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11 octobre 2009

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Un Printemps Indien à Toulouse

par writer

CultEnews’ Special of the day!

La Correspondante, « artiste jusque dans ses déplacements », un compliment dont elle remercie encore l’auteur, a décidé cette fois-ci de se lever à l’aube un samedi, direction Toulouse et son Printemps, et espère que le regard d’un 14 février 2009 qui l’inspira à oser ainsi voyager vers les arts se souvient. Il y en eut d’autres, il y en a, et il y en aura d’autres, et bien sûr le plus marquant est toujours le manquant, etc… Et le conte continue.

Emma rentrera, peut-être, dans la nuit de dimanche à lundi, si d’aventure elle n’improvise pas une escale buissonière, et pourquoi pas à Bordeaux et son Evento, et aussi l’ami J-M.A. Car la CultEnews, ce n’est pas du journalisme, et ce n’est pas davantage un blog. C’est un projet peut-être artistique de chronique amoureuse des années 2010 et plus si affinités, écrit par une identité virtuelle, qui fut, ailleurs, une carte de presse sous un autre pseudonyme, avant que la vie ne lui rappelle fermement qu’il fallait rester tendre.

La météo toulousaine fit mentir le printemps, mais pas l’Inde, puisque le samedi se célébra  sous la mousson… Sous l’averse, nous chantons, et les fleurs renaissent, alors…

Rencontre au musée

L'art sans le lard - Musée des Abattoirs. Photo: E.R.

L'art sans le lard - Musée des Abattoirs. Photo: E.R.


Un reportage pour l’art, ce n’est pas plus facile qu’un reportage tout court. Il fallut trouver un hôtel, par chance il est formidable et bien situé, puis filer sur le champ au Musée des Augustins, où sans aucunement avoir réservé mais grand sourire à la portière, votre aimable Emma entra sans encombre. Elle venait pour une rencontre encore plus qu’une conférence, mais là, il s’agissait presque de retrouvailles. Madame Catherine Robbe-Grillet, plus toute jeune et d’autant plus belle, indigne altesse, entourée du commissaire associé Jean-Max Colard (a-t-il écrit sa fiche Wiki lui-même;-? On en connaît d’autres!) et des artistes Prinz Gholam et Ulla Van Brandenburg, discutait de la performance qu’elle allait présenter le soir-même pour La nuit des tableaux vivants, une des soirées phare de la neuvième édition du Printemps de septembre. Emma l’éternelle partiale et partielle ne niera pas qu’elle aime Jeanne, à la limite du baise-main. Emma aima écouter Jeanne, comme en 2004 à Beaubourg, mentir ses mises en scène et faire pétiller les sur-entendus, fermement chuchotés pour plier son audience. Culte, tout ça, encore plus que CultEnews.

Mais Catherine, et même Jeanne, stars toujours et sous tous les noms, ne furent pas pour autant les seules intervenantes de la rencontre. Et la pigiste Art Contemp’ mid-Nineties, adora aussi entendre le commissaire éclairer les conditions de reconstitution d’un détail du Vivarium d’Edouard Levé. Car comment rend-on hommage à un artiste, écrivain, décédé jeune de surcroît, sans le trahir? Il y a bien sûr la question des ayant-droits, mais peut-être bien davantage celle d’une lecture de notes, manuscrits, poussières qui font oeuvre… sans même songer aux kilo octets impalpables qui feront les oeuvre de demain. Emma se souvient des discussions qui suivirent le décès de Philippe Thomas – et se demande si aujourd’hui, quelqu’un, quelqu’une pourrait représenter sa conférence à Beaubourg (Oups, là, Emma était trop jeune, et doit vérifier dans la semaine s’il s’agit bien de la « Présentation d’un manuscrit trouvé », 1981 dans ce cas, Mea Maxima CulTenews pour le suspense). Serait-ce, alors, une nouvelle production, et ironie, sur la réécriture de l’histoire de l’art ?

Nuit aux Augustins

 

Photo: Emma Reel

Photo: E. R.

 

C’était prévisible: un musée ouvert de nuit fait le plein, et là, le plein fut exactement de 3700 visiteurs, source sure et félicitée. Les Augustins, pourtant, ne semblaient pas déborder, mais il était impossible d’assister à tous les tableaux mis en lumière. La Reel consciente des contraintes du réel n’en fut pas malheureuse pour autant, car le musée est magnifique de son cloître aux petites maquettes-statuettes de Corot présentées l’air de rien, dans le genre « Delacroix meets l’art roman » et projet d’action éducatif . La reporter jamais en retard médita entre autres devant la vidéo de Lorena Zilleruelo présentée dans la Cathédrale (Elégie et Elan, 2009), puis se laissa happer par la mise en son de Sylvie Fleury dans le département d’épigraphie médiévale, et enfin surprendre par le torero mort de Pierre Joseph, c’est fait pour, c’était drôle.

