Sauter au contenu

Articles de la catégorie ‘Scènes’

24
oct

Ab Irato.

Et nunc,

Les deux communiqués qui suivent ont été publiés sur le site Les Trois Coups, voir en lien, ainsi que par de nombreux journaux.

Communiqué d’Emmanuel Demarcy-Mota à propos des perturbations au Théâtre de la Ville à Paris

Les premières représentations du spectacle de Romeo Castellucci, « Sur le concept du visage du fils de Dieu », au Théâtre de la Ville, ont été gravement perturbées par des groupes organisés au nom de la religion chrétienne. Leur demande d’interdiction du spectacle par voie de justice ayant été déboutée par une décision du tribunal de grande instance en date du 18 octobre 2011.

Nous considérons qu’il ne s’agit pas de la simple perturbation d’un spectacle, mais d’actes violents visant à interdire l’accès du public au Théâtre de la Ville en s’en prenant aux personnes et aux biens :

Jeudi 20 octobre 2011

– tentative violente d’intrusion par des militants organisés, avec usage de gaz lacrymogènes ;

– enchaînement des portes de la salle dans le but d’en empêcher l’accès ;

– utilisation de boules puantes ;

– distribution de tracts dénonçant le prétendu caractère « christianophobe » du spectacle, reposant sur des allégations entièrement mensongères ;

– envahissement de la scène du théâtre par 9 activistes interrompant la représentation.

Devant les nombreuses menaces collectives ou personnelles que nous avons reçues depuis plusieurs semaines, faisant suite à l’odieuse campagne menée par Civitas, j’ai demandé à la Mairie de Paris de prendre des mesures susceptibles de garantir la sécurité du public, du personnel et des artistes tout en nous permettant d’assurer le maintien des représentations.

La présence des forces de police a permis de neutraliser les militants les plus violents. Lors de l’envahissement de la scène, devant l’impossibilité d’obtenir un départ dans le calme et sans violence et afin de prévenir un affrontement entre les manifestants et le public, j’ai demandé l’intervention de forces de l’ordre. Après l’évacuation des perturbateurs, la représentation a pu reprendre et se poursuivre jusqu’à son terme.

Vendredi 21 octobre 2011

– jet d’huile de vidange et d’œufs sur le public lors de l’entrée pour la représentation ;

– distribution de tracts.

Dans l’attente de l’intervention de la police pour déloger les agresseurs qui étaient juchés sur une corniche située au-dessus des portes d’entrée et interdisant l’accès au hall du théâtre, nous avons aménagé l’entrée du public par une issue de secours. Mais cela a pris énormément de temps et entraîné un retard de plus d’une heure de la représentation, qui s’est finalement déroulée sans troubles.

Samedi 22 octobre 2011

Démarrage de la représentation avec 30 minutes de retard.

Nouvel envahissement de la scène du théâtre par un groupuscule interrompant la représentation.

Évacuation dans le calme. Reprise du spectacle.

Avant d’arriver en France, le spectacle a été présenté en Allemagne, en Belgique, en Norvège, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Russie, aux Pays-Bas, en Grèce, en Suisse, en Italie et en Pologne. Il n’a pas suscité la moindre réaction analogue à celle que nous déplorons aujourd’hui.

Ces agissements à caractère fascisant sont absolument inadmissibles.

Mes collaborateurs et moi-même, en plein accord avec Romeo Castellucci et son équipe, ainsi que l’ensemble du personnel du théâtre, ne céderons sous aucun prétexte à ces menaces et à cette intimidation. Nous entendons défendre la liberté d’expression, les droits du théâtre, et la mission qui est la nôtre face à cette terreur. Nous entendons exercer pleinement nos droits et réclamer aux fauteurs de trouble réparation des dommages et préjudices importants qu’ils nous occasionnent.

Je tiens également à saluer l’attitude du public lors des deux premières représentations. Face à l’agression verbale, puis physique dont ils étaient l’objet, ils ont réagi avec calme et ont observé avec patience les mesures de contrôle que nous avons été contraints de mettre en place.

