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13 juin 2010

L’édition sous le manteau!

par writer

Le Off

Il était temps de l’ouvrir ce manteau, il y eut des plaintes contre le printemps tardif, les connexions aveugles, et jeux de mots sans passe, et puis… tant de retard alors que nous avions peu à dire, hydres ivres épuisées par un temps soudain devenu forfait jour.
Pendant ce temps, hélas en Hellas, et soudain aussi en Belgique…

Τὰ ζῷα λυπεί γὰρ αὐτὸν ἡ χώρα πορθουμένη.
(les animaux pleurent le pillage de leur pays)

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Scènes & Sauves

« Probably not, God answered. Please Chiquita, don’t cry. You still have hope, dream, and delights of mind left. » (B-M.K, carte postale à Madeleine)

La Ronde au carré - D. Dimitriadis - Odéon 2010 - Photo: E.R.

Il fallait bonne humeur et espoir pour faire face au dernier des Dimitris Dimitriadis présenté pour sa rétrospective à l’Odéon, La Ronde du carré, en première mondiale s’il-vous-plaît. Conte cruel, une farandole de trois couples défaits plus vite que les draps a entonné l’éternel refrain macabre et désenchanté des cœurs échoués. Le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti, « of Howard Baker émois » d’un Cas Blanche-Neige mémorable, a donné le rythme de la consomption des ruptures dans une scénographie éblouissante comme une bague de fiançailles, trop éblouissante peut-être par rapport à l’intrigue. La pigiste ès-catharsis a moins aimé la pièce, son texte, que la tentative de tour de force d’une mise en abyme qui n’a pourtant pas suffi à lui donner le tournis, mais aimé lire la critique de Fabienne Darge, dans Le Monde du 15 mai.

Dans la série « A nous l’entracte » ah-mais-non-fcuk-la-déclaration-le-tiers-provisionnel, s’il reste quelques centimes, Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès est à découvrir jusqu’au 25 juin 2010 au théâtre de la Colline, dans une mise en scène de Michael Thalheimer. La critique de Jean-Pierre Thibaudat (aperçu souvent, ici et là et ailleurs, mais pas toujours après l’entracte) en donne bien envie.

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Faire-Part


Les Araignées, ses filles,

ont eu la tristesse d’apprendre le décès de Madame Louise Bourgeois.

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Le Titien - Vénus à sa toilette - 1555

Littérature sans la rature

Deux lectrices déjà bien déniaisées attendaient de se laisser surprendre par Sévère, de Régis Jauffret, et sont ressorties très déçues: la maison huit fois close tient d’un bordel à la frontière des Flandres, et c’est Cécile qu’on assassine. Phryné, arrivée trop tard au tribunal pour conseiller à sa fausse-suivante de dégrafer son corsage, avait regretté qu’il n’y ait eu personne pour répondre, non pas au prix de la pute, mais à la valeur de la passe. Car après tout, si Cécile était non le bras mais la main droite d’un banquier, elle en méritait tout autant salaire que les membres du conseil d’administration où elle n’était pas invitée à siéger.

autrement mieux dit par un e-mail de Judy-Rose envoyé à Emma… « J’ai fini de lire Sévère au bord de l’eau, peut-être pour rendre hommage à la fontaine ithyphallique qui domine Genève et son lac. J’avais été saisie par les 37 premières pages: une sorte de gel intérieur à découvrir sous la plume d’un écrivain un univers fantasmatique qui m’avait intriguée au point d’en découper les brèves évoquant les détails d’une histoire qui aurait dû n’être vouée qu’au silence des placards familiaux. Pourtant, très vite, ce livre m’a fatigué.

Sévère, joli titre, passe à côté de son sujet. Ça n’en fait pas en soi un mauvais livre, mais c’est un livre TGV, qui n’énonce rien, d’une histoire qui mériterait plus de profondeur, notamment puisqu’elle est romancée, et même si elle était commencée comme ça. Je crois que la vraie question est ratée parce que le livre est écrit par un homme, ou peut-être juste par cet homme-là, qui ne se demande pas en quoi la réplique culte « Un million, ça fait cher pour une putain », n’est pas dans son prix, ni dans quelle mesure Cécile aurait manipulé pour l’obtenir, mais au nom de quoi et qui elle le demandait. De bout en bout, le livre trébuche sur ses enjeux, dont l’évocation des liens entre Capitalisme et prostitution. Il ne tombe pas pour autant dans le roman de gare, ne se prend pas les pieds dans la morale, mais n’évite peut-être pas tous les clichés, dont celui de la femme dévouée à son mari, son amant, jusqu’au meurtre. Que l’héroïne soit dessinée comme stupide, ce qui est certes fidèle au portrait qu’on offrit d’elle au procès, renforce le sentiment d’un monologue vain. Personnellement, la littérature du vide, ça ne me branche pas. »

Loin de ce vide-là, mais plus près d’un autre gouffre, les Subprimes, Mathieu Larnaudie mène une dissection du moral d’acier santé de fer des Effondrés acteurs de la crise américaine de 2008 (chez Actes-Sud), dont chaque chapitre mériterait une étude de ponctuation par Jacques Drillon. « La confiance est un tube de rouge à lèvres » (et la faillite est une semelle Louboutin?), autres moyens, rythmes et mots qui dévient l’impact des courbes de la Bourse sur le coût  des assurances-suicides à Wall Street et saisit sans commentaire l’indifférence de quelques figures qui dévastèrent les banlieues par hypothèque. Une lecture en cours d’un livre qui a reçu un très bon accueil presse de l’Humanité au Monde.

