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Articles tagués ‘Philippe Thomas’

15
août

L’été des grands départs.


Impression sur papier, 43,1 x 27,9 cm © Cy Twombly. Cliché Richard Cook.Impression sur papier, 43,1 x 27,9 cm © Cy Twombly. Cliché Richard Cook.

Visiter “Le Temps retrouvé”, exposition conçue par Cy Twombly pour la Fondation, au lendemain ou presque de la mort de l’artiste, aurait pu donner cette impression curieuse qui saisit lorsque la vie devient devoir d’inventaire dans l’appartement d’un défunt, né Edwin Parker.

Cette exposition semble pourtant tout sauf crépusculaire: sereine – avec le rocking-chair de David Claerbout, dont le charme ne tient pas seulement à l’imperceptible mouvement de la chaise, mais, nous l’apprendrons plus tard, à avoir été bernée de ne pas avoir remarqué que l’installation répondait à la présence du visiteur ; et aussi pleine d’humour avec les stéréoscopies  de Jacques-Henri Lartigue (inénarrable ‘Bibi dans son bain’) et le film cocace d’un Sacha Guitry intervieweur hâbleur pour impressionnistes déclinants (qui peut mener à s’interroger sur une forme de lucidité drôlatique revendiquée par l’artiste, qui se savait atteint d’un cancer). Les salles dévolues au travail photographique de Cy Twombly (inédit en France) semblent irrémédiablement plus testamentaires (le message d’Eric Mézil, co-commissaire, annonçant le décès de Cy Twombly, était accroché discrètement, sauf erreur, à leur entrée) – voyages, natures mortes, portraits artificiellement frappés par l’oeil contemporain de ces couleurs désormais estampillées ‘vintage’ qui ont envahi les applications photo de l’IPhone – ce qui produit un curieux effet (superficiel – cette appréciation est une hérésie chronologique et critique, bien sûr, mais aussi un court-circuit qui fit songer que l’efficacité technologique résidait peut-être moins dans l’appel à la nostalgie, que dans l’illusion qu’elle apportait à chacun de posséder un regard artistique – mais c’est une autre histoire). C’est très beau, et aussi, difficile de distinguer à quoi l’on accorde cette beauté – la délicatesse, les gammes chromatiques, le filtre du décès si proche.

Epreuve gélatino-argentique, 182,4 x 154,2 cm © Hiroshi Sugimoto / courtesy of Gallery Koyanagi.Au chapitre madeleine de la rédaction, trois photographies d’Hiroshi Sugimoto, trois visions de la mer – Egée, Ligurie, Caraïbes, peuvent se regarder de différentes distances pour en apprécier les nuances, d’autant qu’elles sont accrochées de telle sorte qu’elles reçoivent le reflet atténué de la lumière extérieure qui en accompagne la sensation de profondeur et de flottement. Leur accrochage a ouvert un Temps retrouvé inattendu, ‘vue de l’esprit’ d’une critique qui a facilement la berlue, clin d’œil à un autre artiste , Philippe Thomas et sa pièce Sujets à discrétion – triptyque composé de trois vues de la Méditerranée depuis l’île du Frioul. A propos de cette oeuvre, la critique d’art Sophie Berrebi, dans Frieze (2001), suggèrait: “La répétition de la ligne d’horizon, qui court à travers les trois panneaux, hypnotise. Cette ligne crée une image parfaite et précise, et semble pourtant se mouvoir dans une tentative d’échapper à la finitude.” Phrase ici citée comme anamnèse, pour un artiste qui avait tenté d’écrire sa disparition -voir ici la critique très paradoxale d’Elisabeth Wetterwald, qui semble ignorer – ou refuser de prendre en compte – que Philippe Thomas fit le choix de cesser volontairement toute production vers 1991 car la vie avait rejoint la fiction (il est décédé en 1995).