Certes, la performance de Catherine Robbe-Grillet entourée de quatre actrices était délicate à apprécier passé le second rang d’une salle à la jauge pourtant limitée à 30 personnes. Les visiteurs attentifs purent tout de même, éventuellement, découvrir que le sucre ne servait pas qu’à aromatiser un café, à moins qu’ils n’y attachent les guillements d’une métaphore à la cardamone. La correspondante est restée cependant assez sceptique quant à la présence d’une burqa dans une performance par ailleurs amusante, pas tant qu’elle soit choquée, plutôt que c’est un peu attendu pour « choquer »… mais c’est vrai que longtemps elle n’eut pas froid aux yeux. Elle n’a pas été persuadée que toute expérience est transmissible à un public bruyant, pas préparé et peu aimable finalement (spéciale dédicace au voisin qui fit disjoncter l’Aïe-Phone, tomber son trousseau de clefs et Tutti Quanti). Comme disait la Maîtresse: « C’est public, donc c’est convenable. »… et peut-être convenu, hélas, quand le silence n’est pas suffisant.  Thèse CultEnews à venir: « De la difficulté d’un partage de pratiques qui ne se jouent qu’en privé ».


 

Edouard Levé - Reconstitution - Octobre 2009 - Vivarium, détail. Photo: E.R.

Edouard Levé/ReconstitutionOctobre 2009 - Vivarium, détail. Photo: E.R.

Magnifique expérience en revanche que de longs instants passés à contempler le dîner bourgeois reconstitué à partir du travail d’Edouard Levé dans une vitrine du musée qui donne sur la rue de Metz. Il fallait venir et y revenir, observer comment conventions, ivresses, emportements, abandons, colères, alternaient, dérivaient, et comment les passants y réagissaient, de la curiosité à la jalousie. Rapport à l’argent, au pouvoir, à leur représentation, à l’acceptation du voyeurisme… les commentaires fusaient, touchants, parfois, agressifs aussi. Et dans « l’horreur », la quête de « stars », qui « ne se gênaient pas » à boire du champagne, affleurait en creux toute la subversion de la mise en vitrine… si belle réponse à la place du Capitole prise en otage sous la mitraille de la Journée de la sécurité intérieure  tout au long du samedi, dans une ville que la Renvoyée spéciale a perçue comme hostile à l’excentricité. Un très joli travail de mémoire qui n’a pas sombré dans la commémoration, et fait écho au French Courvoisier de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer. La CultEnews n’a pas connu Edouard, et le regrette, là, franchement.

Un dimanche aux Abattoirs

 

Dan Flavin - Untitled (To Harold Joachim) - 1977. Photo: E.R.

Dan Flavin - Untitled (To Harold Joachim) - 1977. Photo: E.R.

C’est sans doute très conventionnel d’adorer le travail de Christian Bernard, directeur du MAMCO, commissaire des deux dernières éditions du Printemps, mais rassurant, aussi, d’arriver aux Abattoirs, et d’être soufflée dès la deuxième salle, où un improbable jeu renvoie d’un tableau de Franz Gertsch digne de Présumés innocents (merci à vous d’aller signer le Manifeste des Présumés Coupables) au Blind Man de Gabriele di Matteo. Entre la nymphe, six ans maxi, et le vieillard, nous voilà, les yeux perdus dans les miroirs, le questionnement et le jugement des ombres du désir. Plus loin, di Matteo, encore et on adore, jouait avec Collin-Thiébaut, subitement remonté dans notre estime par une juste mise en valeur… Ou comment, par des choix d’accrochages subtils, dyschroniques et athématiques, le Commissaire d’exposition réussit à nous entraîner dans le roman, le nôtre, sans rien trahir de l’Histoire de l’art, le petit h se trouvant au juste milieu de nos libres interprétations. C’était extraordinairement émouvant, que ce jeu des « Sept pièces faciles », hautement risqué, évidemment. La CultEnews, très bon public qui en a vu d’autres, a ressenti tant de possibles, et s’est aussi tellement marrée du Buster Keaton projeté dans un tunnel de Oups, elle ne sait plus mais c’était bien… qu’elle n’est pas allée plus loin dans les visites d’autres expositions dans la ville, et à peine dans les autres étages du musée, qui l’ont moins séduite. Mais vous irez, n’est-ce pas, et vous lui raconterez… ça dure jusqu’à la fin de la semaine prochaine.

Le baiser de la fin

« Mon cerveau est plus grand que le monde. »

Attribué à Emily Dickinson, choisi en exergue du Printemps de septembre, visible en façade sur la place du Capitole…

 


Vue de l'exposition "Sept pièces faciles" - au premier plan, Franz Gertsch, Hanna Lore, 1970. Au fond: Gabriele di Matteo, The Blind Man, 1997. Photo: E.R.

 

 

Vue de l’exposition « Sept pièces faciles »
Au premier plan, Franz Gertsch, Hanna Lore, 1970.
Au fond: Gabriele di Matteo, The Blind Man, 1997. Photo: E.R.
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Un commentaire Poster un commentaire
  1. filarts05
    Oct 11 2009

    Waouh !! On regrette de n’y être pas allée ! Merci pour le CR !

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