Dans un autre spectre des rapports entre réel et littérature, la biographie de Gilles Sebhan, « Tony Duvert, l’enfant silencieux » (chez Denoël), dessine un traitement à l’opposé du délaiement d’un fait-divers. C’est très loin de « vie et mort d’un pédophile », tel que pourtant titré sur le site web d’un hebdomadaire. Sebhan n’enquête pas sur la réalité des accusations imputées. Il écrit, voix neutre loin du quand-dira-t-on, sur ce qui a ouvert le mutisme, l’emmurement volontaire, la famine puis la mort chez l’écrivain célébré, Prix Médicis 1973. Récit, plus qu’essai, d’une enquête respectueuse, le livre effleure la naissance du silence et le choix de sa propre condamnation par un homme peut-être donc pas si indigne, en prenant garde à ne pas s’ériger tribunal. Ça repose: la littérature du silence, c’est meilleur que la littérature du vide.

« Durant vingt ans un homme s’est suicidé, sans même que ceux qui l’aimaient y puissent rien.
Après ça, on peut encore détester cet homme. Ce n’est plus notre affaire. »

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Chut… Regarde: un ange passe!

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Le quizz de juin des filles de joie

« Eh quoi, vous imaginez-vous que je prendrais à écrire tant de peine et tant de plaisir, croyez-vous que je m’y serais obstiné, tête baissée, si je ne préparais – d’une main un peu fébrile – le labyrinthe où m’aventurer… »

(la première personne à reconnaître l’auteur de cette citation recevra un baiser « Rose Velours » sur Velin 160g.)

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Les vacances des contremarques

Haut les cœurs! Deux rédactrices CultEnews se retrouveront vite vite, en séminaire annuel pour le mythe et maillot de bain pour l’intox: à Avignon, bien sûr. La Renvoyée spéciale a déjà préparé sa valise, mais n’a bien sûr toujours pas réservé ses billets. Car les réservations, c’est à partir de demain 9 heures, . Vite, vite: priorité à Olivier Cadiot, Gisèle Vienne et Christoph Marthaler. De Marthaler, la CultEnews garde le souvenir bouleversé du Wozzeck d’Alban Berg, présenté à l’Opéra-Bastille, d’autres n’ont rien oublié de Schutz vor der Zukunft (Se protéger de l’avenir), en 2005 à Vienne, joué dans une section de l’hôpital Otto-Wagner: cette dernière création, qui évoque le passé sordide de l’hôpital, où se menèrent pendant la Seconde Guerre mondiale des euthanasies sur les malades mentaux, sera également reprise à Avignon.

Oh Oh, mais cette année les ponts s’annoncent plus confortables que 2009… Gloria Tibi CultEnews, et peut-être, surtout, l’envie de se faire plaisir entre copines un soir d’été avant qu’une Joly devienne tranquillement… jeune Maman. (Ah bon? il n’y a pas que les amants et le grec dans la vie?! If Only, Baby.)

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Brèves de trottoirs

Tous les programmes de la rentrée sont bien arrivés joliment enveloppés de papier de soie dans la boîte aux lettres CultEnews. Pour l’instant, ils ont rejoint la boîte « Déjà? ». Et oui, déjà, mais un peu tôt, aussi, pour y penser alors qu’il n’y a pas eu d’été.

Et les beaux jours sans voyager, ce sera d’abord Paris Quartiers d’Eté, sa scène au cœur du Palais-Royal, ses Petit Chablis en terrasse du Nemours. Nul doute que le public se pressera joyeux pour chanter « C’est la grande mode à Paris », et pourquoi pas reprendre en chœur avec la Môme Crevette les Nuits d’une demoiselle. La Dame de Chez Maxim’s mise en scène par Jean-François Sivadier, qui avait fait l’an dernier un tabac absolu à l’Odéon est reprise du 15 au 31 juillet au Monfort (75 015). Le 14 juillet, la répétition générale sera ouverte à tous et gratuite, il n’est pas précisé si c’est sous condition de chanter la Marseillaise.

Cette année offrira également des retrouvailles avec un chorégraphe que nous n’avons jamais rencontré: Dominique Bagouet, dont le Grand Théâtre de Genève reprend Schnell et Jours étranges. Jours étranges, oui, que les années 1980-1990, où les talents s’envolaient avant même d’avoir eu le temps de se faire connaître. Bagouet, décédé en 1992, fut l’une des grandes figures de cette prise de conscience où le sida nous a brutalement regardées d’un peu plus près que ses capotes.

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Au coin de la rue d'un bout du monde. Photo: E.R.

Le Baiser de la fin

« Comme nous sommes sages ! Comme nous travaillons ! C’est bien. C’est le genre de douceur que la dureté de l’époque nous laisse. »

(Un cartographe du sismographe)

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Sur le phonographe: Jacques Brel et Wait What.

Spéciale dédicace: Céline de Wall et Aline W. Princesses de l’ULB ; remerciements aux soutiens du projet « Ah. » et à tous ceux qui contribuent, chaque jour et à chaque touche, à enchanter les arts.

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