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Roman Opalka, pour le dire vite, a eu plus de chance. L’artiste (né en 1928, soient trois petites années avant Cy Twombly) avait commencé sa série quotidienne en 1965 pour atteindre en 2008 ce qu’il baptisait le “blanc mérité” (ayant ajouté à chaque jour 1% de blanc) – il ne peignait donc plus, depuis cinq ans, qu’en blanc sur blanc.  Son décès, le 6 août dernier, avait de quoi réveiller l’interrogation (l’angoisse) face aux stratégies d’effacement du sujet ‘artiste’ et des coups de sort du Sein und Zeit, d’une manière, peut-être plus douce, qui fit songer à Malévitch, qui écrivait, à l’occasion de son exposition du Carré blanc sur fond blanc (1918):

“À présent, le chemin de l’homme se trouve à travers l’espace… J’ai percé l’abat-jour bleu des limites de la couleur, j’ai pénétré dans le blanc ; à côté de moi, camarades pilotes, naviguez dans cet espace sans fin. La blanche mer libre s’étend devant vous.”

Il était l’heure de partir pour la plage.

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>>> Le Temps retrouvé est présente jusqu’au 30 octobre, Fondation Yvon Lambert, Avignon, et à Arles (lire chronique) avec un second volet qui confronte avec éclat les Self-Portraits of You + Me de Douglas Gordon et les Portraits javellisés de Miquel Barcelo (jusqu’au 18 septembre).

>>> Roman Opalka est à (re)découvrir jusqu’au 2 octobre à Thonon-les-Bains, avec la rétrospective Vertige de l’infini, suivie d’un autre volet au Mans, du 3 novembre 2011 à janvier 2012. Il est également présent à Venise, au Palais Fortuny (jusqu’au 13 novembre) et à la galerie Michela Rizzo (jusqu’au 29 octobre).

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Le baiser de la fin

ψυχῆισιν θάνατος ὕδωρ γενέσθαι, ὕδατι δὲ θάνατος γῆν γενέσθαι,
ἐκ γῆς δὲ ὕδωρ γίνεται, ἐζ ὕδατος δὲ ψυχή.

(Héraclite, en train de chanter sous la douche)


1
nov

L’édition Mantille et Résille!

Le Off

L’heure a changé, et contre les ténèbres, alors que la fête, mais laquelle, est finie (depuis le temps que ces nuits sont tristes), Emma, votre invention dans ses mots, a allumé les loupiotes et assorti la mantille à sa jarretière, résille pas résignée d’Andalouse Lover Forever, main tendue vers le premier jour, premier soir, deuxième nuit d’une tendre amie avec qui la vie est un Lynch.

Joli Conte-Offert 1 / L’hommage à un discret

Hommage à Philippe Thomas - Beaubourg, Nouvel Festival - Photo: E.R.

Philippe Thomas - Nouveau Festival Beaubourg. Photo: E.R.

De l’Hommage annoncé au fondateur des Ready Made appartiennent à tout le monde, votre correspondante, jamais en rupture d’idéalisme, espérait la consolation de la légende, et peut-être le sourire de visages qu’elle n’avait pas oubliés, lointaine époque vécue main dans l’amour. Elle fut déçue, bien sûr. Il manquait quelqu’un, d’ailleurs, cela elle l’a remarqué, comme le signe du droit aux chemins qui s’écartent. Mais trêve de confidences, c’était une conférence… “Pour un art de société. Conférence de Philippe Thomas.” et “Philippe Thomas décline son identité. Une pièce à conviction en un acte et trois tableaux” ont été montrées sans montage, la pigiste n’a vu que la première, dans toute l’obscurité de ce qui pouvait apparaître hors contexte comme un verbiage parodique – archives, alors, pour le (maigre) public “extérieur”, là où d’autres témoins purent ressentir la rémanence, bien vivante, aussi, pour quelques-uns et c’est tant mieux. A la librairie Flammarion, le texte – série limitée, oeuvre d’art, tiré-à-part historique – était disponible… mais pour 280 euros… oh, c’était trop pour la note de frais CultEnews. Emma gardera, alors, l’écho d’une leçon particulière d’art conceptuel à jamais numérotée 097130, et, cette leçon-là n’a pas de prix.