Les représentations du spectacle se poursuivront jusqu’au 30 octobre 2011 au Théâtre de la Ville. Je souhaite que le public continue à venir découvrir le travail d’un grand artiste que nous sommes fiers de soutenir et d’accompagner.

Emmanuel Demarcy-Mota
Directeur du Théâtre de la Ville

Via les Trois coups

Ergo,

Déclaration de Romeo Castellucci

Je veux pardonner à ceux qui ont essayé par la violence d’empêcher le public d’avoir accès au Théâtre de la Ville à Paris.

Je leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Ils n’ont jamais vu le spectacle ; ils ne savent pas qu’il est spirituel et christique ; c’est-à-dire porteur de l’image du Christ. Je ne cherche pas de raccourcis et je déteste la provocation. Pour cette raison, je ne peux accepter la caricature et l’effrayante simplification effectuées par ces personnes. Mais je leur pardonne car ils sont ignorants, et leur ignorance est d’autant plus arrogante et néfaste qu’elle fait appel à la foi. Ces personnes sont dépourvues de la foi catholique même sur le plan doctrinal et dogmatique ; ils croient à tort défendre les symboles d’une identité perdue, en brandissant menace et violence. Elle est très forte la mobilisation irrationnelle qui s’organise et s’impose par la violence.

Désolé, mais l’art n’est champion que de la liberté d’expression.

Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu ; certainement pas la couleur marron dont l’artifice évident représente les matières fécales. En même temps – et je dois le dire avec clarté –, il est complètement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle.

Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la coulée finale d’un voile d’encre noire, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne.

Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. De plus, je tiens à remercier le Théâtre de la Ville en la personne d’Emmanuel Demarcy-Mota pour tous les efforts qui sont faits afin de garantir l’intégrité des spectateurs et des acteurs.

Romeo Castellucci

Societas Raffaello Sanzio

Paris, le 22 octobre 2011

Publié à l’origine sur Les Trois Coups, www.lestroiscoups.com

A lire aussi: le compte-rendu de Patrick Sourd, publié sur le site des Inrocks.

Un Comité de soutien a été créé et peut être contacté à l’adresse: comite-de-soutien-castellucci@theatredelaville.com

A noter: la pièce de Rodrigo García, Golgota Picnic, présentée au Rond-Point du 8 au 17 décembre, est également menacée par les mêmes groupes intégristes

***

La Tentation de Saint-Antoine / détail 'Le messager du diable' - Jerome Bosch

Dignos et iustos non sunt,
Est modus in rebus, sunt certi denique fines. 

15
oct

Le Clou de la colère

- Le Off - 

La rentrée a démarré sur une Tournée des grands ducs toute en insouciance, dans les délicates intrigues pour escarpins d’un Christoph Marthaler très en forme et quelques bulles de Mailly Grand cru. Puis, Starsky nous a fait connaître Notre Silence, le dernier disque de Michel Cloup (ex-Diabologum), et ça collait bien à l’automne, ses humeurs demi-teinte et lunes rousses. Alors voici une édition featuring, avec le compte-rendu du concert donné par Michel Cloup le 2 octobre à Paris.

***

Photo reproduite avec l'autorisation de son auteure - tous droits réservés.

- Michel Cloup, le concert -
(par Starsky)

Vous en connaissez beaucoup, des disques qui vous font pleurer ? Qui vous arrêtent, vous forcent à vous asseoir ? Qui vous obligent à écouter ? J’ai oublié de préciser : des disques en français. Si vous avez mon âge, vous citerez sans doute La Fossette, tout Mendelson et le troisième album d’un groupe de rock que l’on dit culte aujourd’hui. Et puis, ce disque donc, Notre Silence. Avec des mots très simples, quelques douleurs universelles, et les entrelacements splendides de sa guitare baritone et de la batterie dénudée de Patrice Cartier, Michel Cloup a fabriqué un de ces météores. Un objet précieux que nous garderons avec nous longtemps, trésor parmi les trésors de nos discothèques ; une étoile que nous partagerons en secret et dont nous serons fiers d’être l’esclave cardiaque.

