre possession du corps frappé en soulevant de la fonte, en montrant sa chatte sur les live cams à des hommes « qui s’étonnent que ce soit gratuit », où voyager seule à Venise pour découvrir que le mot tiramisu veut dire « lève-moi ». Pour se lever, Angélica Liddell entre en corps-à-corps avec la lame: sur ses genoux, ses bras, traces laissées sur draps blancs de vierge, et jusqu’à des prises de sang qui font passer la violence privée vers la violence publique et organisée des massacres perpétrés au Mexique lorsque les éprouvettes se renversent d’un coup de flingue dans le cœur des performeuses. Les femmes, soudain, travaillent à la mine, et déplacent les divans. Serait-ce interprétation acerbe très réussie de la formule « vas donc voir un psy » à laquelle les victimes sont confrontées?

Ça ira, Juan-Carlos.

Cette démonstration rate pourtant son articulation: la troisième partie s’enfonce dans les références baroques, avec overdose de croix peintes en rose, lavage des pieds de Madeleine, sans questionnement d’un fondement-même de la soumission des femmes, par exemple, dans le Pater Nostrum. La problématique s’égare en clichés de force des uns contre fragilité des unes, expression d’une colère insipide qui chercherait à faire naître des hommes « faibles » par l’inceste d’une mère et de ses fils (NdC: on attend de voir une pièce de plus de deux heures trente qui ne prononce ni le mot Dieu ni le mot Inceste). Résultat, c’est le public qui porte sa croix. Fatigue aidant (dont deux et quelques verres de résiné), la critique After-Hours a songé d’un sein presque fulminant qu’elle préférait les monologues qui visaient juste aux gueulantes gratuites. L’apparition de Juan-Carlos, « homme le plus fort d’Espagne », a alors signé un ultime basculement dans un burlesque dont rien ne serait plus épargné. Les applaudissements nourris, couverts par une immonde disco pop, ne laisseront même plus place au droit des spectateurs à exprimer ce qu’il y avait de réussi, pourtant, entre tant d’écueils: une scénographie et des éclairages bien menés, une belle présence des corps à chaque chorégraphie d’haltères, et une compagnie visiblement heureuse – sans nous, donc, en toute complaisance narcissique. A ce titre, voir la critique parue dans le Monde de Brigitte Salino, qui a mené une toute autre lecture, cohérente et indulgente, de la performance d’une « sacrée fille » comme mise en scène de l’individualisme et de l’isolement. Un « fatras narcissique » à prendre, ou à méchamment regretter.

Ultime déception: à trois heures du matin déjà, plus un seul café d’ouvert pour la dernière bière – mais c’est quoi, cette ville?

***

Le Ouf

« Tout a une fin, sauf la saucisse qui en a deux. »

Proverbe allemand, cité par Christoph Marthaler.

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