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L’interlude classique de la semaine

“Διὸ καὶ φιλοσοφώτερον καὶ σπουδαιότερον ποίησις ἱστορίας ἐστίν.”

ou encore: “C’est pourquoi la poésie est plus philosophique et grave que l’Histoire.”

entonnait Aristote, repris par Martin H. dans ses Remarques sur art – sculture -espace, Petite Bibliothèque Payot 2009, livre qui a charmé une Héraclitéenne aussi superficielle que motivée.

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Joli Conte-Offert 2 / La voix d’une colère

Roberto Zucco au Théâtre de la Ville - Photo: E.R.

Roberto Zucco - Théâtre de la Ville 2009 - Photo: E.R.

Vendredi@20h31, mise en lecture du Roberto Zucco de Bernard-Marie chéri Koltès par Georges Lavaudant, théâtre de la Ville.

Mea Maxima CultEnews, la renvoyée spéciale, fatiguée de ses talons avec ses raisons, a somnolé entre les scènes 4 et 7, à peu près. Il faut dire que la lecture avait commencé très lentement, c’était un enregistrement pour Fictions, autant directement sauter à la case dimanche soir, et ça sonnait, oui, très France-C*l à l’heure où on la met en sourdine parce qu’on dîne paresseusement la fin de semaine… Mais Bernard-Marie, et Georges et aussi Nicole Garcia, ça vous réveille une pigiste sous Hypnovel bien plus délicieusement qu’une Matinale. La fin, où les didascalies se déglinguent pour laminer la médiocrité, a somptueusement explosé, et Roberto, sans autre mise en scène que la voix d’Eric Elmosnino, s’est détaché imperceptiblement vers la figure de Bartleby. Oh oui, la copiste prenait des notes, aller au théâtre aide à gagner en répartie,  et là, elle a attrapé au vol: “La France est un excellent détergent”, qu’elle se réserve de détourner à usage corrosif contre un prétendu débat paraît-il en cours, mais comme dirait un philosophe qu’on apprécie et pas que pour ses beaux yeux,  ”ça ne vous regarde pas“.

Bernard-Marie Koltès n’était bien sûr pas là pour recevoir les Bravi du public plutôt enchanté, à 5 euros la place ça a moins toussé que d’habitude… “tout le monde” sait que Koltès est décédé du sida le 15 avril 1989, deux mois avant la fondation d’un groupuscule qui se fit connaître sous le nom d’Act Up-Paris. Cet été, les Belles en Avignon aimèrent lire sa Correspondance, publiée en avril dernier, et ont appris sur le bout du coeur quelques phrases comme celle-ci: “Je ne souhaite qu’une chose : c’est d’être capable toute ma vie de prendre des risques et ne jamais vouloir m’arrêter en chemin. N’est-ce pas cela, “avoir toujours vingt ans ?”, et quelques autres, aussi, pour nourrir les lettres d’amour ah l’amour, et surtout celle-là…

“Biche, Quand arrives-tu pour mettre des fleurs dans ma chambre et un foulard autour de mon cou ? Quand pourrai-je t’offrir un chocolat à la pâtisserie des Vosges ? Quand ?”

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L’interlude Actu – La Vérité sur Jean-Philippe

Faute de savoir solliciter un service de presse et en raison d’un très grand nombre d’appels, les hydres ivres du service Littérature, en cent-trentième semaine de thèse, ont mené des choix drastiques dans leur sélection d’automne, écouté deux ou trois conseils, et décidé une fois pour toutes que cette rentrée serait Toussaint, ce qui tombe bien pour un 1er novembre veille de Goncourt (edit du 2/11@12h49 – ça aura donc été Le Prix de Marie plutôt que sa Vérité).