Pour bien faire, il faudrait ne pas trop en dire. Évoquer simplement la justesse des textes qui tournent lentement autour des catastrophes s’en approchant parfois jusqu’au malaise, mais sans jamais prétendre les dominer ni les résumer. Le souvenir d’un dernier repas ; les mots que l’on aurait dû prononcer ; la mort qu’il faut expliquer ; l’impossibilité d’être à la fois un père et un fils. Ces textes sont tissés serrés dans une musique magnifique, enregistrée d’une traite, à deux, avec un plaisir évident. La batterie qui claque dans un coin de la pièce, les arpèges de guitares en boucles enchevêtrées, juste devant. Et la voix sans artifice qui a dû demander pas mal de courage, ou d’inconscience.

by Starsky

Le courage, on le prend en pleine face quand on retrouve les deux amis sur scène. Imaginez simplement avoir en face de vous celui qui chante Cette colère. Imaginez sa manière de dire ces mots sans le confort du studio d’enregistrement. Imaginez le volume des guitares sur la fin.

Ils jouaient le dimanche 2 octobre à la Gaîté Lyrique et je ne m’en suis pas tout à fait remis. C’était quelque chose que d’entendre ces chansons revivre ; sombrer dans les vagues de saturation et de feedback ; reconnaître dans chaque boucle de guitare fabriquée live ses propres fantômes. De la grande fragilité du concert (outre chanter ces textes-là, il faut lancer quelques effets sur l’ordinateur, passer sans cesse d’une pédale à l’autre), émerge une tension qui fige le temps à chaque chanson et coupe le souffle plus d’une fois.

On ne va pas énumérer les références musicales dans lesquelles s’inscrit Michel Cloup, puisqu’il fait, et fera encore, lui-même référence. On ne va pas non plus parler de tout ce à quoi ce musicien infatigable a participé. Pour une fois, faisons du passé table rase. Notre silence tient tout seul, hanté par ses souvenirs qui sont aussi les nôtres. Commandez-le ici, vous n’en reviendrez pas.

L’album de Michel Cloup, Notre Silence, est également disponible chez les disquaires et sur les plates-formes habituelles. L’artiste donne des show-cases, voir son site.

P.S.: un mix de Starsky a été diffusé, dans le cadre des “Vases communiquants” sur le site Liminaire, de Pierre Ménard >>> Ecouter ici.

***

Photo reproduite avec l'autorisation de l'auteur - tous droits réservés.

Εἰ δ’ἀναγκαῖον εἴη ἀδικεῖν ἢ ἀδικεῖσθαι, ἑλοίμην ἂν μᾶλλον ἀδικεῖσθαι ἢ ἀδικεῖν.
(Gorgias, Working Class Hero)

***

‎,___,
[O.o]
/)__)
-”–”-

- Les Brèves de la Commère solidaire -

>>> Alors Marthaler, “c’était bien”, mais tout le monde l’a déjà dit. En revanche, privilège Cultenews, personne n’avait cité jusqu’à présent, de mémoire, la reprise de Procol Harum au Bontempi. Tout dans le détail, Christoph, et que ta louve était belle. Ah on n’a rien à dire sur Enfant, car on l’avait vu, “en Avignon”.

>>> Sur la papier, le concept de Si, Viagiare, de Marco Berrettini, présenté au théâtre de la Bastille jusqu’au 24 octobre dans le cadre du Festival d’Automne, aurait pu être amusant. Le metteur en scène, qui déclare avoir passé quatorze heures par jour sur les sites “de” rencontre, voulait emmener dans un “voyage” pour raconter “la” rencontre, à partir d’une expérience menée par la NASA (voir le dossier de presse).  Il a semblé être surtout question de Teletubbies, un peu de Kraftwerk, et de situations supposément cocasses (du côté, notamment, des violences en mode séminaire d’entreprise - ce qui n’était pas forcément l’aspect le plus raté de l’ensemble), mais, pour un spectacle spatial, ça n’a pas trop plané. Un autre avis? Rosita Boisseau, du Monde, a aimé - lire ici.