Sans aucune exclu, mais tout éclat de rire tendre, les Doctorantes un tout petit peu mauvais esprit ont voté à l’unanimité et sans aucune abstinence la sélection pour le prix CultEnews de l’extrait suivant, merci Jean-Philippe:

“Elle ouvrit les yeux, étonnée, endormie, assoupie d’alcool et de fatigue, et elle se rendit compte qu’elle avait surtout sommeil, la seule chose qu’elle avait vraiment envie de faire maintenant, c’était de dormir, éventuellement dans les bras de Jean-Christophe de G., mais pas nécessairement sa bite à la main.”

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Joli Conte-Offert 3 / La réminiscence 33 Fbg Saint-Antoine

Stephany - Oct 2009

Vue de l'exposition 169A2 - Fayçal Baghriche - Photo: E.R.

L’expo confidence de la semaine, aussi délicieusement snob que l’accentuation exacte du grec ancien dans un commentaire Facebook, c’était 1 69 A2, chez Eric Stephany et Xavier Mazzarol, très réussie dans le genre, après une première à Berlin – évidemment et nulle part ailleurs – il y a quelques temps. Toute l’idée était de reconstituer l’appartement d’un collectionneur imaginaire, avec le goût du défi: pas moins de 117 artistes (dont Nicolas Moulin, Jordi Colomer, Agnès Turnauer, Pierre Leguillon et tutti quanti ès qualité) dans un trois-pièces parisien, c’est un exploit que ça n’ait pas eu l’air de trop en faire, joli accrochage (jusque dans l’évier), sens de l’humour et bière compris. Aveu corruption CultEnews: la chineuse a adoré être complimentée pour son manteau – oh, quelle bêcheuse!

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Brèves de trottoir

L’événement de la semaine vu d’un nez de CultEnews, c’est (A)pollonia au Théâtre de Chaillot (du 6 au 15, complet). Deux Jansénistes des avant-scènes, qui pour une fois ont prévu dans les délais leurs négociations au guichet, seront de l’expérience à la Première, et en espèrent la gifle des grandes oeuvres qui font fièrement relever la tête.

L’experte ès Correspondances, qui vous écrit trop, elle le sait bien et ce n’est pourtant pas qu’elle s’ennuie, reconnaîtra qu’elle a été déçue par les lettres d’August Strindberg, dont elle attendait pourtant beaucoup mieux, tout juste sorties chez Zulma.

Dans la série des “Laissez-tomber”, Emma l’injuste par principe parfois est en désaccord profond avec l’exposition Deadline, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, pas vue plus loin que son affiche au coin de la rue de Tolbiac qui promet “des artistes ayant produit au bord de la mort”… Ggggrrrrrrrrrrr, a commenté une apprentie Wwwartiste qui décida un matin qu’elle vivrait mieux pour ne jamais oh surtout jamais “survivre”, ce définitif trop souvent prononcé par quelques bien-portants, et aussi grâce à d’autres qu’elle vit et voit faire de même et bien mieux encore.

La plume cinéma Lysa réfléchit pour signaler qu’en terme de réflexion sur la mort, Irène, d’Alain Cavalier, sorti la semaine dernière, mérite son visionnage méditatif. Ah, elle n’est encore revenue de la projo. Bon, le BAT doit partir, on corrigera si elle n’est pas d’accord.

Lysa, ni tout-à-fait une autre ni tout-à-fait la même, a également repéré la traduction des Nouvelles de J-G Ballard chez Tristram, tout juste parues au grand bonheur de bien plus que les mauvais Anglicistes, car la langue en est parfois difficile. OK, peut-être pas pour un tombeur de claviers.

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Francisco de Zurbarán Sainte Agathe - 1630

Le Baiser de la fin
“Nous sommes infinis. Donc soyons infinis, éternellement.”

Jacques D. comme Dear.


Remerciements particuliers pour cette édition: November.

Crédits phonographiques: Belle and Sebastian, Electronic Renaissance.