>>> Anri Sala en performance à Beaubourg, a attiré du monde, mais n’était, à nez de Cultenews, pas à la hauteur du dispositif qu’il a essayé de mettre en place, pourtant très intéressant par lui-même.

>>> Des petits points partout, ce sont les hallucinations de Yayoi Kusama exposée à Beaubourg, pour une exposition que nous n’avons pas encore vue d’une femme que nous aimons bien (jusqu’au 9 janvier 2012).

>>> La renvoyée spéciale ira se faire voir à Londres pour l’exposition Gerhard Richter à la Tate Modern, compte-rendu en novembre (la rétrospective se tient jusqu’au 8 janvier 2012).

>>> Ça a buzzé, spécial “La Barbe”, le post de LBV sur les éléments de langage mufle de Bustamante, Jean-Marc, en particulier la vidéo de Cécile Proust.

>>> Au chapitre, “Panique de l’archiviste” beaucoup de bons livres qui paraissent plus vite qu’on a le temps de bien les comprendre, dont Pour un humanisme numérique, de Milad Doueihi (Le Seuil). Ce philosophe des religions et de l’Internet a offert un hommage très intelligent à Steve Jobs (in Le Monde).

>>> Sylphides, de François Chaignaud et Cecilia Bengolea, se terminait hier (soupir de la retardataire) mais il est encore temps de réserver ses places pour Meg Stuart (16-19 novembre 2011), Romeo Castellucci (du 20 au 30 octobre au théâtre de la Ville puis au 104) — edit au 24/10: la pièce est victime d’une opération d’intimidation sans précédent au nom du fondamentalisme religieux, lire les communiqués.

>>> Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, de Vincent Macaigne, vu et approuvé en Avignon, est au théâtre de Chaillot du 2 au 11 novembreEt non on ne refera pas le coup du couteau dans la plaie à propos du Lulu de Lou et du Berliner (complet depuis août).

>>> Quoiiiii? Tu n’as pas reçu ton invitation à la FIAC? Euh, hem, moi non plus, en fait, ce qui n’a pas empêché que les portes du Grand Palais frôlent la panique au soir de l’inauguration (texto from an insider: 99% of the 1% fighting to enter). Mais, il y a aussi la Slick Fair ; la Chic Art Fair, et oh oh oh hihihi, une opération de Net-Art amusante, en mode typosquat et interfaces Geek, voir à l’adresse Lafiac.com.

>>> #Dimdamdom: pour cause de restrictions horaires strictes, la Cultenews ne peut pas toujours assurer sa périodicité mensuelle et donc un suivi sérieux de l’actualité. Mais! …il y a des pros pour ça, entre autres à la radio avec le midi (Caroline Broué & friends pour les débats de la Grande Table) et soir (Arnaud Laporte & sa bande pour les piques hilarantes de La Dispute, radio-crochet compris), sans même avoir besoin de citer la résurrection d’un grand quotidien de l’aube. Côté théâtre, ne vous privez pas de faire un tour sur beaux sites “indépendants”, comme L’Intermède (mi-culture- mi-séminaire &  maquette hors-classe), et chez les passionnés du Poulailler, qui couvre aussi l’actualité en province (tout juste découvert par ici via Agôn).

>>> Vous avez vu comme les photos sont belles? C’est normal, elles ne sont pas de la rédaction. Remerciements à Delphine Ullmann, qui sera régulièrement invitée à embellir les chroniques – et pola par Starsky.


Sur le phonographe: Jarvis, dont le premier livre,
Mother, Brother, Lover, recueil des textes de ses chansons, paraît le 20 octobre.

Remerciements pour cette édition: Jérôme et Delphine.